LES HÉRITIERS DE LA VIOLENCE

Comme prévu depuis des semaines, HBO a célébré ce dimanche le lancement mondial de la saison 5 de GAME OF THRONES avec un épisode qui reprend les affaires courantes en douceur. Une bonne occasion pour revenir sur un phénomène qui va de nouveau alimenter nos conversations dans les semaines à venir…

L’énorme popularité d’une série comme GAME OF THRONES est plutôt rassurante. Même si on ne peut pas vraiment parler de succès confidentiel (on parle tout de même de 15 millions de copies vendues dans le monde entre 1996 et 2011, au moment du lancement de la première saison), les romans de Georges R. R. Martin qui sont à l’origine de la série touchent principalement les lecteurs compulsifs et les amateurs de fantasy purs et durs. Or, l’audimat de la série augmente sans cesse au fil des saisons, jusqu’à atteindre des scores sans précédents pour la chaine câblée HBO, qui ont même dépassé ceux de la série phare de la chaîne câblée, LES SOPRANO. Autant dire qu’on dépasse ici le cadre du succès littéraire pour atteindre celui du phénomène de société (merchandising et parodies sur le Net compris), ce qui est plutôt surprenant pour une série ouvertement fantastique, et ce malgré le succès d’une autre série comme THE WALKING DEAD. Il faut dire que la chaîne HBO a également appris de ses propres erreurs, notamment dans la gestion de la production de ses productions épiques. Contrairement à ROME en son temps, GAME OF THRONES optimise son budget à l’écran et sait proposer des scènes de batailles spectaculaires et même une imagerie de fantasy qui parvient à faire honneur aux écrits de Martin. Autrement dit, GAME OF THRONES est une série admirablement bien produite et exécutée, mais ce n’est pas là son unique qualité.

En effet, même si on peut considérer que d’autres séries ambitieuses mériteraient volontiers les mêmes louanges de la part du public, GAME OF THRONES a pour elle d’emmener progressivement le spectateur vers un imaginaire de plus en plus prononcé. Si la tonalité fantastique est d’abord présentée par petites touches (une scène avec les « Marcheurs Blancs », la naissance des dragons), elle se fait de plus en plus présente à l’arrivée des saisons 3 et 4, quand le public est acquis (accro ?) aux personnages et aux destins qu’il va suivre, les créateurs de la série se permettant ainsi l’introduction de certaines races comme celle des Géants de manière naturelle, au détour d’un plan mémorable, initié par le point de vue de Jon Snow. Alors que les différentes intrigues politiques se rejoignent et mènent inexorablement vers une gigantesque guerre aux proportions tragiques, GAME OF THRONES opère intelligemment un ré-enchantement graduel de son univers, comme une manière d’assumer en douceur les origines fantastiques de la série. Il n’y a peut-être pas de démarche militante dans GAME OF THRONES – contrairement à celle de Peter Jackson quand il s’attaque à l’adaptation d’un roman comme LE SEIGNEUR DES ANNEAUX – mais certains signes ne trompent pas pour autant, à commencer par un générique qui se déroule comme une véritable carte de jeu dans laquelle les joueurs de RPG peuvent se projeter instinctivement. En ce sens, même si la série dépasse le cadre des amateurs de fantasy élevés aux parties de D&D pour toucher un très large public friand des coups de théâtres sanglants, elle sert et représente néanmoins le genre en l’introduisant en douceur aux spectateurs non initiés. On peut même rapprocher ce succès d’un autre phénomène de société similaire comme celui de la franchise HARRY POTTER, dont les films ont permis à des millions d’enfants dans le monde entier de baigner dans un univers fantastique reconnaissable et assumé. Que l’on aime ou pas, le succès phénoménal de ces productions soucieuses de leur public ne peut être que bénéfique quand il s’agit de faire la promotion du fantastique et de l’imaginaire.

Avec l’arrivée de la saison 5 en fanfare, les enjeux de la série sont d’ailleurs plus ou moins liés à ce succès. En effet, la saison 4 de GAME OF THRONES a réussi à surpasser les attentes générées par le final sanglant de la saison 3 et de ses fameuses « noces pourpres », notamment dans le sort réservé au roi Joffrey, dans l’issue du procès contre Tyrion Lannister, dans cet incroyable duel entre « la vipère » et « la montagne » (dont le climax gore fut aussi surprenant que réjouissant), dans cet épisode intégralement dédié à la bataille entre la garde de nuit et les sauvageons ou encore dans les rebondissements tragiques du dernier épisode. En matière d’audience, la popularité de la série se confirme avec un nouveau pic de téléspectateurs américains pour ce premier épisode de la cinquième saison (on parle de 8 millions de fidèles). Mais comme tout « season premiere », cet épisode de GAME OF THRONES reprend doucement les affaires en suspens, comme une manière de les réintroduire au public. On notera toutefois quelques belles idées comme la visite chez la sorcière qui sert de flashback d’ouverture (voir l’extrait ci-dessous), les germes d’une alliance entre Tyrion et Daenerys, la mère des dragons et enfin le climax douloureux et solennel de cet épisode, qui affirme la position humaniste de Jon Snow au sein des guerres à venir (c’est d’ailleurs le titre de cet épisode : THE WARS TO COME). Le contrat de confiance entre les spectateurs et la série est donc rempli, et cette saison promet son lot de surprises, étant donné que la production a confirmé que les prochains épisodes s’éloignent progressivement des péripéties des romans. Rendez-vous est donc pris pour le second épisode de cette cinquième saison, diffusé chez nous dès lundi prochain !

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GAME OF THRONES – SAISON 4 est disponible en DVD et Blu-Ray chez Warner Home Video depuis le 18 février 2015.
GAME OF THRONES – SAISON 5 est diffusé sur OCS City en diffusion US + 24 heures depuis le 13 avril 2015, à raison d’un nouvel épisode par semaine.

2 Commentaires

  1. ben

    Parfaitement résumé en une phrase dans le dernier épisode de Bits

    « Game Of Thrones c’est Dallas avec des dragons »

  2. Moonchild

    Une grande série, qui a mon sens dépasse assez largement le matériau littéraire ; vu l’engouement suscité, et la rentabilité qui suit, on pourrait rêver à des adaptations d’œuvres bien supérieures telles que L’assasin royal et Le soldat chamane (Robin Hobb) ou bien Les annales de la compagnie noire (Glenn Cook).

    PS : assez d’accord avec S. M. au sujet d’Harry Potter, les bouquins sont plutôt bons et il n’y a rien de déshonorant dans les adaptations ciné (il y a même un très bon volet, celui de Cuaron) ; si cela peut conduire les jeunes générations à emprunter les voies du « fantastique » et de « l’imaginaire » comme il le souligne, alors signons des deux mains ; pour ma part, je sais ce que je dois à Goldorak, Albator, Capitaine Flam (pour les animés) ou à Strange (pour l’univers comics), et j’en suis encore très fier …

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