À LA CROISÉE DES MONDES

Exercice pourtant répandu au sein des autres médias, séries télés et comic-books en particulier, le cross-over n’aura que rarement eu droit de cité dans le jeu vidéo, tout du moins à des fins narratives puisque l’on ne compte en revanche plus les innombrables cameos et autres apparitions gadgets. Dès lors, rien d’étonnant à ce que l’une des premières séries à avoir embrassé pleinement le concept, à savoir donc la série des « VS » de chez Capcom aille puiser à la source du comic-book, soit un des medias ayant justement contribué à populariser cette notion. L’absence de narration dans ce cas précis ne s’avérait d’ailleurs pas obligatoirement pénalisante puisque les X-MEN VS STREET FIGHTER ou autres s’avérait un tantinet moins hypocrites que leurs équivalents papiers en ce qu’ils nous épargnaient le fardeau d’une intrigue prétexte foireuse visant à justifier que les deux groupes de personnages se foutent sur la gueule dans la joie et la bonne humeur. MARVEL VS. CAPCOM 3 s’annonçait cependant sous un jour nouveau dans la mesure où l’accent avait été mis, avant sa sortie, sur le fait que contrairement à ses prédecesseurs, le jeu proposerait cette fois une véritable intrigue pour devenir un « comic vivant » (voir notre news à ce sujet au moment de l’annonce du jeu), ce que venait renforcer la présence d’un sous-titre porteur de promesses narratives. Qu’en est-il réellement au final ?

N’y allons pas par quatre chemins : tout cela n’aura été qu’un bel effet d’annonce tant ces promesses ne sont jamais concrétisées dans le jeu final. Comme les trois quarts des représentants du genre, MARVEL VS. CAPCOM 3 : FATE OF TWO WORLDS n’offre strictement rien à se mettre sous la dent en termes d’intrigue, celle-ci étant tout bonnement inexistante (on en apprendra plus sur le prétexte scénaristique servant de base au rapprochement entre les deux univers en lisant la fiche wikipedia du jeu qu’en y jouant, c’est vous dire le niveau ) et le mode story brillant par son absence. Comme d’habitude, il faudra également se contenter de quelques vagues images fixes (certes parfois amusantes) en guise de fin. Alors certes, on n’attendait pas franchement monts et merveilles à ce niveau, et il est évident que la raison principale pour laquelle on pratique un jeu en « versus fighting » n’est jamais le scénario. Il reste qu’on ne peut qu’être déçu de voir Capcom communiquer de manière mensongère sur un aspect du jeu qui tient une place aussi infime (au point qu’on se demande quel a bien pu être la part de travail de Frank Tieri, scénariste du jeu ayant officié entre autres sur WOLVERINE et lui aussi bien mis en avant pendant la promo) et rater au passage une occasion d’offrir un peu de sang neuf à cet aspect aussi souvent négligé du genre.

Une fois digéré ce léger foutage de gueule, il reste que MARVEL VS. CAPCOM 3 assure l’essentiel, à savoir s’avérer parfaitement jouissif manette en main. Evidemment bien moins complexe qu’un STREET FIGHTER IV, le jeu privilégie l’accessibilité tout en conservant néanmoins une part de technicité, s’assurant ainsi la possibilité de satisfaire autant les dilettantes du jeu de baston, qui seront ravis de tout faire péter à l’écran en faisant n’importe quoi, tout autant que les dieux du versus, ceux qui ne jurent que par les « hit box », les « QCP », les « stun lock » et autres termes incompréhensibles du commun des mortels et qui trouveront pour leur part largement de quoi se satisfaire avec certains personnages au maniement diabolique. Et surtout, le jeu réussit particulièrement là où les adaptations officielles de comic-books échouent trop souvent, c’est à dire dans la transposition des personnages et de leur spécifité. Les héros de chez Marvel se voient retranscrits avec une fidélité au caractère qui force le respect car finement adaptée aux nécessités du genre. Deadpool conserve par exemple toute sa gouaille, son humour et sa tendance à briser le quatrième mur, s’adressant directement au joueur ou utilisant dans sa super attaque sa propre barre de vie pour castagner l’adversaire ! Les persos Capcom ne sont pas en reste et c’est un vrai plaisir que de retrouver un Dante disposant de tout son arsenal et sa palette de coups de DEVIL MAY CRY 3 ou une Amaterasu se contrôlant pile comme dans OKAMIMARVEL VS. CAPCOM 3 assure l’essentiel, et dispose donc de suffisamment de qualités pour se faire pardonner, si ce n’est oublier ses promesses non tenues, et représente dans l’ensemble un bel hommage aux deux univers qu’il fait se rejoindre. Il n’empêche, la prochaine fois ce ne sera pas un mal que suivre les paroles par des actes, monsieur Capcom.

1 Commentaire

  1. Smoggie

    Jeu acheté et revendu dans la foulée…foutage de gueule se trouve pour moi ailleurs, notamment dans le mode solo avec 4 perso à débloquer (dans les premiers épisodes sur Dreamcast on avait pas moins de la moitié des perso à débloquer) et surtout un nombre de stage incroyablement faible. bref un jeu pas terminé…j’imagine que Capcom va se rattraper avec des DLC payants et une version « turbo alpha prime » après…

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