ÇA VA FAIRE DU BRUIT !

REBELLE s’impose comme une date dans l’Histoire du cinéma en tant que premier long-métrage mixé et diffusé en Dolby Atmos, le format leader de ce que l’on surnomme déjà le « son 3D ».

Même si tout ceci se déroule, pour l’instant, plutôt en sourdine, l’expérience sonore cinématographique vit actuellement une véritable révolution : plusieurs sociétés, dont Dolby, DTS et IMMSOUND, sont en train de briser les règles du surround pour mettre au point une nouvelle façon de mixer et de diffuser la bande sonore d’un film. Et les quelques chanceux qui ont pu expérimenter ces différents systèmes ont été si emballés par ce qu’ils ont entendu, qu’ils parlent carrément de « son 3D ».

Si, jusqu’à présent, le son était assujetti aux enceintes présentes dans une salle (ou dans votre installation Home Theatre), ces nouveaux formats le libèrent de ces carcans, pour lui permettre de couvrir la totalité de l’espace de la salle de visionnage. Prenons l’exemple de TOY STORY 3, qui fut le premier film à être mixé et diffusé en 7.1 : en plus du caisson de basse, le mixage sonore de TOY STORY 3 se basait sur sept points sonores, dispatchés tout autour de la salle. Ce mode de fonctionnement présentait plusieurs contraintes : comme il attribuait le son à sept groupe d’enceintes, la transition d’un groupe à un autre pouvait manquer de souplesse, voire même créer un trou dans l’espace sonore. Par conséquent, il ne retranscrivait pas l’expérience réelle de dispersion du son. De plus, un film mixé en 7.1, imposait que l’on conçoive en parallèle des versions mixées pour des équipements moins performants (du 5.1 par exemple), afin de répondre aux besoins de salles qui ne bénéficieraient pas d’installation dernier cri. Enfin, la propagation du son restait horizontale.

Là où le « son 3D » change radicalement la donne, c’est qu’il ne se base plus sur les canaux disponibles, mais sur l’objet sonore en lui-même. Autrement dit, on ne réfléchit plus en terme d’enceintes, mais en terme de placement du son dans la salle. Une sorte de « retour à la raison » en quelque sorte, qui replace les objectifs du mixage et de la diffusion sonore d’un film là où ils devraient être, et non plus là où les limites technologiques du cinéma les contraignaient à s’investir.

Si un studio barcelonais a mis au point IMMSOUND (THE IMPOSSIBLE, le prochain film de Juan Antonio Bayona, est le premier long-métrage à bénéficier de cette technologie) et que DTS a acquis un outil similaire avec le CircleCinema 3D de SRS, le leader sur ce nouveau marché reste pour l’instant Dolby, avec son système Atmos (pour « atmosphère »). En l’occurrence, le Dobly Atmos est capable de gérer 64 enceintes différentes (on passe donc de 7 pour le 7.1, à 64 !) et 128 flux audios non compressés. Grâce à cette hausse exponentielle des informations sonores gérées, la totalité de l’environnement du spectateur est couverte, notamment derrière l’écran, ce qui permet, par exemple, une répartition plus précise du son lors d’un panoramique sur un film diffusé en 2.35. Mais surtout, les enceintes ne sont plus positionnées uniquement horizontalement, mais aussi verticalement : une série d’enceintes au plafond permet en effet de cerner le public de sources sonores. Le mixeur Greg P. Russell (celui-là même qui a fait planter Pro Tools en accumulant trop de pistes lors du mixage de TRANSFORMERS 3 : LA FACE CACHÉE DE LA LUNE) a salué ces évolutions, en déclarant à Variety :

« Nous tentons depuis des années de donner l’impression aux spectateurs que quelque chose se situe directement au-dessus de leur tête. Mais jusqu’à présent, la seule façon de procurer cette sensation, c’était le surround qui n’a jamais donné de résultats satisfaisants à ce niveau. »

Dans le cas de REBELLE, selon les comptes-rendus des heureux spectateurs à avoir vus le film en Dolby Atmos au Dolby Theatre de Los Angeles (l’ancien Kodak Theatre), les gouttes de pluie semblent vous tomber droit sur la tête lors des scènes d’averse, et l’on entend le frissonnement des feuilles comme si notre tête frôlait la branche d’un arbre quand Merida galope dans la forêt. Couplée avec une projection en relief, on imagine à quel point l’expérience d’une projection en Dolby Atmos devait être puissante.

Autre avantage d’Atmos par rapport aux anciens systèmes : il est rétro-compatible. C’est-à-dire qu’un film mixé en Atmos est optimisé pour une salle à l’équipement dernier cri, comme pour une salle au système sonore plus limité en terme de nombre d’enceintes. En effet, le décodeur ATMOS prend en compte l’acoustique de la salle et la disposition des enceintes, pour dispatcher le son selon le mixage approuvé par le réalisateur. Là encore, cette praticité du système garantit que cette façon de procéder a de très grandes chances de s’imposer dans les circuits de salles à court terme.

Pour l’instant, le Dolby Atmos est installé dans une petite vingtaine de salles en Amérique du Nord et une dizaine en Asie. Mais pour l’Europe, seules Barcelone (le Cinesa Diagonal Mar) et Londres (l’Empire Leicester Square) bénéficient de salles en Dolby Atmos. Quant à la France, nous payons encore une fois le fait qu’il n’existe plus de véritable salle de prestige dans l’un des pays qui s’enorgueillit pourtant d’être la contrée de la cinéphilie. Fort heureusement, la société Dolby promet que leur système va s’étendre à un plus grand parc de salles dès 2013, et il y a fort à parier que de grands groupes, comme le réseau CGR, véritable précurseur en matière d’équipement (ils furent parmi les premiers à s’équiper en relief et en 7.1) passent au « son 3D » dans un futur proche.

En bonus : Le site de IMMSOUND, la page du site Dolby dédiée à Atmos, et si vous voulez en savoir plus sur CircleCinema 3D.

Une vidéo très explicative sur la création du Dobly Atmos, avec une passionnante mise en perspective avec les précédents systèmes sonore :

Une vidéo sur l’installation du Dolby Atmos au Dolby Theatre de Los Angeles. L’installation a été assurée en un temps records à tel point qu’une rumeur, relayée notamment par Deadline Hollywood, a prétendu que REBELLE allait être diffusé en 7.1 pour sa première mondiale :

Et pour finir, un entretien très anecdotique de John Lasseter sur le son en général et sur Atmos en particulier :

15 Commentaires

  1. Très intéressant. Il faut aussi espérer que des blu-rays dans ce format arrivent ainsi que des home cinémas compatibles avec le format pour les installations maison. Dans les cinémas en France, j’y crois pas trop. Déjà que la 3D est en perte de vitesse, et que les exploitants vont râler face à un équipement en 4K à 48 images / secondes à peine 3 ans après s’être équipés en videoprojecteur 2K, je doute qu’en plus, ils réinvestissent dans un équipement sonore qui, en plus, ne sera surement pas un critère déterminant pour les spectateurs pour aller voir un film.

    Moi, par contre, dès que j’apprends qu’une salle en France est équipé, je m’y rends directement, même si le film est naze. Ce système a l’air monumental.

    • Alex

      D’ailleurs est-ce qu’on sait si The Hobbit sortira en 48fps chez nous à la fin de l’année ?… J’ai peur tout d’un coup j’avais pas réfléchi au côté technique 🙁

  2. Heu l’application domestique, ça promet d’être très compliqué, parce 62 canaux + 2 canaux d’infrabasse avec des fixations au plafond, au delà de toute considération financière, ça ne logera pas dans ton salon 😛

  3. Et non, il a dit dans l’appli que c’était compatible avec tout système de sonorisation, peu importe le nombre d’enceintes.

  4. Alex

    Oui du coup le son ne sera pas « 3D » chez soit vu qu’on aura pas l’équipement requis… Du coup j’suis pas sur que le mixage ATMOS nous fasse véritablement gagner quelque chose…

  5. IziHAH

    Il faut espérer que le 48fps ne se démocratise jamais, tellement le rendu est immonde. Entre ça et la 3d, toute une frange de cinéphiles risque de déserter les salles obscures pour privilégier une expérience à domicile, sur laquelle ils auront plus de contrôle. Merci Cameron, merci Jackson, vous êtes en train de rendre l’expérience en salles détestable.

  6. Je cite :
    « Autre avantage d’Atmos par rapport aux anciens systèmes : il est rétro-compatible. C’est-à-dire qu’un film mixé en Atmos est optimisé pour une salle à l’équipement dernier cri, comme pour une salle au système sonore plus limité en terme de nombre d’enceintes. En effet, le décodeur ATMOS prend en compte l’acoustique de la salle et la disposition des enceintes, pour dispatcher le son selon le mixage approuvé par le réalisateur. Là encore, cette praticité du système garantit que cette façon de procéder a de très grandes chances de s’imposer dans les circuits de salles à court terme. »
    Par conséquent, je ne vois pas ce qui empêcherait une installation domestique, à partir du moment où on place les enceintes différemment (par exemple, une ou deux au plafond).

  7. Juledup

    Effectivement, tu peux envisager une installation Atmos chez toi, mais il faudra quand même un bon équipement (comprends un sacré nombre de baffles) pour faire la différence avec un 7.1 correctement réglé.
    J’en profite également pour rebondir sur la réflexion sur l’équipement en salles : oui, il faudrait tirer dès maintenant la sonnette d’alarme sur ce 48 i/S. Parce que l’on peut craindre que les salles françaises ne diffusent pas Bilbo dans ce format. Et personnellement, ça me ferait vraiment chier de passer à côté de ce nouveau système.
    Je ne comprends pas qu’UGC ne fasse pas du Normandie une vraie belle salle de prestige bénéficiant des derniers équipements disponibles. Il y a encore pas si longtemps, on avait le Gaumont Italie à Paris (qui avait un gros souci de luminosité, mais la surface de l’écran et surtout le son, c’était bien agréable). Désolé de ne citer que des salles parisiennes, mais je connais mal les grandes salles des autres grandes villes françaises.

    • Matthieu GALLEY

      Julien, m’est d’avis qu’il y a un manque de volonté assez flagrant de la part des exploitants de modifier leur équipement technique. Pour ce que je connais des salles de Province, à Toulouse ou à Montpellier tu as des salles qui pourraient devenir prestigieuses mais les mecs ne se bougent pas le cul (faut quand même savoir qu’à Montpellier par exemple, le Gaumont Odyssée à une salle IMAX…qui n’est utilisé que pour de la projo traditionnelle ! Je crains qu’il ne faille un véritable engouement du public pour ces nouveaux formats via l’entremise d’un film qui les mettrait au premier plan et suscite cet engouement pour que ça change (comme ça avait été le cas avec Avatar, qui avait fait perdre un paquet de spectateurs à UGC qui ne le projetait qu’en 2D).

      Cela dit si je devais parier sur la salle Parisienne qui s’équipera la première, je mettrais mes billes sur le Max Linder, qui a toujours adopté relativement tôt les nouvelles technologies, à ma connaissance.

  8. Juledup

    Il y a un souci aussi du côté des spectateurs français. Ca fait très bien de raler contre les nouveautés : combien de fois j’ai pu entendre à l’arrivée de salles en DTS que « le son est trop fort », et il faut voir à quel point il est de bon ton actuellement (du moins à Paris) de critiquer la stéréoscopie.

  9. Il y a aussi un soucis financier quelque part. Car on parle de « volonté » des exploitants de salles…Mais en même temps, s’ils étaient sûrs de s’y retrouver financièrement, ils s’équiperaient. Là, à part une infime minorité, il y a peu de chance que le dolby Atmos soit un critère déterminant du nombre d’entrée en salles. Quant au 48/i secondes, la plupart des retours dessus sont négatifs jusqu’à présent. Donc, peu de chances qu’une majorité de spectateur veuillent tenter l’aventure. A moins que, justement, les premières critiques et bouches-à-oreilles de Bilbo Le Hobbit en démontrent l’intérêt (comme Avatar et la 3D).

  10. Juledup

    J’ai, personnellement, beaucoup de mal à accorder du crédit à ces quelques retours négatifs sur le 48 i/s. Déjà parce que le seul système qui s’en approche et que j’avais pu tester, à savoir le Showscan, était une expérience hallucinante. Ensuite, parce que j’imagine mal Jackson, Cameron et la crème de la crème des techniciens qui les entourent (j’englobe aussi les mecs des studios) s’engagent sur des projets aussi onéreux et risqués si le jeu n’en vaut pas la chandelle. Quant au souci des exploitants : on se retrouve, évidemment, avec une politique du profit à court terme, la même politique qui les a fait cloisonner les anciennes grandes salles en toutes petites salles dans les années 80 pour multiplier le nombre d’écrans au détriment du confort de visionnage. Le souci, et c’est ce dont parle Jackson dans une très bonne interview à Deadline, c’est qu’au long terme, à force de mal faire leur boulot, les exploitants vont déprécier l’expérience de visionnage d’un film en salles, tandis que les home theatre deviennent de plus en plus performant. L’Atmos, le 48 i/s, la 3D, ce sont des tentatives de redonner une place unique du visionnage d’un film en salles, rien que pour ça, en tant que cinéphile, je ne vois pas comment on peut cracher dessus.
    D’ailleurs, j’aimerais beaucoup que IziHAH (son post avait été bloqué par le site, mais on vient de le débloquer, toutes nos excuses) nous en dise plus sur son ressenti sur le 48 i/S puisque, si j’en crois son poste, il a pu voir ce que ça donne.

  11. OK. Bon, moi, je suis lyonnais et il y a peu de chance qu’on ait droit à une version 48fps à Lyon. Mais s’il y en a une en France, peu importe la ville, je me déplacerais pour y aller (j’avais fait pareil pour Avatar).

  12. morata

    Dans les cinémas de références DOLBY ATMOS en Europe, le son est signé JBL pour le meilleur de la technologie audio.

Laissez un commentaire