AU MALHEUR DES DAMES

Revenu d’entre les morts en 2007, le studio Hammer n’a pas vraiment renoué avec sa gloire passée, ne produisant finalement qu’une poignée d’œuvrettes oubliables. Seule (petite) réussite à mettre à l’actif de cette Hammer ressuscitée, LA DAME EN NOIR se voit donc dotée d’une suite (qui débarque aujourd’hui en vidéo) dans l’espoir que la foudre frappe à nouveau au même endroit. Était-ce bien nécessaire ?

Sans parler de révolution, LA DAME EN NOIR avait su faire son petit effet en proposant un film d’horreur gothique au visuel soigné, parsemé ici et là de quelques fulgurances angoissantes. Pour son premier film post-HARRY POTTER, Daniel Radcliffe y démontrait également qu’il pouvait jouer autre chose que les apprentis magiciens (malgré une tentative de vieillissement transparente) et la scénariste Jane Goldman (partenaire d’écriture de Matthew Vaughn) parvenait à ne pas céder aux clichés en vogue dans le genre. Le réalisateur James Watkins livrait ainsi une copie plus qu’honorable, ce que l’on n’attendait pas forcément de la part du responsable de l’exécrable EDEN LAKE. Malheureusement, aucun de ces trois talents ne remet le couvert pour cette suite et le résultat s’en fait fortement ressentir. Située 40 ans après l’original pendant le Blitz sur Londres, LA DAME EN NOIR 2 : L’ANGE DE LA MORT raconte comment une classe d’écoliers a décidé de fuir les bombardements incessants pour aller se réfugier dans le manoir d’Eel Marsh, théâtre des évènements du précédent film. Les lieux sont toujours hantés par le personnage en titre, et celui-ci va tourner sa colère vers les nouveaux occupants, en particulier un petit garçon traumatisé par la perte de ses parents. Eve, la jeune institutrice, est la seule à comprendre ce qui se passe et elle va faire tout son possible pour protéger les enfants, avec l’aide d’un aviateur.

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Confié aux bons soins d’un téléaste chevronné et d’un scénariste débutant, LA DAME EN NOIR 2 : L’ANGE DE LA MORT a tout de la suite opportuniste lancée en quatrième vitesse pour surfer sur un succès inattendu. Tom Harper déroule son manuel du petit gothique illustré sans jamais chercher à sortir des sentiers battus et le scénario de Jon Croker ne donne naissance qu’à un magnifique film de couloirs dans la plus pure tradition du genre, jump-scares éculés avec forces portes qui claquent et irruptions brutales dans le champ à l’appui. Il ne manque que ce bon vieux Pedro le chat pour compléter le tableau ! Le plus triste dans l’affaire est de constater que si le premier volet tentait d’étoffer sa figure horrifique centrale pour en faire un personnage tragique, cette suite ne l’envisage plus que comme un vulgaire boogeyman tout juste bon à assurer le quota de scènes horrifiques. Cette approche régressive est également confirmée par le choix des protagonistes : là où le précédent film changeait la dynamique propre à ce type de récits en optant pour un veuf, cette suite ne s’embarrasse plus de la moindre subtilité en nous rejouant une énième variation sur le thème de l’instinct maternel et de l’enfant de substitution à protéger. LA DAME EN NOIR 2 : L’ANGE DE LA MORT ne parvient donc jamais à se hisser au-delà du produit de consommation courante vite et mal emballé, peinant même à offrir quelques morceaux de bravoures à sa créature qui ne risque pas de rentrer dans le panthéon des mythes horrifiques avec ce genre de traitement. Le film original méritait mieux que cette triste séquelle qui confirme que la Hammer moderne n’est vraiment que l’ombre de sa glorieuse ancêtre. Le respect dû aux aînés se perd, ma brave dame… 

TITRE ORIGINAL The Woman in Black : Angel of Death
RÉALISATION Tom Harper
SCÉNARIO Jon Croker d’après une histoire de Susan Hill
CHEF OPÉRATEUR George Steel
MUSIQUE Marco Beltrami, Brandon Roberts et Marcus Trumpp
PRODUCTION Simon Oakes & Tobin Armbrust
AVEC Phoebe Fox, Jeremy Irvine, Helen McCrory, Adrian Rawlins, Leanne Best, Ned Dennehy…
DURÉE 98 min
ÉDITEUR Metropolitan Video
DATE DE SORTIE 14 Janvier 2015 (en salles) 15 Mai 2015 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
« Derrière le voile : le making of »
« Un monde de frissons : les scènes de tournage »
Scène coupée
Bande-annonce

2 Commentaires

  1. Fest

    Dommage, le premier était vraiment chouette, et touchant en plus.

  2. Moonchild

    Let me in (remake de l’excellent Morse) tenait quand même assez bien la route …

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