TOUCHE À MON POTE

Chez Rockstar Games, on ne fait rien comme les autres. Tandis que la plupart des éditeurs de jeux économiques et portables courent derrière le succès d’un ANGRY BIRDS et balancent des copies tactiles pas piquée des hannetons, les frères Houser décident d’adapter le jeu le plus emblématique de leur catalogue sur smartphones. Oui, vous avez bien lu, le gigantesque (en durée comme en qualité) GRAND THEFT AUTO III est désormais disponible sur Iphone, Ipad et systèmes Android, avec quelques ajustements de maniabilité pour concorder à l’approche tactile des tablettes actuelles, mais avec l’intégralité de son contenu. Des heures de jeu dans le creux de votre main, et tout ça pour le prix d’un paquet de cigarettes. Que demande le peuple ?

S’il convient de reconnaître que GTA III accuse bien ses dix ans (déjà !), surtout au regard de ses suites qui ont régulièrement relancé la machine en affinant le gameplay et la narration jusqu’à aboutir au chef d’oeuvre GTA IV quelques années plus tard, il faut aussi admettre que ce titre séminal retrouve aujourd’hui une seconde jeunesse, pas seulement à cause de la charte graphique retouchée et adaptée de façon convaincante en fonction de ce nouveau support, mais aussi par rapport à la taille de l’écran, qui s’avère aujourd’hui, être parfaitement adapté aux prouesses d’hier. Rien à redire sur les mécaniques de GTA III, sur le principe des missions qui poussent à l’exploration et au mélange des genres vidéoludique (une notion pas vraiment au centre des préoccupations des développeurs à l’époque), sur l’atmosphère urbaine générée par l’interaction avec les passants et certains commerces (une idée déjà au centre de SHENMUE), voir à travers l’ingénieuse idée d’utiliser une musique intradiégétique à travers la radio, qui renvoie par bien des manières à la narration d’un RESERVOIR DOGS de Quentin Tarantino, influence évidente des frères Houser, qui utilisait également le même procédé pour nourrir l’ambiance de son film. Ces éléments sont clairement le sel d’un genre redéfini et popularisé par Rockstar Games, et qui ont été repris jusqu’à l’épuisement par les autres éditeurs dans leurs propres jeux, sans qu’aucun ne parvienne finalement à faire aussi bien. Mais en dix ans, la concurrence interne (avec GTA : VICE CITY, GTA : SAN ANDREAS et GTA IV) et externe (tous les SAINTS ROW, les JUST CAUSE, les GETAWAY et autres TRUE CRIME) a cependant poussé le concept de monde ouvert encore plus loin, avec plus de missions, plus de population, plus de kilométrage à parcourir, plus de véhicules, bref, toujours plus ! Aussi, la carte de Liberty City, telle que la ville virtuelle (inspirée de New York) était conçue à l’époque, apparaît désormais moins dense et habitée que ce n’était le cas à l’époque, et surtout en comparaison des trésors architecturaux déployés par un GTA IV et les cartes qui s’étendent à perte de vue dans certains titres de la concurrence (JUST CAUSE 2 est proprement gigantesque par exemple). Cette miniaturisation est donc salvatrice, et même plutôt touchante dans le cas de ceux qui ont pratiqué le jeu à l’époque, puisqu’ils auront régulièrement l’impression de retrouver le quartier de leur enfance/passé, preuve s’il en fallait une de la qualité de la structure urbaine mise en place par Rockstar à l’époque, puisque le joueur habitué saura tout de même retrouver son chemin en quelques minutes de jeu. En ce sens, l’âge aidant, le portage d’un GTA III fait plus sens aujourd’hui, que l’adaptation d’un DEAD SPACE par exemple, dont les mécaniques sont reprises à l’identique ou presque, quitte à risquer la comparaison avec son équivalent en consoles HD, forcément plus beau, plus riche, plus fluide et plus immersif, plateforme oblige.

L’autre point intéressant de ce portage de GTA III concerne la refonte de sa maniabilité, désormais pensée pour le tout tactile. Les jeux « bacs à sable » ont envahi les tablettes et autres smartphones, avec des résultats plutôt cocasses qui tendent à se concentrer à ramener une formule « gangsta », plutôt dépassée, dans un modèle de jeu économique. Aucun de ses titres anecdotiques et racoleurs ne propose évidemment la même richesse de contenu que GTA III en son temps, et le défi de Rockstar Games est ici double : il consiste d’abord à rendre intuitives les différentes notions de gameplay du jeu, et à l’adapter pour cette plateforme inexistante à l’époque de sa conception, sans avoir l’air d’y toucher, donc sans perdre le moindre contenu. Soyons honnêtes, la maniabilité demande un véritable temps d’adaptation, et à plus forte raison si vous connaissez bien le jeu d’origine, mais ce portage redouble néanmoins d’efforts parfois expérimentaux pour permettre de rendre l’expérience de jeu agréable. Dans le cadre de certains fondamentaux, comme la conduite en voiture et le déplacement du protagoniste principal, cela fonctionne de manière plutôt efficace, avec des manettes tactiles qui s’adaptent même à votre toucher, et une option pour les gauchers comme votre serviteur. Dans le cadre des fusillades, c’est déjà plus brouillon, d’autant que l’apprentissage est à refaire en cours de jeu, mais évidemment, il faut prendre en compte que certains éléments implémentés à l’époque de la sortie n’étaient pas parfaits pour autant, ce qui était le cas du tir en question, un aspect du gameplay que Rockstar Games mettra du temps à véritablement maîtriser, avec l’arrivée de GTA IV en fait et de l’incontournable système de couverture. Il n’en reste pas moins que l’expérience de jeu, plus fragmentée et forcément moins immersive qu’à l’époque (à moins que vous n’ayez la capacité de passer des heures d’affilée sur votre Iphone à enquiller les missions), s’adapte d’une certaine manière aux besoins du support, ce qui démontre à quel point Rockstar Games a réfléchi à la pertinence de ce portage, au delà de l’idée de fêter les dix ans de sa plus célèbre création. Des rumeurs parlent d’une adaptation sur les mêmes supports du premier MAX PAYNE, ce qui pourrait être intéressant, compte tenu de la mécanique de jeu très particulière du titre de Remedy. Mais en l’état, s’il faut reconnaître que GTA III doit gérer avec beaucoup de compromis pour son passage sur tablettes (rappelons que le jeu n’a pas du tout été pensé pour ce genre de maniabilité à l’époque de sa conception, et c’est là que réside tout le défi de ce portage), l’expérience n’en mérite pas moins d’être tentée, à la fois pour ceux qui ne connaissent pas forcément l’un des plus gros jeux de la PS2, et pour ceux qui prendront plaisir à retrouver un vieux compagnon de route de leur passif vidéoludique, et tout ça pour une poignée d’euros. Mais plus qu’un portage totalement abouti (d’autant qu’il n’est pas toujours stable, sur des supports comme l’Ipad 1 par exemple), ce GTA III – 10 YEAR ANNIVERSARY reste surtout une promesse pour les futures possibilités du jeu d’action tactile. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais apparemment, nous sommes en bonne voie !

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