LAME FATALE

Bien que sa date de sortie se rapproche à grands pas, difficile pour qui attend METAL GEAR RISING : REVENGEANCE de résister à l’envie d’en découvrir plus. Inutile de dire donc que lorsque Konami nous a invité à nous essayer longuement à une version quasi-finalisée, nous avons sauté sur l’occasion. Lame entre les dents, voici le compte rendu de nos impressions.

Au-delà même de sa genèse compliquée, il y a un certain paradoxe à l’existence d’un METAL GEAR avec Raiden pour tête d’affiche. Dans sa conception même au moment de METAL GEAR SOLID 2, le personnage n’était en effet envisagé que sous un angle symbolique (celui d’une marionnette arrivant à rejeter ses marionnettistes, intra comme extra-diégétiques) et comme prisme visant, par contraste, à magnifier Snake. Une approche qui sera largement passée au-dessus de la tête des joueurs. Déçu de ne pas contrôler « leur » héros sur la majeure partie du jeu et d’être tombé dans l’habile manipulation de Kojima, une large frange d’entre eux aura viscéralement rejeté Raiden, le jugeant peu charismatique ou trop androgyne. Si Kojima a su s’amuser de cette réception à plusieurs reprises (entre autre via le personnage parodique de Raikov dans MGS 3 : SNAKE EATER), on peut penser qu’il s’attendait à meilleur accueil, comme le montre sa détermination à redorer le blason de sa création par la suite. Ce fut chose fait avec le trailer de MGS 4 : GUNS OF THE PATRIOT présenté à l’E3 2006, qui se concluait par une longue séquence montrant un Raiden redesigné en ninja cybernétique découper en morceaux avec style une armada de Gekkos dans une chorégraphie impeccable. Effet immédiat : les détracteurs du personnage retournent leur veste, avant de connaître à nouveau la frustration devant le produit fini, dans lequel Raiden n’est bien évidemment pas jouable. La preuve était cependant faite : Raiden pouvait désormer porter un titre sur ses épaules, la demande étant là.

Une demande qui risque fort d’être comblée de belle manière, à en juger par ce que nous avons pu tester. Le jeu débute ainsi sur un prologue posant la situation : quatre ans après la fin de MGS4, les Sociétés Militaires Privées pullulent toujours, malgré la fin du système SOP. C’est pour l’une d’elles, nommée Maverick Security Consulting, que travaille Raiden. Sa mission en cours consiste en la protection de N’Mani, Premier Ministre d’une petite nation africaine se reconstruisant après une guerre civile. Lorsque le convoi dans lequel ils se trouvent est attaqué par des cyborgs membre d’une société rivale, Desperado Enforcement, Raiden doit entrer en action. Le prologue est essentiellement l’occasion de se familiariser avec les contrôles du jeu et ses sytèmes principaux. Pas de grande surprise du côté du combat, puisqu’avec un bouton dédié à l’attaque légère et un à la forte, les amateurs de beat’em all seront en terrain connu. On constate cependant d’emblée la fluidité des animations et de leur enchainement, et la vivacité de Raiden, résultant en des affrontements immédiatement spectaculaires. Autres mécaniques importantes : le ninja run, course permettant de franchir facilement les obstacles mais servant également de modificateur d’attaques (dont une glissade redoutablement efficace) et bien entendu le fameux blade mode, qui permet de découper ennemis et éléments de décor à l’envie. Si les premiers cyborgs rencontrés ne poseront aucun problème à Raiden, les membres de Desperado parviennent néanmoins à enlever N’Mani. Se lançant à leur poursuite, Raiden tombe sur un Metal Gear Ray, qui donne lieu au premier gros morceau de bravoure du jeu. Le Ray ne s’en laisse en effet pas compter et reviendra plusieurs fois à la charge, même après avoir perdu plusieurs appendices, le duel se terminant par une cavalcade verticale à flanc de building, le tout enrobé dans une mise en scène aux petits oignons lors des QTE. Malgré tout, la mission se termine mal pour Raiden, puisque N’Mani est tué et que notre héros ressort salement amoché de sa confrontation avec Jetstream Sam, un des leaders de chez Desperado et ne se voit sauvé que par l’intervention de ses collègues de chez Maverick.

Les choses sérieuses commencent réellement avec le premier chapitre, qui nous mène en Abkhazie, ancien pays du bloc soviétique, à la poursuite d’Andrei Dolzaev, terroriste de mèche avec Desperado. Armé d’un nouveau corps cybernétique, Raiden a désormais accès à toute ses capacités et notamment le désormais fameux concept du zan-datsu, qui consiste rappelons-le à revitaliser les jauges de vie et de blade mode en récupérant les sources d’énergie sur les ennemis taillés en pièces. Ne pas croire à une balade de santé pour autant, les adversaires se révélant d’emblée plutôt coriaces, au point qu’il vaudra mieux apprendre très vite à maîtriser un autre point important de gameplay : la parade. Contrairement à la majorité des représentants du genre, point d’esquive vous mettant hors de portée des coups dans RISING. De quoi favoriser un gameplay plus agressif mais si la moindre erreur vous exposera à une punition sévère, une garde bien placée ouvrira l’ennemi à un combo dévastateur suivi d’un finish move bien placé. Il sera également possible de jouer par endroits la carte de l’infiltration, Raiden disposant d’une vision rayons X bien utile pour aller savater par surprise les ennemis inconscients de votre présence, Gekkos y compris. Ceux qui se seront essayés à la démo présente dans ZONE OF THE ENDERS HD se retrouveront en terrain connu jusqu’au duel contre le cyborg quadrupède faisant office de mini-boss. La suite du chapitre nous fera passer par un duel contre un hélico avant de nous mener à une raffinerie servant de décor au combat contre le premier boss sérieux, Mistral. Cyborg féminin au délicieux accent français, celle-ci se bat en utilisant des bras de Dwarf Gekko (les petits boules qui vous pourrissaient la vie à Shadow Moses dans MGS4). Après une conclusion en forme d’hommage à une célèbre franchise de SF, Raiden pourra récupérer sa première arme alternative, une longue lance offrant une plus grande allonge. Là encore, Platinum semble avoir voulu changer un peu des habitudes du genre puisque lorsqu’elle est équipée, l’arme ne remplace pas l’épée mais vient agir comme attaque forte de substitution.

Le deuxième chapitre nous emmène en Amérique du Sud, à la recherche d’un labo appartenant à Desperado, théâtre d’expériences peu catholiques. La cinématique d’introduction du niveau nous permet de retrouver l’humour absurde typique de la série, sous forme encore plus extravertie cette fois, puisque Raiden ne trouve rien de mieux pour passer incognito que de se déguiser en mariachi d’opérette, sombrebo et poncho à l’appui, à la plus grande perplexité des habitants du coin. Un passage dans les égoûts nous présente un nouveau type d’ennemis, des cyborgs à l’aspect simiesque, capables de faire très très mal et qu’il vaudra souvent mieux tenter de se débarrasser discrètement. À cette occasion, la boite en carton refait une apparition remarquée, pour le plus grand bonheur des fans. Une fois le labo atteint, on pourra prendre le contrôle d’un Dwarf Gekko pour une phase certes courte mais qui vient prouver que le titre sait également varier les situations quand il le faut afin d’éviter que la monotonie s’installe. Qu’on se rassure cependant, l’action a aussi largement sa place dans ce chapitre, qui se conclue sur Raiden faisant face à un énorme tank, pour un boss fight classique mais efficace.

Enfin, le troisième chapitre, et le dernier auquel nous avons pu nous adonner, prend place à Denver et voit un Raiden prêt à outrepasser les limites de la légalité, aux trousses d’un membre influent de l’appareil politique américain. Là encore, la variété est de mise puisque l’on traversera la ville par ses rues, ses toits, un ascenseur en chute libre ou encore des tunnels de métro plongés dans l’obscurité la plus totale, donnant l’occasion à notre héros de se la jouer prédateur. Là où ce chapitre s’avère particulièrement intéressant cependant, c’est en ce qu’il nous renseigne plus particulièrement sur les ambitions narratives du jeu. L’écriture a toujours été le parent pauvre du beat’em all, même chez les plus réussis, ce à quoi l’équipe de Kojima Productions veut de toute évidence remédier ici. Dans un retournement typiquement Kojimesque, ce chapitre amène ainsi Raiden (et par extension le joueur) à s’interroger sur la nature de ses actes et le plaisir qu’il prend à massacrer de l’ennemi à la chaine, avant d’introduire un nouvel élément de gameplay via l’acceptation par le personnage de sa nature véritable. En guise de conclusion à ce chapitre, un nouveau duel contre un des membres de Desperado, Monsoon. Un adversaire plutôt retors, son corps pré-découpé lui permettant des attaques imprévisibles et rendant difficile l’utilisation du blade mode à son encontre. Sans même parler de sa maitrise des flux magnétiques grâce à laquelle il peut vous envoyer tanks et hélicos au visage sans sourciller. Autant dire qu’il faudra une fois de plus s’avérer maître dans l’art de la parade pour se procurer quelques ouvertures et passer à l’offensive.

On attendait énormément de METAL GEAR RISING et ce premier contact nous aura pleinement rassurés tant le titre s’annonce désormais comme l’un des jeux majeurs de cette année 2013. En alliant leurs forces, Platinum et Kojima Productions ont visiblement réussi à créer un titre combinant au mieux les talents respectifs de chaque studio : action débridée, écriture soignée et mise en scène iconique en diable (et pour ceux qui se poseraient la question : les cinématiques restent de durée raisonnable). L’attente était déjà difficile mais après pareil apéritif, il va falloir s’armer de patience pour tenir encore quelques semaines et pouvoir finir le jeu !

METAL GEAR RISING : REVENGEANCE sortira le 21 février prochain sur Xbox 360 et PS3.

3 Commentaires

  1. elzecchio

    Le jeu outré de Raiden dans la dernière démo de gameplay, et le fait qu’il découpe en rondelles des flics de police, ça m’a fait penser à ça :

    http://www.youtube.com/watch?v=CCfrWhRI8mE

  2. elzecchio

    tain on peut pas corriger ses grosses fautes ^^

    donc il fallait lire : le jeu outrancier et les flics de la police

  3. Fest

    Testé la démo et pas totalement convaincu, notamment par le système de caméra qui m’a fait galérer comme c’est pas permis (la caméra au dessus de l’épaule au corps à corps c’est bien mais faut encore réussir à être pile-poil devant l’ennemi).

    C’est con parce que sinon les animations/designs sont classes.

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