À FLEUR DE PEAU

Pour son premier film en tant que réalisateur, le scénariste et écrivain Alex Garland (LA PLAGE, 28 JOURS PLUS TARD) ne choisit pas la facilité en abordant le thème de l’intelligence artificielle, d’autant que certains grands réalisateurs ont livrés des chefs d’œuvres sur le même sujet. Et malgré certains atouts, EX MACHINA est loin de faire évoluer la thématique au cinéma.

Jeune programmeur de 24 ans dans la plus grande société Internet au monde, Caleb (Domhnall Gleeson) a été sélectionné par son patron Nathan (Oscar Isaac) pour mener une expérience révolutionnaire : il s’agit pour lui de conduire une série d’entretiens avec Ava, une intelligence artificielle extrêmement évoluée prenant la forme d’une séduisante jeune femme. Le but ? Cerner les qualités humaines d’Ava afin de savoir si elle est prête à être dévoilée au monde entier. Mais les choses se corsent quand Ava déclare son amour à Caleb… Prenant la forme d’un ménage à trois (ok, parfois à quatre) en huis clos, EX MACHINA n’échappe pas aux écueils des premiers films de scénaristes. Particulièrement verbeux et didactique dans sa façon de présenter les enjeux de l’intrigue, EX MACHINA pourrait très bien être un roman (le film est d’ailleurs chapitré par les sessions entre Caleb et Ava) ou même une pièce de théâtre, la faute à une mise en image qui se borne généralement à retranscrire ce qui est déjà sur le papier.

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Même s’il ancre son récit dans une forme de mythologie biblique, ne serait-ce que pour définir ses personnages principaux (Ava, Caleb, difficile d’être plus explicite), Alex Garland tente surtout de dresser un constat sur les interactions sociales en les ancrant spécifiquement dans notre époque. Il n’est donc pas étonnant que le personnage de Nathan rappelle le magnat Sergueï Brin, l’un des dirigeants de Google, d’autant que l’intelligence artificielle d’Ava a été enrichie par l’infinité de concordances d’un moteur de recherche Internet. Les passages les plus intrigants d’EX MACHINA concernent donc les différentes relations entre les personnages, et la façon dont la manipulation se retrouve au centre des interactions, parfois de manière inattendue (il s’agit d’ailleurs d’un thème récurrent chez Garland). Toutefois, même si ces passages parviennent à être prenants, ils révèlent la limite d’écriture de Garland, qui ne cherche jamais à pousser la thématique vers des nouveaux horizons, si ce n’est pour démontrer la prise de conscience humaine de son protagoniste principal. Plutôt que de nourrir le récit par des véritables éléments de science-fiction, en poussant d’ailleurs un peu plus loin la réflexion sur la notion même d’intelligence artificielle, Alex Garland s’en tient donc à démontrer ce que quelques dizaines d’autres réalisateurs ont déjà constatés auparavant, même s’ils l’ont fait avec plus de virtuosité cinématographique et surtout plus d’émotions. Et s’il convient de louer la performance des trois principaux comédiens ainsi que l’écriture des rapports humains, il faut reconnaître que le résultat final ne transporte jamais le spectateur sur un terrain philosophique exaltant ou déroutant, alors que c’est le propre de la thématique ici traitée. Et pour cause : en changeant sensiblement le contexte du film et la nature du personnage d’Ava, EX MACHINA pourrait tout aussi bien être un simple drame humain, sans jamais convoquer les éléments constitutifs de la science-fiction. Mais finalement, EX MACHINA est à l’image des autres travaux de Garland, à savoir des concepts ambitieux et complexes qui finissent par trouver une autre voie en cours de route, même si ce n’est pas forcément la plus satisfaisante ou la plus aboutie. Il est donc difficile d’en vouloir au jeune réalisateur, puisqu’il a tout de même fait un film qui lui ressemble.

TITRE ORIGINAL Ex_Machina
RÉALISATION Alex Garland
SCÉNARIO Alex Garland
CHEF OPÉRATEUR Rob Hardy
MUSIQUE Geoff Barrow & Ben Salisbury
PRODUCTION Andrew Macdonald & Allon Reich
AVEC Domhnall Gleeson, Corey Johnson, Oscar Isaac, Alicia Vikander, Sonoya Mizuno, Claire Selby, Symara A. Templeman…
DURÉE 108 mn
DISTRIBUTEUR Universal Pictures International France
DATE DE SORTIE 3 juin 2015

3 Commentaires

  1. Fest

    Pas vraiment de commentaire intelligent à poster, mais trop tentant de cliquer sur « Je ne suis pas un robot » sous cette critique. ^^

  2. john

    Un bon petit épisode de Twilight Zone

  3. Moonchild

    Honnête au final, le film n’apporte pas une réflexion très poussée sur l’intelligence artificielle mais mise plutôt sur les relations que vont nouer les trois protagonistes (vraiment bons) ; quelques moments troublants, voire touchants entre Domhnall Gleeson et Alicia Vikander ; et puis formellement assez léché et élégant ; seul reproche important, le dénouement prévisible et un peu faible.

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