SUR UN NUAGE

En ligne depuis hier, la longue bande-annonce de CLOUD ATLAS semble avoir mis tout le Net à genoux. Et nous y compris. Voici quelques infos supplémentaires sur le projet atypique des frangin(e)s Wachowksi et du réalisateur allemand Tom Tykwer.

Un teaser de près de six minutes qui tente de présenter au public l’étroite intrication de ses six récits; une présentation face caméra des trois réalisateurs Tom Tykwer, Andy Wachowski et Lana Wachowski, ces deux derniers ayant volontairement été absents de la promo de leurs trois derniers films : CLOUD ATLAS semble être parvenu à réveiller instantanément la galaxie internaute alors que le projet, en tournage depuis l’an dernier, passait régulièrement sous le radar des sites de news malgré quelques photos, malgré des propos déstabilisants des comédiens (qui se sont adonnés à des interprétations multiples, à la fois interraciales et intersexuelles) et même quelques visites de plateaux.

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Le choix d’un teaser promo aussi long et aussi fouillé répond à la condition bien particulière du projet et son besoin bien réel de visibilité, puisqu’il s’avère que CLOUD ATLAS n’est rien moins que le plus gros blockbuster entièrement indépendant qu’on ait vu depuis trente ans. Trois réalisateurs, deux équipes entières de production, un tournage simultané sur les côtes de Nouvelle Zélande et aux studios de Babelsberg à Berlin. Avec ses 100 millions de dollars de budget, son casting quatre étoiles, sa source littéraire mal connue et son traitement difficilement marketable, CLOUD ATLAS ne pouvait tout simplement pas espérer le feu vert d’une major hollywoodienne.

C’est en 2005, durant le tournage de V POUR VENDETTA, que Natalie Portman a offert à Lana Wachowski un exemplaire du livre de David Mitchell CARTOGRAPHIE DES NUAGES. Immédiatement séduits, les frères Wachos terminaient un an plus tard l’écriture de son adaptation scénaristique et se lançaient dans la recherche d’un financement qui resta désespérément bloqué à 60% de leurs projections. Évidemment, le terrible échec au box-office de SPEED RACER, en 2008, n’aida en rien leurs initiatives mais, indépendamment de cela, le sujet même de CLOUD ATLAS, traversé de considérations bouddhistes, n’avait pas grand chose pour exciter des majors apeurées dès qu’un projet sort du cadre de la franchise transmédia occidentale. Qu’à cela ne tienne, Andy et Lana font traduire leur script dans toutes les langues asiatiques connues et inondent les compagnies de l’extrême Orient, avant de se lancer dans le tournage top secret d’un autre projet en devenir (1).

Armé de ces multiples traductions, Grant Hill, le producteur de Terrence Malick, s’est donc lancé dans ce qu’il appelle une « mixture exotique » de deals divers comprenant la répartition des marchés et l’exploitation vidéo. Les 35 millions de dollars investis par Media Asia Group (autrefois producteurs du THE KILLER de John Woo) ont débloqué la machine et permis l’obtention des 18 millions allemands de A Company (qui gèrera les territoires d’Europe centrale et de l’Est) avant que Warner ne récupère le projet pour le territoire nord-américain, l’Europe occidentale, l’Australie et le Japon, et que Focus Features, la branche dite indépendante d’Universal ne s’y adjoigne. S’y rajoutent Dreams of the Dragon Pictures pour la Chine; Ascension Pictures pour la Malaisie et Singapoure; Bloomage Company pour la Corée; Long Shong Group pour Taiwan. Un montage financier digne de la tour de Babel, qui rappelle par bien des aspects le pari autrefois porté par Francis Ford Coppola pour financer en indépendant son APOCALYPSE NOW.

Très largement inspiré par le concept de « l’Eternel retour » de notre bon vieux Friedrich Nietzsche (dûment cité par l’auteur) le roman de David Mitchell CARTOGRAPHIE DES NUAGES est composé de six récits survenus à différentes dates de l’Histoire, et reliés entre eux d’une façon mystique et symbolique par ce qui semble être des personnages régulièrement ressuscités, et dont les actions se répondent subtilement l’une à l’autre dans un jeu de karma. Chacun de ces récits est raconté de son début jusqu’à sa moitié ; et au milieu du livre l’ordre des récits s’inverse pour nous raconter leur deuxième partie respective (faisant donc du récit d’ouverture le récit de conclusion) développant ce que certains critiques zélés ont qualifié « de l’intertextualité postmoderne ».

Voici l’intitulé de ces récits que l’on retrouve dans le teaser :

Le journal de la traversée du Pacifique d’Adam Ewing

Adam Ewing (Jim Sturgess) un homme de loi anglais, revient en 1850 des îles Chatham de la Nouvelle Zélande où il a assisté à la destruction méthodique des peuples aborigènes.

Lettres de Zedelgheim

Dans les années 30, Robert Frobisher (Ben Whishaw) un musicien déshérité par son père, travaille comme orchestrateur en Belgique pour un grand compositeur (Jim Broadbent) dont il séduit la femme, tout en cherchant à écrire une pièce pour sextuor titrée Cartographie des nuages.

Demi-vies, la première enquête de Luisa Rey

En 1975, Luisa Rey (Halle Berry) est une journaliste/enquêtrice qui, avec les informations du Dr Isaac Sachs (Tom Hanks) publie un rapport très critique au sujet d’une centrale nucléaire. Ceci lui vaut d’être menacée de mort. Rufus Sixsmith (ancien amant de Robert Frobisher, incarné par James D’Arcy) assiste au combat perdu d’avance que mène la femme contre le puissant Alberto Grimaldi (Hugh Grant)

L’épouvantable calvaire de Timothy Cavendish

Au début de notre siècle, un éditeur opportuniste (Jim Broadbent) reçoit par courrier le manuscrit de l’histoire de Luisa Rey. Mais il doit fuir des gangsters travaillant pour son client Duster Hoggins (Tom Hanks) et se retrouve enfermé contre sa volonté dans une forme de maison de retraite cauchemardesque où se manifeste entre autres le souvenir de son ancien amour (Susan Sarandon)

L’oraison de Sonmi~451

Dans une Corée futuriste dirigée par les corporations, le clone Sonmi~451  (Bae Doona) est « fractaire » dans une chaîne de restauration qui sert le nourriture chimiquement contrôlée permettant l’effacement de la mémoire. Ayant refusé de devenir de la nourriture pour « sang purs » Sonmi~451 doit être exécutée. Elle raconte sa tentative de révolte à un Archiviste.

La Croisée d’Sloosha pis tout c’qu’a suivi

Sur l’île d’Hawai après l’apocalypse, Valleysman Zachry (Tom Hanks) rencontre Meronym (Halle Berry), dernière représentante d’une civilisation avancée et menacée par la tribu des Kona (dirigée par un Hugh Grant méconnaissable)

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« Why keep genres separated ? » nous affirment les Wachowski et Tom Tykwer dans la vidéo de présentation ci-dessus. Ces premières images sont un début de réponse plus qu’enthousiasmant, mais l’un des challenges de l’adaptation de CARTOGRAPHIE DES NUAGES réside dans sa narration particulière, d’autant que le livre est jugé inadaptable. C’est donc sur ce point précis que nous attendons les trois réalisateurs au tournant, et plus particulièrement les Wachowski, qui n’ont jamais cessé de pousser le terrain d’expérimentation sur ce terrain-là, avec une certaine jubilation. Les plus chanceux pourront découvrir le film dans quelques semaines au prochain festival de Toronto. Les américains iront se ruer en masse pour le voir en salles le 26 octobre (c’est un ordre de Lana !) et nous autres français, nous attendons encore une date de sortie officielle, fixée semble-t-il à 2013. Damn it !

(1) Il s’agit de COBALT NEURAL 9, l’histoire d’amour torride entre un soldat américain et un militant irakien, raconté en flashback dans un lointain futur par diverses personnalités (la milliardaire Arianna Huffington, créatrice du Huffington Post ; le catcheur/sénateur Jesse Ventura) dans un style partiellement documentaire qui cherche à déterminer si les deux amants ont bel et bien cherché à assassiner George W. Bush… bref un film des Wachos quoi.

5 Commentaires

  1. DavidH

    Un Archiviste dans le film ! Tiens donc ^^

  2. rez

    Quoiiii ? Pas de date francaise prévue ?? Je vais pas avoir ma Dose de Cinema en octobre ??? Seriously :/

  3. Moi aussi je suis très curieux…
    Mais vous avez pas peur que ce soit un poil new age… Je dis bien un poil… Connaissant le sujet et le roman, j’ai un peur peur ! Après, il y aura du matos, c’est sûr, comme dans Speed Racer, mais bon… Ne soyez point trop enthousiastes, chers amis !

    Votre dévoué J.P. Koff.

  4. Jul

    seulement 2013 ?! et si y a vraiment la fin du monde en décembre, on fait comment ? 🙁
    (sinon, merci ! enfin un truc à lire sur ce projet dans la presse/le web francophone !)

    J.

  5. Jul

    j’ai beau avoir lu 623 résumés du film, j’y pige toujours rien XD
    n’empêche, « Cours, Speed Racer, cours », c’est vraiment LE film que j’attends !
    (quand je vous le dis, que j’ai rien pigé…)

    J.

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