DEUXIÈME ROUND

Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques mois de la mise en vente de la Xbox One et de la PS4, Sony et Microsoft se sont une nouvelle fois livrés bataille sur le terrain de la Gamescom de Cologne. L’occasion nous est ainsi donnée de faire un nouveau sur les situations respectives de chaque machine, et ce à quoi il faudra s’attendre lors de leurs lancements.

Nous avions laissé la guerre des consoles en plan au moment de l’E3, qui s’était soldé par une victoire décisive de Sony. Il avait suffi au constructeur japonais de prendre le contrepied total de la politique de son rival (notamment sur la question des DRM) et d’annoncer un prix sensiblement inférieur pour emporter l’adhésion de l’immense majorité du public gamer (celui à même d’investir dans une nouvelle console en day one). Forcé de réagir à une grogne quasi-généralisée (et, on peut l’imaginer, des précommandes moins mirobolantes que prévues), Microsoft entama alors une série de rétropédalages conséquents. Une semaine à peine après la fermeture du salon, les DRM sont les premiers à passer à la trappe, avec l’abandon de l’obligation de se connecter au net une fois par jour et du blocage potentiel du marché de l’occasion. Dans la foulée, on apprenait le départ de la boîte de Don Mattrick, le responsable de la division Xbox, en un geste qui lui donnait des allures de victime sacrificielle. Le mois de juillet vit pour sa part un assouplissement de la politique envers les développeurs indépendants, désormais autorisés à s’auto-éditer sur Xbox Live, à l’instar de ce qui se pratique chez la concurrence. Enfin, on apprenait plus récemment qu’il ne serait plus indispensable que le Kinect soit branché à la console afin que celle-ci puisse fonctionner (la caméra restera cependant fournie de façon standard avec chaque machine). Autant de revirements qui auront tôt fait d’en amener certains à surnommer la console « Xbox 180 ». Cependant, si ces décisions remettent d’autant en question la vision initiale du constructeur pour sa machine, il est indéniable qu’ils auront permis à la Xbox One de revenir dans la course en rétablissant le statut quo.

La Gamescom devait donc permettre à Microsoft d’asseoir un peu plus son retour en force, ce qu’il s’est appliqué à faire avec une série d’annonces destinées à rendre la Xbox One plus attractive auprès du public. Il ne faudra cependant pas regarder du côté des nouveaux jeux pour cela, puisque ces derniers n’auront guère répondu à l’appel, la seule véritable nouveauté dévoilée ayant été FABLE LEGENDS. Toujours confié aux bons soins de Lionhead, ce nouvel épisode affiche une orientation multijoueur prononcée puisqu’il est destiné à se jouer à quatre en co-opération. Ajout original : il sera cette fois possible d’incarner le méchant de l’histoire afin d’aller mettre des bâtons dans les roues aux aventuriers intrépides.

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Pour le reste, il aura fallu se contenter d’apprendre la sortie future de COBALT, le prochain jeu signé par Mojang, le créateur de MINECRAFT ainsi que des contrats d’exclusivité pour PEGGLE 2 et PLANTS VS ZOMBIES : GARDEN WARFARE. Pour du lourd, il fallait donc se tourner vers les partenariats, et en premier lieu celui passé avec CALL OF DUTY. La marque phare d’Activision est déjà bien associée avec la Xbox dans l’esprit de ses fans hardcores et Microsoft semble décidé à ne pas voir cela changer. On savait déjà depuis la conférence de présentation de la Xbox One que les DLC arriveraient en premier sur la console, comme c’était déjà le cas sur 360. On apprend aujourd’hui que les joueurs sur Xbox One pourront bénéficier de serveurs dédiés. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour les hardcore gamers ça veut dire beaucoup. Logiquement, un pack regroupant la console et CALL OF DUTY GHOSTS sera également disponible au lancement. Là où Microsoft aura surtout frappé fort, c’est en réussissant un partenariat d’envergure avec FIFA 14. En effet, en sus de l’exclusivité du mode Ultimate Team, pour toute précommande de la console, le jeu sera offert en version dématérialisée. Connaissant la popularité de la simulation de foot d’EA sur le continent européen, voilà un argument qui pourrait peser lourd dans la balance. Bref, il ne s’agit pas forcément d’une conférence riche en annonces chocs, mais elle aura montrée que Microsoft est sur le pied de guerre, prêt à dégainer la grosse artillerie commerciale pour convaincre le public de se rallier à sa cause. Reste que la date de sortie n’a pas été fixée, Microsoft se contentant de réitérer une prévision pour le mois de Novembre. Voilà qui aurait pourtant pu faire oublier la récente nouvelle du report à début 2014 dans une partie de l’Europe (on vous rassure, la France est épargnée).

Fort de son triomphe à l’E3, Sony aurait pu se la couler douce, mais au contraire, la firme japonaise semble vouloir enfoncer le clou. Si la conférence Gamescom de l’année dernière avait largement mise en avant la Vita, cette dernière ne fut pas autant à l’honneur cette année, puisqu’on ne trouvera pas d’équivalent aux annonces combinées de KILLZONE MERCENARY et TEARAWAY. Le seul jeu AAA présent sur la machine lors de cette présentation était un portage inattendu de BORDERLANDS 2. Pour autant, l’annonce d’une baisse de prix immédiate de la console (qui passe désormais à 200€) et des cartes mémoires (cette dernière aurait pu être plus marquée) pourrait permettre à la console de trouver un second souffle. D’autant qu’elles s’accompagnent d’une intensification de la politique récente de la part de Sony de faire de sa portable un paradis pour les développeurs indépendants. À ce titre, le jeu le plus intéressant montré pour la Vita aura été MURASAKI BABY. Premier jeu d’un tout nouveau studio italien du nom d’Ovosonico, dirigé par Massimo Guarini, transfuge de chez Grasshoper Manufacture (où il s’occupa de SHADOWS OF THE DAMNED), MURASAKI BABY se présente potentiellement comme un chouette jeu de plate-formes, qui pourrait bien sortir du lot grâce à une identité graphique affirmée rappelant avec un certain bonheur le Tim Burton de la grande époque.

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Les indies auront d’ailleurs encore une fois été largement mis à l’honneur par Sony, la conférence ayant donné lieu à une quantité astronomique d’annonces de titres relevant de cette catégorie. Devraient donc arriver prochainement sur PS4 et Vita (et PS3 pour certains) des jeux aussi divers que HOTLINE MIAMI 2, BINDING OF ISAAC REBIRTH, ROGUE LEGACYB, N++ ou FEZ pour les déjà connus, ainsi que les petits nouveaux REZOGUN (par Housemarque, les créateurs du génial SUPER STARDUST HD), VOLUME, EVERYBODY’S GONE TO THE RAPTURE, WASTELAND KINGS ou HELLDIVERS. Autant de jeux provenant de studios indépendants de renom, et qui débarqueront également sur PC, mais dont les plateformes aussi auront la primeur. Et l’incontournable MINECRAFT sera également de la partie. Pour notre part, nous retiendrons surtout RIME, signé des Espagnols de chez Tequila Gameworks (qui s’étaient fait remarquer avec DEADLIGHT), dont le trailer enchanteur laisse entrevoir un croisement entre ICO, WIND WAKER et un anime de chez Ghibli). À suivre de très près.

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La grosse surprise sera pour sa part venue de l’annonce complètement inattendue d’une nouvelle version de SHADOW OF THE BEAST, à savoir le jeu qui faisait baver tous les non-possesseurs d’Amiga en son temps par sa technique, notamment le fameux scrolling différentiel sur 13 plans. Les nostalgiques sont aux anges, les autres espèrent surtout que cela sera un rien plus jouable que l’original. Reste néanmoins qu’on ne s’attendait pas à voir ressortir pareille licence des limbes.

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En dehors de démonstrations convaincantes de l’interface et de la fonctionnalité de remote play via la Vita,  la nouvelle la plus importante de cette conférence restera cela dit bien évidemment celle de la date de lancement de la PS4. En Europe, elle sera disponible dès le 29 Novembre, soit 15 jours à peine après sa sortie en Amérique. Vous savez désormais quelle date marquer sur vos calendriers.

On retiendra donc de ce nouvel affrontement que si les deux consoles sont désormais sur un pied d’égalité du point de vue de leurs fonctionnalités premières, celles liées au jeu, la philosophie qui sous-tend chaque machine reste assez différente. D’un côté, Microsoft semble vouloir poursuivre de façon agressive le public mainstream, en se reposant avant tout sur des franchises connues et bien établies pour lesquelles la Xbox One se veut le terrain de jeu idéal. De l’autre, Sony reste fidèle à la ligne de conduite qu’il s’est fixée (ce que n’aura pas manqué de rappeler Andrew House en une pique bien sentie envers la concurrence) en jouant la carte de l’ouverture vers de nouvelles expériences et de nouveaux talents. Deux approches finalement assez complémentaires et qui promettent à tout le moins une lutte encore plus serrée qu’avant. Dans le fond, voilà qui n’est certainement pas une mauvaise chose pour l’industrie. À voir maintenant laquelle aura initialement les faveurs du public. La réponse ne saurait désormais plus tarder.

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