ILS VONT RIRE DE TOI !

Malgré la matière originale du roman de Stephen King, difficile de passer après le CARRIE de Brian De Palma. Certains se sont déjà cassés les dents dessus en faisant une suite inutile et bassement mercantile (CARRIE 2 : LA HAINE, prière de ne pas rigoler), ou encore une adaptation télévisuelle sans aucune saveur. C’est au tour de Kimberley Pierce de prendre sa petite leçon de mise en scène, avec son piètre remake remis au goût du jour. Il faut dire que la réalisatrice de BOYS DON’T CRY l’a un peu cherché pour le coup !

De manière assez étonnante, le scénario de CARRIE : LA REVANCHE est également signé par Lawrence D. Cohen, le scénariste qui avait déjà œuvré sur le film de Brian De Palma en 1976. Cela ne signifie pas forcément que l’auteur a rempilé pour les besoins de ce remake. Cela peut également vouloir dire que la personne qui s’est chargée de la nouvelle adaptation s’est tellement basée sur son travail que la WGA (la Writer’s Guild of America, le puissant syndicat hollywoodien des scénaristes) a décidé que son travail de l’époque était encore suffisamment présent dans cette nouvelle version pour mériter un nouveau crédit au générique. Parfois, ces décisions semblent totalement arbitraires, mais dans le cas de CARRIE : LA REVANCHE, il est évident à la vision du film que la commande du scénariste Roberto Aguirre-Sacasa a été de dépoussiérer le scénario original pour le rendre accessible auprès de la génération de jeunes adultes qui utilise Vine et Twitter. Rien qu’avec ce crédit au générique d’ouverture du film, ce remake porte déjà les stigmates de son échec, et tout le talent de Chloë Grace Moretz et Julianne Moore (qui reprennent les rôles de Sissi Spacek et Piper Laurie) ne pourra rien y changer.

Avec le même scénario (et quelques petites variantes contextuelles, sur lesquelles nous allons revenir), il est donc possible de faire deux films à la tonalité différente, avec un grand écart qualitatif assez significatif. Vous l’aurez compris : si le CARRIE de Brian De Palma est un chef-d’œuvre inaltérable qui a marqué son époque malgré et grâce à sa facture typique des 70’s, ce remake est déjà amené à être totalement oublié, tant ses quelques tentatives de sortir des sentiers battus se heurtent violemment à sa déférence envers le film original. Ce qui était perçu à l’époque du premier film comme une tentative de caractérisation subtile qui permettait de tracer le parcours de personnages ambigus est aujourd’hui totalement effacé du propos général, pour tenir une ligne claire de laquelle Kimberley Pierce ne dérive jamais. De la même manière que le personnage de Sue éprouve du remords presque avant même d’avoir participé au fameux bizutage au Tampax, la façon dont Carrie répond à la bondieuserie de sa mère indique à quel point le rite de passage représenté par le bal de fin d’année, ainsi que sa portée sociale, n’a finalement aucune importance ou résonance dans cette relecture à tendance féministe du sujet. C’est de l’ordre du détail (un bout de dialogue par-ci, une attitude par-là) mais le fait que Carrie tienne immédiatement tête à sa mère malgré les punitions qu’elle va subir, ou encore la notion de culpabilité instantanée de Sue dévitalisent ce remake de la rage sourde qui habitait l’original, pour la remplacer par une très vague glorification larvée de la femme forte et indépendante, débarrassée de l’influence de l’autorité et de la pression sociale (ici représentée par la mère de Carrie et la prof de sport Mme Desjardins). Dans un autre projet pourquoi pas, mais ce n’est tout simplement pas le sujet de CARRIE, à plus forte raison car Sue et Carrie n’ont que 17 ans et sont clairement les victimes de pressions sociales dont elles n’arriveront pas à s’émanciper ! À croire que Kimberley Pierce ne saurait pas filmer des personnages féminins qui ne sont pas maître de leur destinée, même pour les besoins d’un film qui appuie ce propos de manière tragique.

Cette approche à la masse a donc des conséquences désastreuses sur le déroulement de l’intrigue, pourtant similaire en tous points au film de Brian De Palma : de fait, Carrie contrôle ses pouvoirs psychiques sans soucis et s’en amuse même, à la façon d’une mutante des X-Men, si bien que le carnage final ne semble jamais animé par sa colère réprimée, ce qui le rend instantanément ridicule. Le fait que la transe originale de Sissy Spacek soit remplacée ici par l’espèce de danse lascive de Chloë Moretz n’aide pas à rendre la séquence crédible, d’autant qu’elle semble tout droit sortie d’un quelconque DESTINATION FINALE. Pour prendre la pleine mesure de l’incapacité de la cinéaste à prendre le sujet à bras-le-corps, cette édition Blu-ray propose la fin alternative envisagée à l’origine (remise dans le montage du film) : alors qu’elle apprend que Sue est enceinte de Tommy, Carrie décide de l’épargner et utilise ses pouvoirs pour la sortir de la maison avant que celle-ci ne s’écroule. Lorsqu’elle accouche, Sue est prise de spasmes violents et hurle de peur quand elle s’aperçoit que la main de Carrie sort de son vagin (je ne déconne pas !) pour l’agripper brutalement, à la manière de la célèbre séquence finale du film original. C’est évidemment un cauchemar pétri de culpabilité, qui n’a pas lieu d’être dans le contexte du film et dans le fait que Sue ait été pardonnée par Carrie. Une preuve ultime que dans la série « J’ai rien compris mais je vais faire pareil ! », CARRIE : LA REVANCHE en tient une sacrée couche !

TITRE ORIGINAL Carrie
RÉALISATION Kimberley Pierce
SCÉNARIO Lawrence D. Cohen & Roberto Aguirre-Sacasa
CHEF OPÉRATEUR Steve Yedlin
MUSIQUE Marco Beltrami
PRODUCTION Kevin Misher
AVEC Chloë Grace Moretz, Julianne Moore, Gabriella Wilde, Portia Doubleday, Zoë Belkin…
DURÉE 100 minutes
ÉDITEUR MGM United Artists / Fox Pathé Europa
DATE DE SORTIE 04 décembre 2013 (en salles en France) 18 avril 2014 (en DVD et Blu-ray)
BONUS
Fin Alternative

2 Commentaires

  1. jackmarcheur

    Salut Stephane, et merci pour ta chronique.
    Je n’ai pas encore vu le remake ni le 2,
    mais j’ai relu recemment le bouquin de King, et c’est franchement une tuerie du point de vue structure narrative, quand on sait que c’est un 1er bouquin ! Il a fait fort quand meme le pere King, en plus se mettre dans la peau d’une fille !

    J’ai donc revu le Brian de Palma dans la foulée, avec l’image pourrave du DVD (il parait que le BR est aussi pourrave!) , et j’ai surtout ressenti une enorme oppression devant le film tant il est habité par toute cette connotation religieuse.
    De palma n’a pas fait un film tres fun quand meme, pas fun du tout meme, la pauvre Sissi passe son temps à chialer et hurler et à souffrir !
    Je regarderai ce remake, meme s’il est pourrave, mais je crois que mon plaisir restera quand meme la lecture du livre.

    Si cette nouvelle version permet au djeuns de redecouvrir le livre, alors moi je dis qu’il n’est pas si inutile que ça non ? Petit tour sur boxofficemojo, il a pas mal marché en fait !

  2. Rollcaskett

    Oui, peut-être, mais on avait passé une super soirée !!

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