NOUS SOMMES DES LÉGENDES

À l’occasion de la diffusion de la seconde bande-annonce des CINQ LÉGENDES, focus sur l’auteur des ouvrages dont s’inspire ce film et petit point sur ce qui pourrait être le nouveau DRAGONS de DreamWorks, autrement dit une réjouissante exception au sein du studio responsable de SHREK.

Ben alors, qu’est-ce qui se passe ? On en en rupture de stock de coussins péteurs chez DreamWorks ou quoi ? Voilà qu’ils nous sortent deux bandes-annonces sans un seul coup de pied dans les roubignoles, sans l’ombre d’une parodie du blockbuster du moment, sans même – accrochez-vous bien les amis – une seule petite note d’une douce mélopée de Lady Gaga. Pire encore : le film vendu semble croire dur comme fer à sa mythologie ! Mais que diable fait Katzenberg ?! Il veut faire dégringoler les actions de sa turne ou quoi ?

La seconde bande-annonce des CINQ LÉGENDES confirme en effet la bonne impression que nous avait laissé le premier teaser, avec des personnages charismatiques voire étranges, un récit qui a enfin le courage de se prendre au sérieux et des séquences ambitieuses. Même la sacro-sainte fidélité de DreamWorks aux synthétiseurs bourrins de Media Ventures est bafouée, puisque la musique a été confiée à Alexandre Desplat, qui nous semble être un choix judicieux pour cette histoire relatant le rassemblement des icônes les plus emblématiques de l’imaginaire enfantin (du moins, chez la marmaille américaine) contre une vague de cauchemars lancée par le Croquemitaine. LES CINQ LÉGENDES, qui sortira chez nous le 28 novembre prochain, semble donc nanti de qualités auxquelles ne nous avait pas habitués le studio de Katzenberg, à l’exception notable du formidable DRAGONS, le seul film mis d’ailleurs en avant dans cette bande-annonce. Il faut dire qu’un tonitruant « From the creators of SHREK » aurait considérablement calmé nos ardeurs.

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Alors, certes, le character design, assez radical et plutôt audacieux, peut rebuter. Ces écœurantes inscriptions dorées, indissociables des bandes-annonces des films de Noël, gâchent parfois la fête. Et on se méfie un peu des blagues sur les personnages : l’accent australien de Hugh Jackman, qui prête sa voix au Lapin de Pâques, le caractère lymphatique du Marchand de sable, le côté un peu trop cool de Jack Frost interprété par Chris Pine. Mais ne nions pas notre enthousiasme : l’ensemble promet une aventure épique, un fantastique échevelé et propose suffisamment d’idées pour nous exciter. On aimerait dire que cet « accident industriel » vient de la présence au générique de Guillermo del Toro. Malheureusement, on a vu par le passé que le génial Mexicain n’avait rien arrangé à l’affaire en acceptant d’être consultant créatif sur leurs films, en particulier pour LE projet DreamWorks sur lequel il s’est le plus impliqué, ce CHAT POTTÉ de sinistre mémoire qui, en dehors d’une belle idée concernant la fin du méchant, accumulait à peu près tout ce qui rend DreamWorks détestable (coups de pieds dans les roubignoles susnommées comprises).

En réalité, il semble que LES CINQ LÉGENDES doive beaucoup plus à William Joyce, auteur de livres pour enfants parmi lesquels la série d’ouvrages dont s’inspire le film : THE GUARDIANS OF CHILDHOOD. Cet héritier de Winsor McCay est également coutumier du monde de l’animation, puisqu’il fut designer sur TOY STORY et 1001 PATTES, qu’il cosigna le concept (et le concept seulement) de ROBOTS avec Chris Wedge, sans oublier BIENVENUE CHEZ LES ROBINSONS, également adapté d’un de ses livres, et la série d’animation ROLIE POLIE OLIE qui lui a permis de remporter trois Emmys. Mais Joyce est également, avec Brandon Oldenburg, le cofondateur de Moonbot, un petit studio basé à Shreveport, la ville natale de Joyce située en Louisiane. Une structure familiale, qui lui a permis de coréaliser THE FANTASTIC FLYING BOOKS OF MR. MORRIS, hommage à Buster Keaton, au MAGICIEN D’OZ de la MGM, aux pionniers du cinéma, et surtout à l’éditeur William C. Morris, le mentor de Joyce disparu des suites d’un cancer en septembre 2003. Joyce aurait d’ailleurs terminé le traitement de son court-métrage juste à temps pour le lire à Morris sur son lit de mort, quelques heures seulement avant sa disparition. C’est sans doute ce qui explique le ton mélancolique de THE FANTASTIC FLYING BOOKS OF MR. MORRIS qui, avec son heureux mélange d’animation traditionnelle, de maquettes et d’images de synthèse, a remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation cette année. Voici le court-métrage THE FANTASTIC FLYING BOOKS OF MR. MORRIS qui mérite, il nous semble, 15 minutes de votre précieux temps :

http://www.dailymotion.com/video/xo85z0

Et une petite vidéo, dans laquelle William Joyce et son associé, Brandon Oldenburg, partagent leur joie d’avoir remporté un Oscar :

Projet chéri de Joyce, LES CINQ LÉGENDES hère dans les limbes du « development hell » depuis presque dix ans. En 2005, Joyce avait même initié la création d’Aimesworth Entertainments, une joint venture intégrant notamment le studio d’animation et d’effets spéciaux Reel FX (cofondé par son partenaire de Moonbot, Brandon Oldenburg) dans le but d’adapter ses écrits. Mais Aimesworth Entertainments ferme ses portes avant que Joyce ne soit parvenu à concrétiser ses projets et, en 2009, DreamWorks récupère LES CINQ LÉGENDES. Les rênes du film sont confiées à Peter Ramsey (qui signe ici son premier long-métrage cinéma en tant réalisateur) mais Joyce reste extrêmement impliqué en cumulant les postes de producteur exécutif et de coscénariste avec David Lindsay-Abaire, coupable de pas mal de vilains films pour chiards, mais qui vient également de signer OZ : THE GREAT AND POWERFUL de Sam Raimi. De là à dire que LES CINQ LÉGENDES est le film de Joyce, il n’y a qu’un pas que n’a pas hésité à franchir Wikipedia, qui le crédite carrément en tant que coréalisateur !

Que ce film soit un succès ou pas, Joyce n’a en tout cas pas fini d’inspirer l’industrie de l’animation américaine : EPIC, la première tentative de Blue Sky Studios de concevoir un film destiné aux jeunes adolescents, est également tiré de son roman LES HOMMES FEUILLES, écrit en 1994 et dont l’intrigue entretient de troublantes similitudes avec ARTHUR ET LES MINIMOYS de Besson.

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Pour terminer, voici un lien vers le site officiel de William Joyce, avec un lien vers le site de Moonbot et un autre sur les romans dont s’inspire LES CINQ LÉGENDES. Et enfin, une page du site Catsuka de Marc Aguesse (que je salue bien bas) et qui a eu la bonne idée de mettre en lien les petits making-of de THE FANTASTIC FLYING BOOKS OF MR. MORRIS, retirés par Moonbot.

6 Commentaires

  1. Benj

    Je viens à nouveau de regarder le trailer de The Gardians et j’ai toujours autant de mal avec certains designs (Easter Bunny en particulier). En même temps, c’était déjà le cas pour Dragons et ça m’avait pas empêché de réellement apprécier le film. A voir donc…

    Sinon merci Julien de remettre les choses en persepective en citant l’échec (artistique) du Chat potté et en évoquant l’influence de l’auteur William Joyce (que je ne connaissais pas) sur le film. Car il aurait été tellement tentant (facile ?) de remercier uniquement Guillermo del Toro en cas de réussite artistique pour ce Guardians 😉

    Benj

  2. Arnaud

    Pour Guillermo, je pense qu’il fallait lui laisser le temps de s’installer aussi. Le premier film sur lequel il a bossé, c’est apparemment Megamind, qui est une purge assommante (je suis sorti à 20mn de la fin tellement j’en avais plein le cul). Là, sur celui-là, il a visiblement collaboré de manière plus approfondie. Tenez, un petit lien sur une séance de travail entre le réal Peter Ramsey et Guillermo :
    http://dreamworksanimation.tumblr.com/post/26985776913/hello-everyone-the-new-trailer-for-rise-of-the#tumblr_notes

    Arnaud

  3. Julien DUPUY

    Super le lien Arnaud.
    Peut-être pour Kung-Fu Panda 2 et pour l’ignoble Megamind, mais par contre, ça n’était pas le cas du Chat Potté. Je te remets ici une de ses déclarations au LA Times quand le film a été nominé aux Oscars : « With Puss, I was really feeling like part of the team creating it. (…) On Puss in Boots, I felt like one of the many parents that the movie has. » Et franchement, quand tu vois le film, tu pleures.

  4. Arnaud

    Toujours pas vu, je le materai un de ces 4 quand même, histoire de voir. Sinon, on est pas bien là, tous les deux, à commenter les papiers de notre site ? ^^

  5. Matthieu GALLEY

    C’est clair qu’on sentait pas particulièrement la patte de quoi que ce soit dans Le Chat Potté.

    (sinon je n’ai pas vu les films qu’a scénarisé David Lindsay-Abaire, mais le bonhomme a reçu un prix Pulitzer de littérature, et avant de signer le scénario de Oz, Raimi l’avait débauché pour écrire une des versions de Spider-Man 4)

    Blunt

  6. mayflower

    merci pour ce super article qui résume tellement bien un homme qui m’intrigue depuis un moment !!!

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