LE CINQUIÈME ACTE

Vu le succès d’IRON MAN 3, il y a peu de chances pour que Shane Black doive attendre encore 8 ans avant de refaire un film, comme ce fut le cas après l’excellent KISS KISS BANG BANG. Mais il ne faut pas croire que l’auteur du DERNIER SAMARITAIN a chômé dans l’intervalle, puisqu’il a notamment écrit une suite à L’ARME FATALE, qu’il a essayé de monter avec Mel Gibson et le producteur Joel Silver, sans succès. Retour sur ce cinquième opus fantôme, qui risque de ne jamais voir le jour.

En 2008, une rumeur prétend que Shane Black est en train d’écrire un traitement du nom de LETHAL WEAPONS. Il s’agit évidemment de L’ARME FATALE 5, et le fait de savoir que le véritable géniteur de Martin Riggs et Roger Murtaugh tente de se réapproprier la franchise qu’il a créée en 1987 suffit à faire fantasmer les fans de la première heure que nous sommes. À cette époque-là, on ne sait pas vraiment quel est le contenu du script, mais il est évident que Shane Black envisage de réaliser ce cinquième opus, et pour cela, il a l’aval du producteur Joel Silver, et par extension de la Warner. Cela signifie que personne ne demande à Richard Donner de reprendre du service, malgré le fait qu’il soit le réalisateur attitré de la franchise. Et pour cause, puisque c’est sous son impulsion que les films sont devenus de plus en plus loufoques à chaque fois, au détriment des racines policières des premiers opus. Toujours est-il que pour financer ce LETHAL WEAPONS, il faut convaincre Mel Gibson et Danny Glover avant toute chose. C’est la condition principale du studio et si la franchise peut se passer de Richard Donner, ce n’est évidemment pas le cas de ses deux vedettes, ce qui peut aisément se comprendre dans la logique d’un Buddy-movie old school. Si Glover est ravi de reprendre du service, c’est désormais Mel Gibson qui prétend être « trop vieux pour ces conneries ». Malgré la mauvaise passe qu’il est en train de traverser (rappelons que les retombées médiatiques de sa vie personnelle tumultueuse et de sa tirade antisémite alcoolisée se font encore ressentir aujourd’hui), Mad Mel est un ami fidèle. Et il ne semble pas concevoir la possibilité de faire une suite à L’ARME FATALE sans Richard Donner, même si celui-ci approche désormais les 80 ans.

On le sait, ce n’est pas la première fois que le destin de L’ARME FATALE échappe des mains de Shane Black. C’était déjà le cas à l’époque du premier film, lorsque certaines scènes de qualité restent sur le banc de montage. On pense notamment à ce passage visible dans le supposé director’s cut du film, dans lequel Riggs décide de se mettre dans la ligne de mire d’un sniper planqué dans une école pour enfants. Après avoir joué avec ses pulsions suicidaires pendant un court instant, le policier n’arrive pas à se résoudre à la mort et décide d’abattre le criminel de sang froid. Un moment fort, dont le seul défaut serait éventuellement d’être un poil redondant avec la fameuse tentative de suicide qui a marqué tout le monde à l’époque.

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Autre passage capital : une présentation quelque peu différente du personnage, dans un bar bondé d’ivrognes. Fidèle à la caractérisation borderline de Riggs, cette courte séquence démontre à quel point celui-ci est accro au chaos, notamment lorsqu’il démonte ses deux assaillants en un coup de boule et un cassage de bras bien sentis.

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Mais évidemment, Shane Black est avant tout victime de son succès. C’est sur l’écriture de L’ARME FATALE 2 que la franchise lui échappe totalement. Lui-même dépressif et suicidaire suite à une rupture très douloureuse, il pond un premier jet noir et défaitiste, qui se termine sur la mort de Martin Riggs dans les bras de son ami Murtaugh. Le passage fait fantasmer Mel Gibson, et l’auteur jubile à l’idée de voir les bouffeurs de pop-corn s’étouffer en sanglots devant un gros film d’action décomplexé. La suite, on la connaît : le studio refuse carrément de tuer sa poule aux œufs d’or et engage d’autres scénaristes pour rendre le film plus léger. Richard Donner oriente la franchise vers la comédie, et se moque même des velléités artistiques de Shane Black dans un final annonciateur de la gaudriole de L’ARME FATALE 3 & 4. Alors qu’il agonise effectivement dans les bras de Murtaugh après avoir reçu une salve de plomb, Riggs lance une punchline qui n’est pas aussi innocente qu’il y paraît : « Je ne suis pas mort dans tes chiottes, je ne vais pas mourir dans tes bras ». Ne cherchez pas plus loin, c’est précisément le moment où la franchise est justement partie au fond des chiottes…

Avec les années, certains détails de L’ARME FATALE 5 ont fait surface et apparemment, Shane Black n’est pas le seul à avoir tenté de relancer les aventures de Riggs et Murtaugh. Désormais âgé de 83 ans, Richard Donner lui-même prétend avoir un scénario en main :

« Dans notre version, les deux fous ont décidés de se calmer, mais il est impossible pour eux de ne pas foncer tête baissée dans les ennuis. Le film commence dans la campagne. Riggs et Murtaugh font un voyage en caravane. Ils s’arrêtent pour prendre de l’essence, mais Roger oublie de mettre le frein à main, et la caravane s’échappe et dévale dans les rues du village voisin, détruisant tout sur son passage. Forcément, ils se retrouvent dans le pétrin. C’est un scénario avec beaucoup de cœur, des jolis moments familiaux. Rene Russo et Darlene Love étaient également de la partie, comme tous les habitués des précédents films ».

Plus sérieuse et surtout moins gâteuse, une autre vision du film est relayée sur la toile et au premier abord, on pourrait croire qu’il s’agit du travail de Shane Black : dans cette version, Riggs est devenu l’ombre de lui-même. Il a accepté une mission d’infiltration au sein d’un groupe de narcotrafiquants et a pris son rôle tellement au sérieux qu’il ne parvient pas à se débarrasser de son addiction à l’héroïne. Sa femme Lorna n’a plus de nouvelles de lui, et son enfant lui est totalement étranger. Même Murtaugh l’a perdu de vue depuis des années. Mais au nom de leur amitié passée, ce dernier décide de mettre sa retraite de côté et de reprendre du service pour le sauver. Le scénario se déroule à deux époques, avec des réminiscences de la guerre du Vietnam lors des flashbacks, qui relatent la connexion entre Riggs et la « Shadow Company » évoquée dans le premier film.

Malgré la volonté évidente de revenir au sérieux des premiers films et les similitudes de ton, Shane Black nous confesse pendant la promo d’IRON MAN 3 qu’il n’est pas l’auteur de cette version :

« Cette intrigue n’a rien à voir avec le traitement que j’ai écrit pour L’ARME FATALE 5. Il s’agit effectivement d’un scénario qui a tourné à Hollywood, en tout cas je me souviens de cette histoire de narcotiques, mais je n’en ai pas écrit une ligne. Dans mon traitement, Riggs et Murtaugh étaient trop vieux, mais ils tenaient encore la distance, et on les envoyait à New York, alors que la ville était frappée par la pire tempête de neige de son histoire. Et ils devaient déjouer un complot visant à mettre à mal le département de la sécurité intérieure des États-Unis par le biais d’une attaque de drones. J’étais plutôt satisfait du traitement et de l’intrigue, mais pour des raisons qui ne concernent que lui, Mel Gibson ne voulait pas tourner une autre suite à L’ARME FATALE. Je lui ai proposé un autre projet, un thriller d’espionnage qui s’appelait COLD WARRIOR, et il était partant, mais le financement est tombé à l’eau. J’avais l’impression de courir derrière l’aval de Mel Gibson pour pouvoir faire un film, et quand j’ai fini par l’obtenir, c’est comme si Mel n’avait plus l’aval du public, puisque plus personne n’allait voir ses films au cinéma ».

Dans un autre média, il ajoute d’ailleurs, non sans l’ironie qui le caractérise, que « Mel Gibson va devoir passer au moins trois ans dans un kibboutz avant de pouvoir retenter sa chance à Hollywood ». Sachant que l’acteur lui-même refuse encore aujourd’hui de reprendre l’un de ses rôles les plus emblématiques (l’autre étant celui de Mad Max, désormais attribué à Tom Hardy dans MAD MAX : FURY ROAD), la Warner a récemment engagé le scénariste Will Beall pour plancher sur un remake en bonne et due forme. Mais franchement, ça branche quelqu’un de voir une version délavée de L’ARME FATALE par le scribouillard de GANGSTER SQUAD ? Voilà, c’est bien ce qui me semblait…

coverrr2NB : Ce texte a d’abord été publié dans le numéro 2 de ROCKYRAMA, actuellement en kiosques. Merci à Johan Chiaramonte pour l’autorisation de diffusion.

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