ATOM CROCHÉ

Avec son nouveau thriller, CAPTIVES, Atom Egoyan laisse prédominer sa tendance à l’intellectualisation et rate un beau film sur l’une des peurs les plus terribles de la paternité : celle de l’enlèvement de ses propres enfants.

Le Canadien Atom Egoyan poursuit tranquillou sa petite carrière d’auteur indépendant avec un cinéma avant tout axé sur ses personnages mais également sur des tics auteurisants bien souvent un peu trop artificiels pour convaincre. En voici une nouvelle preuve avec CAPTIVES, récit du kidnapping d’une petite fille (par un déséquilibré faisant partie d’un réseau pédophile) à travers la quête de son père, qui ne renonce jamais à la retrouver malgré les années écoulées. En racontant son histoire au moyen d’une narration éclatée et dénuée de tout marqueur temporel, Egoyan cherche sans doute à appuyer la symbolique d’une petite communauté figée par la tragédie et qui n’arrive pas à évoluer (et il explique d’ailleurs en promo que ses personnages sont tous captifs d’un deuil impossible). Problème : ce parti pris purement conceptuel, appliqué à une intrigue qui prêtait évidemment le flanc à un traitement viscéral, a tendance à saper l’émotion et du même coup à sortir le spectateur du film. En multipliant les surfaces réfléchissantes et les images de surveillance, Egoyan semble vouloir également développer un propos plus ou moins vaseux sur notre société moderne, mais là aussi, la pesanteur de son symbolisme finit par desservir le récit. Comme le prouve cette image récurrente du méchant – campé par un Kevin Durand ridicule qui semble évoluer dans un autre film – assis devant son ordinateur avec son profil se reflétant dans un miroir évoquant celui de la méchante reine de BLANCHE-NEIGE ET LES SEPT NAINS.

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Les films d’Atom Egoyan ne bénéficiant jamais d’une ambition formelle capable de transcender ce genre de défauts, on ne s’étonnera pas que CAPTIVES provoque donc peu à peu un ennui poli. Et c’est bien dommage car cette histoire simple d’un père à la dérive, à la fois miné par sa faute originelle (un moment d’inattention qui aura suffi pour que sa fille s’évanouisse dans la nature) et persuadé que son enfant est toujours vivant, aurait pu donner quelque chose de fort. On le voit dans le traitement du père, dont l’enfermement dans le passé n’est jamais jugé et débouchera même sur une résolution aussi inattendue que touchante. À travers cette trajectoire narrative transparaît la vraie qualité d’Egoyan : la liberté avec laquelle il dépeint ses protagonistes, qui lui permet parfois de surprendre son spectateur et qui a pu donner par le passé quelques films plutôt respectables. Mais c’est quand même bien peu comparé au reste du film, qui demeure englué dans un tempo poussif et un casting globalement un peu trop conscient de lui-même. À l’image du décidément mauvais Ryan Reynolds, qui ne parvient jamais à donner chair à ce père meurtri, trop occupé qu’il est à livrer sa grande prestation pénétrée. Bête de festival dans les années 90, Egoyan s’est peu à peu recyclé en petit pourvoyeur du cinéma indépendant hollywoodien à base de stars en quête de reconnaissance critique. Son dernier film est à l’image de ce créneau plus ou moins lénifiant dans lequel il s’est laissé enfermer et qu’il ne semble pas prêt de quitter puisqu’il a déjà tourné son prochain long-métrage. Vous avez dit captif ?

TITRE ORIGINAL The Captive
RÉALISATION Atom Egoyan
SCÉNARIO Atom Egoyan et David Fraser
CHEF OPÉRATEUR Paul Sarossy
MUSIQUE Mychael Danna
PRODUCTION Atom Egoyan, Stephen Traynor, Simone Urdl et Jennifer Weiss
AVEC Ryan Reynolds, Scott Speedman, Rosario Dawson, Mireille Enos, Kevin Durand, Alexia Fast…
DURÉE 113 mn
DISTRIBUTEUR ARP Sélection
DATE DE SORTIE 7 janvier 2015

1 Commentaire

  1. Un grand souvenir ému d’EXOTICA que j’avais vu au ciné à l’époque (dans la foulée j’avais complètement foiré un patiel d’anglais, ah, ah…) mais là effectivement la bande-annonce ne fait même pas envie, dommage…

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