À DORMIR DEBOUT

Avec plus d’un million d’exemplaires vendus uniquement sur Xbox 360, ALAN WAKE peut prétendre à une suite. Mais pas une suite AAA apparemment, en tout cas pas tout de suite. Pour ronger leurs freins, les fans ont donc le droit à ALAN WAKE : AMERICAN NIGHTMARE, un épisode disponible en téléchargement sur le XBLA, mais qui n’est pas un DLC pour autant, puisqu’il ne nécessite pas de posséder le premier jeu pour pouvoir le lancer. Faux spin-off/suite/DLC (rayez la mention inutile), ALAN WAKE : AMERICAN NIGHTMARE permet à Remedy Entertainment de rendre plus ouvertement hommage à la science-fiction et au fantastique américain des années 50 et 60. D’accord, nous n’avions pas vraiment déliré sur le premier jeu à l’époque, mais ça vaut peut-être le coup de se pencher de nouveau sur la licence, non ?

Exilé en Arizona par la force de ses écrits, le romancier Alan Wake se retrouve coincé dans une autre dimension parallèle, dans laquelle il doit combattre son double maléfique, M. Scratch. Celui-ci jure sa perte et tente pour cela, de prendre sa place dans le monde réel, et notamment auprès d’Alice, la femme d’Alan. Qui dit changement de décor, dit changement d’atmosphère, avec une propension très marquée pour l’Americana à travers trois décors typiques, que les développeurs de Remedy Entertainment vont exploiter au maximum à travers leur intrigue : une rue perdue dans le désert, avec un motel et un diner, un observatoire qui permet de scruter les étoiles et un drive-in, qui permet de jouer avec les évidentes influences de cet épisode très marqué par LA QUATRIÈME DIMENSION. On oublie l’étrange ambiance du premier opus, pour une plongée dans un fantastique plus bigarré, qui n’hésite pas à exploiter le fantastique à proprement parler, et ce dans ce qu’il a de plus grandiloquent. Ainsi, les référents de ALAN WAKE : AMERICAN NIGHTMARE vont du mythe de Jekyll et Hyde aux poltergeist, et les auteurs du jeu exploitent de manière plutôt habile leurs trois décors avec une certaine régularité, grâce à une intrigue de paradoxe temporel, qui pousse le joueur à revenir sur chacun des lieux pour faire en sorte que les événements tragiques (la perte d’un compagnon, la mauvaise compréhension d’une énigme) ne soient pas répétés. Dans de telles conditions, difficile de perdre le fil de l’intrigue, même si la pauvreté de certains dialogues donnent par moments envie de zapper les quelques échanges qui parcourent le jeu. Quoi qu’il en soit, ALAN WAKE : AMERICAN NIGHTMARE, peut-être du fait de sa condition de jeu plus modeste, reste plus maîtrisé sur le plan de la narration que ne pouvait l’être son modèle, par moments déjà daté pour son époque.

Toujours est-il qu’on ne peut pas vraiment parler de franche réussite en ce qui concerne ALAN WAKE : AMERICAN NIGHTMARE. Car au delà du ridicule larvé de certaines situations et du jeu pas franchement convaincant de Matthew Porretta, l’interprète d’Alan Wake et de son double (qui apparaît régulièrement sous ses propres traits, notamment lorsqu’il doit interpréter le « malfaisant » M. Scratch), il faut reconnaître que la mécanique de gameplay, très portée sur l’action, ne fonctionne toujours pas dans le contexte d’un jeu à consonance fantastique, voire horrifique. Soyons clairs, l’aspect « shooter » en soi, propose une véritable dynamique qui consiste à utiliser sa lampe torche pour débarrasser ses ennemis de leur « bouclier de ténèbres », avant de les exploser d’une balle désormais plus efficace, et même une fonction d’esquive plus efficace que la moyenne. Mais la tension impliquée par ce gameplay pourtant redoutable n’est toujours pas adéquate à l’ambiance recherchée, comme c’était déjà le cas dans ALAN WAKE. On se souviendra que le premier jeu, du fait de son développement de longue haleine, avait du abandonner une gigantesque quantité d’idées de gameplay (dont une logique de gameplay) pour recentrer le tout sur l’action à proprement parler. Peut-être est-ce pour cela que les membres de Remedy ont décidé ici d’inclure un mode Horde très addictif et très réussi par ailleurs, avouant ainsi leur « échec » narratif – façon de parler – à demi-mot. Toujours est-il que le jeu, débarrassé du superflu (l’attente liée « au nouveau jeu des créateurs de MAX PAYNE« , le long développement annonciateur d’un jeu forcément décevant), ne peut désormais plus vraiment prétendre au titre de déception, et peut même s’apprécier comme une petite série B pas toujours très bien rythmée ou interprétée, mais néanmoins satisfaisante dans son ensemble. En attendant que les talents de Remedy puissent enfin donner corps à leurs idées initiales…

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