SUR LE TOURNAGE DE MEA CULPA

Le polar français n’est pas mort ! Dans quelques jours, vous pourrez découvrir MEA CULPA, le troisième long-métrage de Fred Cavayé, un cinéaste qui persiste et signe à faire du genre ambitieux, et en français s’il vous plaît ! En attendant de revenir dessus en détails au moment de la sortie, nous étions déjà sur le tournage du film voici un an. Un compte-rendu s’imposait !

Mercredi 5 décembre 2012. L’équipe du film tourne à Ivry-sur-Seine, dans une authentique boîte de nuit locale. La séquence qui sera filmée aujourd’hui est plutôt inhabituelle dans le cadre d’un tournage français : peu de dialogues, une ambiance sonore tonitruante, des danseuses à moitié dénudées qui se déhanchent en s’accrochant aux colonnes du gigantesque escalier dominant la salle principale (et conçu dans le même style rococo que celui de la villa de Tony Montana dans le SCARFACE de Brian De Palma), des gueules cassées qui vident leur whisky au bar, des néons bleus et rouges… Et au milieu de tout ça, Vincent Lindon et Gilles Lellouche avancent dans la foule, déterminés et concentrés sur leur objectif, même quand le « Jump Around » du groupe House of Pain crache ses pulsations dans les enceintes (alors qu’il sera écarté au montage au profit d’un autre morceau davantage susceptible de coller à la dynamique de la scène, de l’aveu du metteur en scène). Pour nous, ce sera la première image que nous aurons de MEA CULPA, le nouveau film de Fred Cavayé. Rien de tel pour se mettre dans le bain de cette journée de tournage intense ! Après quelques prises de la même séquence, Fred Cavayé crie « coupez » et l’équipe entame la préparation du plan suivant. C’est le moment de signaler au cinéaste que nous sommes arrivés et de lui demander si nous allons avoir l’opportunité de voir un peu d’action aujourd’hui, ou si tout a déjà été tourné. Après tout, nous sommes déjà à la moitié du tournage et le gros de l’action pourrait déjà être dans la boîte, afin de terminer l’ensemble des prises de vues sur une note plus calme. Mais celui-ci nous assure que le film comporte beaucoup plus d’action que dans À BOUT PORTANT, et nous confirme que le programme de la journée comporte évidemment une fusillade ! Le réalisateur se lance alors dans une description très précise de la scène, jusque dans les moindres détails de sa chorégraphie, en nous décrivant la façon dont les personnages de Vincent Lindon et Gilles Lellouche vont parvenir à échapper à leurs agresseurs, en passant en haut des escaliers et en fuyant par les toilettes du « Why Not », cette boîte de nuit située à Toulon pour les besoins de l’intrigue du film. Et son enthousiasme est communicatif, puisqu’il est égal à celui d’un gamin qui s’en va jouer aux cowboys et aux indiens avec ses copains dans la cour de récré :

« Un film comme ça, c’est quand même super ludique à tourner. Quand je vous dis qu’il y a quatre ou cinq fois plus d’action que dans À BOUT PORTANT, c’est vrai. Par exemple, il n’y a jamais eu de fusillade dans mes précédents films, et aujourd’hui, on en tourne une. C’est génial ! Je n’avais jamais fait de poursuite en bagnole et il y en aura une dans le film, avec une voiture qui poursuit un TGV en prenant tous les risques. Le film est bourré de cascades, il y a des bagarres de western, parce que c’est clairement un western. La bagarre finale par exemple : dans un décor baigné de soleil, avec les mecs qui sont couverts de poussière, qui sont à bout de forces, essoufflés, épuisés, et qui se rendent coups pour coups. Non, vraiment, ça le fait ! ».

Pendant la pause, Vincent Lindon vient converser avec son réalisateur, afin d’évoquer la suite de la séquence. Fred Cavayé en profite donc pour nous présenter au comédien avec une certaine emphase : « Ce sont des journalistes qui adorent le cinéma d’action et les polars, et qui les connaissent sur le bout des doigts. Et je peux te dire que s’ils aiment notre film, c’est qu’on a réussi notre coup ! ». La description est flatteuse mais surtout, elle amuse beaucoup Vincent Lindon, qui a décidé de tester nos connaissances en matière de films policiers : « Ah oui, donc si je vous donne un titre de film, vous connaissez le réalisateur ? ». On se prête au jeu et les titres de thrillers, de films d’action et de séries B commencent à fuser dans les deux sens. Rien de tel qu’un petit quizz pour briser la glace ! Et c’est surtout une bonne occasion de constater que la vedette de LA CRISE aime le cinéma policier, un genre dans lequel il a fait ses premières armes d’acteur au début des années 80 avec des petits rôles dans LE FAUCON, L’ADDITION et l’inénarrable PAROLE DE FLIC, et auquel il revient donc aujourd’hui avec un rôle en tête d’affiche. MEA CULPA est d’ailleurs l’occasion pour lui de retrouver son réalisateur de POUR ELLE. Et c’est surtout l’occasion de travailler sur un matériau qui le motive au plus haut point :

« POUR ELLE et À BOUT PORTANT proposaient déjà des scénarios très bien construits, mais celui de MEA CULPA a vraiment un truc en plus, une chose rare qu’on ne voit pas souvent dans les polars de nos jours. Il y a dans le scénario un rebondissement psychologique déjà très bien amené sur le papier. J’avais beau être prévenu par des dizaines d’indices parsemés dans les séquences précédentes, ça a superbement marché sur moi. Ça m’a cueilli et ça, ça n’a pas de prix. C’est même l’une des raisons pour lesquelles j’ai accepté de faire le film. C’est la première fois que tous les éléments sont là pour moi : une intrigue bien construite, et des rebondissements qui font toute la différence ».

En juin 2012, Fred Cavayé nous avait fait le plaisir de dévoiler le pitch de MEA CULPA, en exclusivité pour l’ouverture du site Capture Mag. Aujourd’hui, sur le plateau, il revient sur la raison pour laquelle il a décidé de mettre de côté son projet de thriller dans le milieu des bûcherons (qu’il avait évoqué dans la presse au moment de la sortie d’À BOUT PORTANT) pour se concentrer sur ce projet en particulier :

« Je voulais écrire un projet qui soit la synthèse de POUR ELLE et À BOUT PORTANT. J’avais écrit le scénario de mon film sur les bûcherons il y a assez longtemps et assez bizarrement, quand je me suis remis à l’écriture sur ce texte, je n’en étais plus vraiment amoureux. J’avais besoin de trouver quelque chose de neuf pour en tomber amoureux et pouvoir rebondir très vite après À BOUT PORTANT. C’est d’ailleurs mon producteur Cyril Colbeau-Justin qui m’a dit qu’il fallait que j’arrive à faire la synthèse de mes deux premiers films, et c’est le cas de MEA CULPA. Il y a donc l’action d’À BOUT PORTANT de manière encore plus intense, et l’épaisseur des personnages de POUR ELLE. C’est d’ailleurs assez marrant parce que du coup, je me retrouve avec les deux comédiens de mes deux précédents films. Au début, j’ai pensé à eux en me disant que ce serait bien de les réunir, mais ça a mis du temps à se faire, car ils devaient tourner ensemble dans un autre thriller. J’ai pensé à d’autres comédiens, mais ils se sont libérés et nous sommes rapidement revenus à l’idée initiale ».

La loi du plateau reprend ses droits, et l’équipe s’apprête à tourner les plans suivants. Cette fois-ci, des coups de feu vont être tirés. Pendant que Vincent Lindon et Gilles Lellouche se mettent en place pour grimper quatre à quatre les escaliers de la boîte de nuit, des malfrats arment leurs uzis pour les canarder dans le dos. Il faut donc que les acteurs esquivent le feu nourri de leurs adversaires. Problème logistique supplémentaire : le plan nécessite un mouvement de foule et de panique de la part des figurants qui guinchaient quelques instants auparavant sur la piste de danse. Pas de doute, MEA CULPA est un tournage physique, et malgré ses 53 ans (au moment du tournage), Vincent Lindon n’a aucun problème à assurer durant les scènes de fusillade et de bagarre :

« C’est clairement mon rôle le plus physique. Il y avait bien évidemment déjà eu la dernière partie de POUR ELLE, qui m’avait demandé pas mal d’efforts, mais elle présentait certaines restrictions. Je devais ne pas savoir trop bien tirer, ni courir, je ne pouvais pas faire de roulé-boulé, parce que j’incarnais un monsieur tout le monde qui se surpasse tout d’un coup, pour sauver sa femme. Là, je joue un ancien flic et je peux vraiment faire tout ce qui m’a été interdit auparavant. Et puis le film propose un duo avec le personnage de Gilles Lellouche et ça engage à plus de nervosité. Les efforts s’additionnent ».

Justement, la vedette d’À BOUT PORTANT est également sur le plateau pour les besoins de la séquence. Et même s’il est plus jeune (40 ans au moment du tournage), Gilles Lellouche confirme également que le tournage de MEA CULPA n’est pas de tout repos :

« Au premier abord, j’avais l’impression que le rôle de MEA CULPA serait moins physique que celui que je tiens dans À BOUT PORTANT, car dans ce dernier, je devais beaucoup courir. Mais en fait, pas du tout. Ce rôle est extrêmement physique car il propose justement un éventail de choses très différentes : il y a des cascades, des poursuites, des bagarres et c’est physique dans tous les sens du terme. Il y a une palette très large, et le film est aussi plus violent que POUR ELLE et À BOUT PORTANT. Il y a une volonté de la part de Fred Cavayé d’aller dans le polar très noir, dans le thriller extrêmement tendu, très nerveux. Donc oui, c’est fatiguant mais c’est un énorme plaisir de jouer dans un film d’action, parce que c’est quand même un genre qui a été oublié en France. Et s’il y a bien un réalisateur qui est bon dans ce domaine-là, on peut dire que c’est Fred, donc c’est la cerise sur le gâteau de pouvoir le tourner avec lui. De plus, en tant qu’acteur, j’appartiens à une certaine tradition franco-française et en me lançant dans le tournage de MEA CULPA, je sortais tout juste de celui du film de Valérie Lemercier, qui est très littéraire, très proche du texte. Ici, c’est le grand écart : je n’ai quasiment aucun dialogue et tout repose sur le langage du corps. C’est un vrai bonheur, car il y a un plaisir très enfantin au jeu : on court, on est pourchassés par des voitures, on a des flingues à la main. Il y a un vrai truc de cowboys et d’indiens, avec un jeu pur, ramené à son aspect le plus ludique. Pour moi, c’est vraiment un film très visuel, très proche de Jean-Pierre Melville dans l’esprit. Je ne parle pas que des bagarres et des scènes d’action, mais la détresse des personnages s’exprime aussi par le langage du corps ».

La mise en place du plan suivant est très intéressante, car il dévoile la maniaquerie nécessaire dont Fred Cavayé va faire preuve, notamment quand il s’agit de composer le découpage de son film de façon cohérente. Après tout, la lisibilité et la gestion de l’espace sont des données fondamentales du cinéma d’action (et du cinéma tout court mais dans l’action, le laxisme ne pardonne pas !), et le réalisateur sait être persuasif pour obtenir gain de cause. On explique la scène : les personnages de Lindon et Lellouche ont atteint le balcon de la boîte de nuit, mais les malfrats continuent de les arroser de plomb. Le caméraman est désormais avec eux à l’autre bout du balcon, les filmant de face. Mais l’endroit est particulièrement étroit et n’autorise pas une machinerie trop complexe. Le plan se fera donc à l’épaule, d’autant que les deux comédiens doivent traverser toute la longueur du balcon en évitant les tirs de leurs ennemis. Après quelques essais, Fred Cavayé ne semble pas satisfait du cadre et des entrées de champ des personnages. Pour lui, il est impératif que l’on puisse voir les deux acteurs inscrits dans toute la longueur du balcon, afin de maintenir la ligne de fuite du cadre et privilégier le dynamisme de la situation. Quelques discussions entre les comédiens, le réalisateur et les techniciens s’ensuivent, et il faudra plus d’une heure et demie pour boucler ce simple plan qui ne durera que quelques secondes à l’écran. Au final, il sera décidé que Vincent Lindon et Gilles Lellouche se positionneront chacun d’un côté du balcon (l’un contre le mur, l’autre contre la rambarde) après leur course dans les escaliers, afin que les deux personnages puissent apparaître dans le champ, même si la logique « réaliste » voudrait que les deux soient plaqués contre le mur pour éviter les balles. À la tenacité très cinématographique de Fred Cavayé s’oppose également le perfectionnisme de Vincent Lindon, qui prend son travail très à cœur :

« Il y a plusieurs phases dans un projet : la lecture m’a emballé à mort, au-delà de mes espérances. Pour ce qui est du rendu final à l’écran, je sais déjà que je vais voir un truc incroyable. Par contre, le tournage est en dessous en matière d’enthousiasme et dans son aspect ludique, en tout cas par rapport à ce que j’en attendais. Gilles et moi, on aime bien jouer. On est des acteurs, et on est un peu mabouls, on est un peu perfectionnistes. Quand on fait un slalom, on aime bien prendre tous les virages comme il faut. Mais c’est rarement le cas en une prise. Parfois, on rate un bout ici et là et ça, Fred s’en fiche parce que de son côté, il sait que tel ou tel moment raté, on les a réussis dans une autre prise. Alors parfois, il faut mettre de côté son plaisir personnel : moi, le soir, je rentre chez moi malheureux. Mais je sais qu’au bout du compte, le résultat va vraiment me rendre heureux et me satisfaire au-delà de toutes mes attentes. J’ai rarement emmené les scènes exactement là où j’avais envie d’aller, pas à 100% en tout cas. C’est arrivé, mais c’est rare. Pour Fred, ce n’est pas grave, il va prendre ce qui lui convient et il va nous sublimer. Mais c’est ma seule difficulté sur le tournage : d’accepter de temps en temps le fait que je ne vais pas être bien, ou que je vais être ridicule, le temps de trois images, pour que les autres soient biens. En même temps, c’est souvent le cas sur tous les tournages en fait. J’ai beaucoup de mal à entendre « oui, mais ne t’inquiète pas, je ne vais prendre que cinq secondes là » parce que de mon côté, je veux que toute la prise soit faite sans accrocs. Mais évidemment, je sais que ce n’est pas possible, sinon il faudrait 200 semaines de tournage ! ».

C’est la fin de la journée pour Vincent Lindon et Gilles Lellouche, mais il reste encore des choses à tourner pour le reste de l’équipe. Notamment quelques plans d’une bande de malfrats s’engouffrant, fusil à pompe bien en main, dans le couloir menant aux toilettes du « Why Not », où se sont réfugiés les deux héros. Cavayé remercie ses deux stars et leur dit au revoir avant de courir se poster derrière son combo. On l’aperçoit en train de batailler avec ses cameramen pour pouvoir obtenir un axe supplémentaire. Lorsqu’il a une idée bien précise de ce qu’il veut filmer, il semble ne jamais vouloir lâcher le morceau. Il faut dire qu’il possède un allié de taille en la personne de Danny Elsen, directeur de la photographie néerlandais qui s’est fait connaître à l’internationale pour son travail sur LA MÉMOIRE DU TUEUR d’Erik Van Looy. Danny Elsen travaille vite et bien, et surtout, il emmène le réalisateur sur des terrains différents, comme le confesse ce dernier :

« Quand j’ai dû changer de directeur de la photographie, j’ai été cherché quelqu’un d’autre qui me parle surtout en termes de cadres. Comme Alain Duplantier, Danny Elsen vient de la photo, et c’est un de ses travaux qui m’a fait dire qu’il fallait absolument que je bosse avec lui. C’est une photo de dos d’un type chauve, avec le point sur sa nuque, comme le personnage de Marcellus Wallace dans PULP FICTION. Tout de suite, ça m’a parlé. Et puis il bosse beaucoup, il est très rapide, et il m’emmène vers quelque chose de plus moderne que ce que je fais en général. Il me sort de mes références plus classiques, en utilisant par exemple pas mal de rouge, avec un emploi adéquat, ce qui amène une véritable modernité à l’image. Quand je vois les rushes, je me dis tout de suite que ça fonctionne bien. J’ai souvent tendance à utiliser du champ/contre-champ avec des amorces, et il me pousse à faire des cadres à deux personnages. Du coup, il arrive qu’on s’engueule, mais dans la bonne humeur hein. C’est une belle énergie, d’autant qu’on arrive à une moyenne de 26 plans par jour. Autant dire que ça bosse vite, mais dur ».

Il faut au moins ça, étant donné que ce qui a été tourné ce mercredi 5 décembre ne devrait pas excéder quelques petites minutes à l’écran. Il n’en reste pas moins que MEA CULPA est une belle promesse dans le paysage cinématographique français, mais une promesse risquée, étant donné que le film compte un budget presque deux fois plus important que celui d’À BOUT PORTANT. 12 millions d’euros (en fabrication, sans compter les frais de sortie), c’est beaucoup dans notre paysage cinématographique, mais c’est finalement assez peu par rapport aux ambitions du projet :

« Tout cela, ce sont des envies de scénarios, et des envies de mise en scène de ma part, avec nos propres références personnelles à moi et à mon scénariste Guillaume Lemans, mais c’est vrai : on arrive à la limite de ce qu’il est possible de monter en France, avec des budgets costauds et des comédiens qui ont une véritable valeur sur notre marché, mais pas autant à l’étranger. Le cran au dessus, ce sont des films comme TAKEN et là, on parle d’un casting international et d’un tournage en anglais. Donc c’est encore un autre challenge ».

En parlant de challenge, Fred Cavayé nous confirme d’ailleurs qu’il a régulièrement dû revoir le plan de travail afin de remettre son découpage à l’ordre du jour, pour pouvoir maintenir la qualité artistique du projet. Gros budget ou pas, la logique artisanale reste la même, et la gymnastique physique est toute autre pour le jeune réalisateur, qui termine ici son troisième film seulement. Après tout, comme il le dit lui-même : « Le film est super ambitieux, du coup on a pris du retard. On a pas eu de bol, pas mal d’intempéries durant le tournage dans le Sud, mais je n’ai pas fait de compromis pour le moment ». Sous ses allures affables et décontractées, Fred Cavayé, encore une fois, ne lâche jamais le morceau. On en a un superbe exemple un mois plus tard, alors que nous revenons faire un tour sur le plateau de MEA CULPA. La scène du jour est celle qui suit directement celle du 5 décembre : les deux héros repliés dans les toilettes du « Why Not » et assiégés par leurs adversaires armés jusqu’aux dents. Le tournage de cette séquence prend place cette fois-ci dans les studios flambant neufs de La Cité du Cinéma de Luc Besson, à Saint-Denis. C’est dans ce lieu chargé d’ambitions que doivent se terminer les prises de vue du film, et notamment la longue séquence finale dans un TGV dont on a reconstruit une rame entière sur l’un des plus grands plateaux du complexe. Mais pour l’heure, la poudre doit parler, les gangsters passant une bonne partie de la scène des toilettes à vider leurs chargeurs sur la porte derrière laquelle se tiennent les deux héros. L’obsession du jour pour Fred Cavayé, c’est d’obtenir son « top shot » : un plan vu du dessus, qui filme Lindon et Lellouche debout dans ce cabinet de toilettes à peine plus grand qu’un placard. L’idée est de montrer l’exiguïté du lieu et donc de conférer une impression de claustrophobie et de situation désespérée à cette scène où les deux personnages sont acculés dans une pièce sans issue. Pour le réalisateur, même si ses collaborateurs lui soutiennent qu’il n’aura jamais le temps de le faire rentrer dans le plan de travail, il ne fait aucun doute qu’il aura ce plan. Le soir venu, nous quitterons le plateau sans avoir eu la chance de voir Cavayé concrétiser son « top shot ». Mais quelques semaines plus tard, alors que nous le recroiserons une fois le tournage terminé, nous lui demanderons s’il a finalement réussi à mettre en boîte ce plan essentiel. Le réalisateur, non sans une lueur de fierté dans le regard, nous expliquera qu’il y est parvenu, tard le soir, avec un caméraman, l’un des deux comédiens et la doublure de son partenaire. Tenace, Fred Cavayé tient son tournage jusqu’au bout. Un sacerdoce qui devrait être payant pour le résultat final. Quand on vous dit que MEA CULPA ne sera pas un film français comme les autres…

Un grand merci à Fred Cavayé, Vincent Lindon, Gilles Lellouche et toute l’équipe du film pour leur disponibilité. MEA CULPA sort en salles le 5 février prochain.

2 Commentaires

  1. s@nzissu

    Can’t wait!!

    & sinon, petite question : pourquoi « Pour elle » est-il inédit en France en BluRay (alors qu’il existe apparemment des imports EU, allemands ou suédois, par ex.)???

  2. elzecchio

    Un grand merci pour ce papier, comment ça fait plaisir cette visite du plateau de Cavayé !

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