LA TURBULENCE DES FLUIDES

C’est parfois avec les plus petits jeux que l’on peut faire l’expérience de certains de ses plus grands moments de tension. En vous demandant simplement de guider un fluide d’un point A à un point B, PUDDLE se présente pourtant comme l’un des titres les plus retors de ce début d’année, et ce malgré son ambiance musicale zen et même parfois bucolique, suivant les niveaux. Mais derrière ce petit jeu de réflexes – et de réflexion – à deux boutons se cache un petit projet narratif qui se passe du moindre dialogue, mais qui s’avère néanmoins être prenant !

Concept simple, style relativement léché, gameplay épuré : PUDDLE a tout du petit titre malin, une denrée de plus en plus rare sur les grosses plateformes de téléchargement, puisque ce genre de jeux ont principalement migré sur les tablettes tactiles et autres smartphones. D’ailleurs, sa maniabilité très intuitive (deux gâchettes sur XBOX 360, la Sixasis ou le PS Move sur feu PSN, récemment rebaptisé SEN) et la courte durée de ses niveaux en font un candidat idéal pour les parties rapides en transports en commun, non ? Peut-être, mais ceci étant dit, le titre développé par Neko propose tout de même une expérience un peu plus enrichissante que le tout-venant du casual gaming.

Ici, le principe est simple : il faut diriger un fluide d’un point à un autre en faisant en sorte de ne pas trop en perdre. Il n’en reste pas moins que le joueur ne contrôle pas le liquide à proprement parler, mais influe simplement sur le cadre de son écran (en inclinant les bords du niveau vers la gauche ou la droite, selon les besoins), afin de ralentir ou au contraire accélérer sa cadence. Jusqu’ici, rien de plus classique, si ce n’est que PUDDLE accroche le joueur par deux biais : le choix et les spécificités du liquide, ainsi que le décor dans lequel il va être immergé. Une série de codes visuels, ou même une petite introduction jouable, permettent de reconnaître instinctivement le liquide que l’on doit mener à bon port, qu’il s’agisse d’un café (que l’on fera chauffer dans une cafetière donc), d’un concentré de sodium susceptible de débarrasser le jardin des mauvaises herbes, ou encore d’un jus de fruits qu’un quidam va s’enfiler dans le gosier et avec lequel il doit éviter de s’étouffer. Et la force de PUDDLE réside effectivement dans l’idée qu’il est impossible de contrôler le flot de manière directe, si bien que dans certains cas, c’est un véritable parcours du combattant qui est proposé au joueur, dont les nerfs sont mis à rude épreuve. Le contrôle de la nitroglycérine vous donnera ainsi l’impression d’être l’un des démineurs de DIE HARD 3, tandis que le parcours d’un fluide dans les entrailles d’un corps humain risquent de vous rappeler des mauvais souvenirs gastriques que vous aurez à coeur d’éviter de répéter inlassablement (faut dire que ces renvois, ça devient un peu dégueulasse à force).

Sans compter sa difficulté abordable mais bien réelle, cette immersion instinctive, émanant d’un certain quotidien qui interpelle forcément les joueurs dans leur expérience « IRL », c’est précisément ce qui différencie PUDDLE d’un jeu à la ANGRY BIRDS (pour ne prendre que le plus célèbre des titres « casuals ») et c’est pourquoi il mérite le même confort qu’un autre gros titre chiadé du catalogue XBLA/SEN, plutôt que le coup d’oeil rapide et le brouhaha environnant d’une petite partie vite torchée entre deux stations de métro. Comme peu de jeux économiques peuvent prétendre à ce genre de compliments, vous savez ce qu’il reste à faire !

Pas encore de commentaire

Laissez un commentaire