TRUMP LA MORT !

Si la 19ème saison de SOUTH PARK a démarrée sur les chapeaux de roues avec un premier épisode exceptionnel, WHERE MY COUNTRY GONE? peine à maintenir le niveau. Mais la force de SOUTH PARK, c’est que même ses épisodes en demi-teinte peuvent être fascinants. Ce deuxième épisode en est un bon exemple, tant il est révélateur de l’ambition de ses auteurs… et peut-être aussi de leurs limites.

Avec STUNNING AND BRAVE, Trey Parker et Matt Stone ont ouvert la 19ème saison de SOUTH PARK avec un modèle d’écriture. Comme on l’évoquait dans le texte qui lui était consacré, le duo  est parvenu à adopter une position assez subtile. En épilogue de leur charge anti « politiquement correct », Stone et Parker admettent leurs rôles de trublions : en comparant la morale de l’épisode (en gros, ne pas être politiquement correct peut permettre d’établir un dialogue et de faire avancer la cause du politiquement correct) à l’équivalent anglais de l’expression « avoir le beurre et l’argent du beurre » (« to have its cake and eat it too »), ils reconnaissent qu’une telle conclusion relève en l’occurrence plus de la bravade humoristique que de la position intellectuelle tenable. Il faut alors noter que ce qui leur a permis d’exprimer une forme de recul vis-à-vis du propos explicite, ce qui in fine faisait la force de l’épisode, était une écriture particulièrement resserrée. En évitant au maximum de dévier de leur sujet, Parker et Stone ont pu alors se permettre d’affiner leur propos et de le mener jusqu’à cet aboutissement pour le moins ambivalent.

La qualité de la mécanique narrative de STUNNING AND BRAVE est d’autant plus évidente que c’est ce qui fait cruellement défaut à l’épisode suivant, WHERE MY COUNTRY GONE? À vouloir suivre deux lignes narratives, avec d’un côté la transformation de Monsieur Garrison en simili-Donald Trump et de l’autre les péripéties des élèves de l’école, les auteurs peinent à en développer une seule et se retrouvent à répéter les mêmes gags en alternance (sans parler de répétition d’un gag sur Caitlin Jenner, particulièrement feignant et sous-écrit, qui détonne du reste de la série par son sous-texte moralisateur). La raison de cet échec ne tient pas seulement à la structure narrative de l’épisode. Le premier épisode de la saison 17, LET GO, LET GOV, montrait que Stone et Parker sont parfaitement capable de développer deux arcs narratifs en parallèle. Le problème fondamental de WHERE MY COUNTRY GONE? se situe plutôt au niveau de l’ambition des deux auteurs. Plutôt que de continuer à développer l’histoire autour de la fraternité PC, l’épisode entend proposer une antithèse à STUNNING AND BRAVE. Après avoir raillé les bullies du politiquement correct, Stone et Parker cherchent à attaquer le « politiquement incorrect » qui sert à justifier un discours ouvertement raciste.

Le premier écueil est que WHERE MY COUNTRY GONE? ne trouve pas le bon angle pour faire rire avec l’hypocrisie d’une telle posture. Là où l’épisode précédent jouait sur un décalage entre la réalité des défenseurs du politiquement correct et leur représentation en tant que frat boys, ce nouvel épisode se contente d’un discours outrancier auquel il manque un contexte pour être vraiment drôle. Le deuxième écueil est dans la nature transitoire de l’épisode. Lorsqu’à la fin de l’épisode, Monsieur Garrison part conquérir Washington, il est clair que la finalité de WHERE MY COUNTRY GONE? consiste uniquement à introduire le camp « anti-PC » en vue de l’épisode suivant. En dernière analyse, c’est peut-être cette absence de propos qui est le plus préjudiciable à l’épisode. Monsieur Garrison étant déjà connu pour son caractère outrancier et intolérant, sa transformation en politicien populiste à la Donald Trump ne nécessitait pas forcément un épisode entier. En optant pour cette option, Parker et Stone se condamnent à écrire un épisode qui apparaît un peu creux… surtout comparé au précédent !

Néanmoins, en « sacrifiant » cet épisode, les auteurs n’atténuent en rien l’intérêt de la série. Au contraire, ils annoncent une suite au propos aussi ambitieux que casse-gueule. Au travers des réactions hostiles des habitants de South Park envers les discours de Kyle, Stone et Parker suggèrent manifestement une impossibilité d’élaborer un propos modéré entre les deux extrêmes, PC et anti-PC. L’idée de trouver une synthèse entre les deux camps est séduisante. C’est également une gageure. En cherchant à prendre du recul et à se positionner au-dessus de la mêlée, il est facile de tomber dans la position confortable du donneur de leçon dont la double critique (ni un côté, ni l’autre) n’est en rien constructive. Une des grandes qualités de SOUTH PARK est d’avoir jusque-là largement contourné ce piège. En évitant la plupart du temps de se prendre elle-même au sérieux (les fameux « j’ai appris un truc aujourd’hui… » qui concluaient les premiers épisodes parodiaient justement le ton pontifiant de certains dessins animés), la série a conservé au fil des ans son potentiel comique. Même si ce dernier épisode semble prendre le parti de Kyle, il ne serait pas étonnant que les prochains épisodes en arrivent à se moquer également de lui.

Au final, si WHERE MY COUNTRY GONE? est un épisode assez faible, il ouvre énormément de possibilités pour la suite de cette saison. Quelle que soit la conclusion de l’arc narratif entamé avec STUNNING AND BRAVE, il est indéniable que bien peu de séries comiques ont l’audace d’essayer de faire rire avec des sujets aussi polémiques… une preuve supplémentaire que SOUTH PARK reste dix-huit ans après ses débuts une série à part !

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