A L’OUEST, RIEN DE NOUVEAU

Ça ne date pas d’hier, tout le monde y va de son petit FPS guerrier pour damner le pion d’Activision en rêvant d’atteindre les chiffres annuels de CALL OF DUTY, enfin surtout ceux de MODERN WARFARE. THQ ne déroge pas à la règle et tente le coup avec HOMEFRONT, qui relate la future invasion des États-Unis par la Corée du Nord. Voici un concept d’autant plus évocateur qu’il a déjà été exploité dans MODERN WARFARE 2, mais les développeurs de Kaos Studios ont déjà prévu la parade en cas d’accusation de plagiat. Ils sont tout simplement allés chercher John Milius, l’auteur du film L’AUBE ROUGE, qui a justement servi de référence à… MODERN WARFARE 2 ! Vous suivez ?

Effectivement, pour les besoins de ce FPS patriote jusqu’au bout du canon, le réalisateur/scénariste de L’AUBE ROUGE donc, mais également de CONAN LE BARBARE, fait justement une variation de son propre film en imaginant l’invasion des États-Unis, non plus par l’URSS comme il l’avait fait à l’époque (le film date des années 80), mais par la Corée du Nord. En mettant de côté les intentions politiques (Milius se définit comme un « anarchiste de droite zen », et ouais !), il faut reconnaître que la situation géopolitique et la notion même de mener la résistance font de bons ressorts dramatiques pour des jeux d’action à la première personne. Et c’est le cas pour HOMEFRONT, qui regorge de moments marquants pour le spectateur, mais pas vraiment pour le joueur. En effet, malgré une mécanique de gameplay huilée mais vraiment réminiscente de celle de la concurrence, le jeu peine vraiment à se démarquer du tout venant du genre, tel qu’il se confectionne aujourd’hui.

Avec une maniabilité proche de celle de CALL OF DUTY, l’ivresse des moments scriptés en moins (et pour le multi particulièrement oubliable, c’est un croisement entre COD et BATTLEFIELD : BAD COMPANY, en moins bien), HOMEFRONT ne peut donc compter que sur les habitudes des amateurs de FPS pour obtenir leur clémence, ou alors sur l’écriture de John Milius justement. Certes, Kaos Studios ne torche pas vraiment le jeu, malgré quelques évidentes carences graphiques sur consoles, mais le plaisir de jouer ne semble pas être la priorité principale des développeurs. Preuve en est que si le scénario du jeu propose quelques passages forts, ceux-ci sont en fait totalement déconnectés du gameplay et ne servent que de mise en situation, ou d’enjeux temporaires pour faire avancer le joueur au sein de l’intrigue. Mais la situation est à double tranchant, car s’il y a bien une chose qui fait la différence dans HOMEFRONT, c’est que le jeu n’est pas écrit par un habitué de l’écriture vidéoludique, mais bel et bien par un scénariste de cinéma, avec tout ce que cela comporte comme détails notables dans la caractérisation des personnages et dans le déroulement des situations. Ainsi, pour mener la résistance, le joueur sera amené à être témoin de la cruauté de l’opposant (dans la désormais obligatoire introduction à la première personne – façon MODERN WARFARE – votre avatar est détenu dans un bus et aperçoit des soldats coréens dans la rue, qui n’hésitent pas à abattre des mères de famille devant leurs enfants), à se planquer dans un charnier de cadavres pour échapper à l’ennemi, à s’échapper d’une base de survivalistes qui n’hésitent pas à s’amuser cruellement avec des soldats nord-coréens ou encore lors d’un passage apocalyptique, à traverser un parking en flammes après une tentative de sabotage qui tourne mal. Dans ce dernier cas, c’est d’ailleurs l’incompétence de votre collègue résistant qui est à mettre en cause, et non une trahison éventuelle ou encore la perspicacité d’un quelconque soldat de l’autre camp, la narration dévoilant ainsi une tournure d’esprit relativement inhabituelle dans un médium qui pense également l’écriture en mode binaire par moments. Certes, ce n’est peut-être pas grand chose en regard de l’évident manque de prise de risque dont font preuve les développeurs du jeu, surtout encore une fois que ces moments ne sont que des mises en conditions efficaces qui n’interfèrent pas vraiment dans le gameplay, mais cela suffit cependant à marquer les habitués des jeux d’action narratifs que nous sommes.

HOMEFRONT n’est donc pas forcément désagréable, mais donne un sentiment de « déjà joué » pendant la plupart de son déroulement (d’ailleurs, seule la prise finale du Golden Gate Bridge fait vraiment preuve d’un peu de sens du spectacle). Reste que l’intérêt pour une éventuelle suite pourrait être relancé par le récent remake de L’AUBE ROUGE, actuellement en post-production (John Milius n’est d’ailleurs pas impliqué). Ceux qui suivent le projet  ont probablement entendu dire que les producteurs ont décidé de changer l’origine des envahisseurs. Dans le film original, les russes envahissaient les Etats-Unis, et dans le remake, les chinois avaient pris leur place, jusqu’à ce changement de dernière minute. Ainsi, par le biais de truchements numériques, les soldats et drapeaux chinois sont transformés en membres et emblèmes de l’armée de la Corée du Nord. Le détail est amusant, et semble bien évidemment faire de l’œil à HOMEFRONT, à tel point que le film pourrait bel et bien en devenir l’adaptation cinématographique officieuse. Les développeurs – ni Milius lui-même d’ailleurs – n’ont pas encore commenté cette « coïncidence » mais si l’affaire leur permet de constater qu’il n’est pas forcément agréable, ni même constructif, d’être plagié, alors cela pourrait peut-être leur permettre d’arrêter de jeter un œil sur la copie du voisin pour l’éventuelle suite de leurs travaux, apparemment déjà en développement. C’est tout ce qu’on leur souhaite, car le potentiel est là…

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