PORTÉS DISPARUS

Matthieu en parlait récemment dans son excellent article sur HARD CORPS UPRISING : de la même manière que les mœurs des cinéphiles ont changé, ceux qui animent les joueurs ne sont pas en reste. Et tout comme CONTRA, la licence RUSH’N’ATTACK (connue chez nous sous le titre GREEN BERET, forcément ça claque quoi !) se devait d’évoluer pour toucher sa cible. Destiné au XBLA et au PSN (rires !), RUSH’N ATTACK : EX-PATRIOT se plie donc aux mécanismes vidéoludiques en vigueur (de la HD, un « level design » plus fouillé). Pour ce qui est de l’intrigue et du ton par contre, l’évolution est toute relative… et ce n’est pas plus mal !

Véritable dinosaure vidéoludique, GREEN BERET avait pour lui le charme du scrolling horizontal en 2-D et d’une petite différence de gameplay vaguement novatrice en son temps. En effet, au lieu d’une grosse sulfateuse, le trouffion en titre maniait principalement le couteau pour se débarrasser de la vermine communiste. A quelques grenades près, et l’obtention toujours provisoire d’une kalachnikov, GREEN BERET différait donc d’un CONTRA, même si la source d’inspiration (les films de gros beefcakes de l’époque) était bel et bien la même. Si c’est bien cette spécificité que cette version actualisée cherche à capturer pour le marché du jeu dématérialisé, les développeurs de Vatra Games (le prochain SILENT HILL : DOWNPOUR) prennent néanmoins le soin de singer le « level design », très réussi il faut le dire, d’un grand hit du XBLA, à savoir l’excellent SHADOW COMPLEX. Fini les simples couloirs à traverser de gauche à droite en butant des ennemis à gogo, puisque les décors à la logique labyrinthique (et plutôt maîtrisée dans le cas présent) ont le dernier mot, avec tout ce que cela comprend de carte à surveiller, d’objets à ramasser et d’allers-retours obligatoires pour progresser à travers les différents niveaux.

Mais le plus beau dans tout ça, c’est que RUSH’N ATTACK : EX-PATRIOT ne cherche pas à revoir sa toile de fond pour satisfaire un public plus sophistiqué. Ici, l’inspiration évidente reste donc bien le cinéma qui pue des couilles à la façon des belles œuvres de la Cannon, et l’intrigue invoque tout simplement le spectre de la Guerre Froide, plus ou moins réactivée à partir du moment où une équipe de soldats américains retournent en Russie pour contrer une attaque de missiles nucléaires contre leur propre pays. Mais évidemment, à l’époque un peu trop consciente dans laquelle on vit actuellement, le premier degré n’a pas vraiment de prise sur un prétexte aussi mince, tant et si bien que l’intrigue, qui balade le joueur dans des niveaux plutôt répétitifs (prison, usine), est teinté d’un esprit « Grindhouse » qui fait des méchants des sortes de généraux russes aux looks mécaniques et indestructibles (ils portent d’ailleurs souvent des lames à la place des mains), quand il ne s’agit pas de savants fous qui font des expérimentations nucléaires sur des pauvres cobayes destinés à devenir des super soldats, mais qui vont finir par repeindre les murs avec leur cervelle. Cette distanciation ironique pourrait énerver, si ce n’est que la toile de fond prime sur le déroulement narratif à proprement parler, tant et si bien qu’on se plaît finalement à démembrer des soldats de la mère patrie à la manière de Steven Seagal dans JUSTICE SAUVAGE ou un autre de ses films de la belle époque. Certes, ce n’est peut-être pas grand-chose, mais il est des plaisirs simples qu’un joueur qui se respecte ne peut pas refuser !

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