PERVERS PÉPÈRE

Comme toutes les comédies américaines dont le succès est jugé inexportable, BAD GRANDPA a connu une sortie hâtive et infructueuse chez nous, avant de débarquer en DVD et Blu-ray aujourd’hui pour trouver son public. Reste que le dernier né des tarés de JACKASS a de quoi décevoir les fans de la première heure…

Sorti le 11 décembre dernier dans les salles françaises avec un effort marketing atteignant tout juste le minimum syndical (et encore), BAD GRANDPA n’a évidemment pas tenu la comparaison face à la concurrence d’un petit film d’heroic-fantasy intitulé LE HOBBIT – LA DÉSOLATION DE SMAUG. C’est d’ailleurs à se demander si les distributeurs français n’ont pas choisi cette date stratégique pour justifier par avance le bide assuré du film chez nous, alors que son succès a pris tout le monde de court aux États-Unis. Toujours est-il que dans son malheur, BAD GRANDPA aura au moins la chance d’être découvert dans sa meilleure version par les spectateurs français. À l’image de l’édition américaine, la galette qui sort chez nous ces prochains jours propose une version « unrated » du film, avec dix minutes en plus. Pas de nouvelles séquences à proprement parler, mais des passages plus longs et plus enclins à sombrer dans l’humour jouissif et vulgaire qui a fait la marque de fabrique des créateurs de JACKASS.

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Et c’est toute la problématique liée à BAD GRANDPA, que l’on pourrait résumer en une  question : après un JACKASS 3D qui signalait la fin d’une époque de manière assez touchante, et la mort inattendue de l’un des membres du groupe (Ryan Dunn, décédé dans un accident de la route à l’âge de 34 ans), quelles directions allaient prendre les prochaines aventures cinématographiques de Johnny Knoxville et toute sa bande ? La réponse est simple : à force de prétendre qu’ils sont désormais trop vieux pour ses conneries (c’est le leitmotiv de JACKASS 3D), ils ont donc décidé d’adapter le sketch récurrent du vieux dégueulasse mis au point dans leurs précédents méfaits. Tirer un film entier sur le concept exige ainsi une nouvelle forme narrative à laquelle se frotte le réalisateur Jeff Tremaine, celle de la comédie en semi-fiction, à la manière d’un BORAT par exemple. L’humour de BAD GRANDPA en prend ainsi un coup, car il n’est pas vraiment conçu pour être désamorcé par des situations scriptées. Pour une longue séquence hilarante durant laquelle le personnage en titre (interprété par un Johnny Knoxville sous prothèses) se coince la queue dans un distributeur de boissons devant des passants incrédules, combien de passages qui doivent faire avancer une intrigue finalement très convenue et qui se met clairement en travers des situations humoristiques ? BAD GRANDPA souffle ainsi le chaud et le froid, et n’est rattrapé de temps à autres que par les quelques élans de vulgarité crue qui ont fait la gloire de JACKASS. Le concept en lui-même est par ailleurs largement tempéré par la relation imposée entre le personnage principal et son petit-fils, qui installe une sorte de fil conducteur émotionnel aussi artificiel que malvenu.

En effet, comment croire en cette relation, alors que le spectateur est de parti pris dans tous les moments où les comédiens se payent la tronche des passants ? BORAT avait habilement contourné le problème avec un positionnement très agressif qui permettait au comédien des réactions aussi drôles qu’outrancières. Mais dans BAD GRANDPA, les moments les plus inconfortables ont beau être amusants, ils sont aussi particulièrement attendus pour la plupart, notamment lorsqu’il s’agit de jouer avec l’incontinence du grand-père, ou encore sa propension à sortir sa quéquette à tout-va. Quelques beaux restes surnagent, comme cet enterrement raté ou ce concours de beauté pour jeunes filles parasité par la présence sur scène du petit-fils grimé en petite pétasse en devenir, mais c’est bien trop peu pour justifier l’existence d’un long-métrage. La véritable force de JACKASS résidait dans le fait qu’aucun membre n’hésitait jamais devant la moindre connerie, y compris les plus stupides et les plus dégueulasses, quitte à en payer le prix. Dans BAD GRANDPA, c’est tout juste si Johnny Knoxville exécute une ou deux cascades et joue de son véritable âge pour dérouter les passants et créer ainsi des situations inédites. Et oui, parfois c’est moche de vieillir…

TITRE ORIGINAL Jackass presents: Bad Grandpa
RÉALISATION Jeff Tremaine
SCÉNARIO Jeff Tremaine, Spike Jonze & Johnny Knoxville
CHEF OPÉRATEUR Lance Bangs & Dimitry Elyashkevich
MUSIQUE Sam Spiegel & Koool G. Murder
PRODUCTION Derek Freda, Jeff Tremaine, Spike Jonze & Johnny Knoxville
AVEC Johnny Knoxville, Jackson Nicoll, Greg Harris, Georgina Cates, Kamber Hejlik, Jill Kill…
DURÉE 92 minutes (version cinéma) 102 minutes (version longue)
ÉDITEUR Paramount Home Entertainment France
DATE DE SORTIE 11 décembre 2013 (en salles en France) 23 avril 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Version longue
Scènes coupées
Versions alternatives
Coulisses du tournage

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