LA VIE ET RIEN D’AUTRE

C’est l’une des meilleures séries comiques du moment aux Etats-Unis, et elle n’est évidemment pas diffusée par chez nous. Au moment où la saison 2 vient de débuter sur la chaîne américaine Comedy Central, retour sur REVIEW WITH FORREST MacNEIL, l’un de nos chouchous du moment !

« La vie est, à mes yeux, instinct de croissance, de durée, d’accumulation de forces, de puissance : là où la volonté de puissance fait défaut, il y a déclin ».
– Friedrich Nietzsche

« Le bonheur ne consiste pas à acquérir et à jouir, mais à ne rien désirer, car il consiste à être libre ».
– Épictète

« Life. It’s litterally all we have ».
– Forrest MacNeil

REVIEW WITH FORREST MacNEIL est une série comique adaptée par Andy Daly et Charlie Siskel à partir de la série australienne, REVIEW WITH MYLES BARLOW. Le principe de la série est simple. Forrest MacNeil, présentateur d’une émission intitulée Review, a pour objectif de « tester » et de noter les différentes expériences qui intriguent ses téléspectateurs. En fonction des demandes de ceux-ci, il va donc devoir manger quinze pancakes, devenir riche rapidement, divorcer, aller dans l’espace, être Batman… et, à chaque fois, faire part de son ressenti et lui attribuer une note. Comme on peut s’y attendre, les spectateurs de l’émission vont régulièrement lui demander des choses qu’ils n’osent pas faire parce qu’elles sont stupides, dangereuses ou illégales. Bien souvent, Forrest va donc se retrouver en fâcheuse posture. Partant de ce principe, le show aurait pu être une sorte de JACKASS fictionnel, dont l’intérêt aurait été de voir le personnage principal ignorer délibérément son bien-être et sa santé pour accomplir ce qu’on lui demande. Mais s’il y a bien un côté JACKASS au rire provoqué par les avanies de Forrest MacNeil, la série se détache de JACKASS par la personnalité de son protagoniste. Contrairement à la bande à Johnny Knoxville, Forrest MacNeil est l’incarnation de l’homme blanc de classe moyenne. Sans rien connaître de son passé, on comprend immédiatement qu’il a passé sa vie dans une banlieue résidentielle, sans jamais être confronté à la dureté potentielle de l’existence. Incarné à la perfection par ce nigaud d’Andy Daly (que les amateurs de l’excellente série EASTBOUND & DOWN reconnaîtront comme le principal Cutler), Forrest MacNeil fait constamment preuve d’une candeur désarmante, cherchant envers et contre tout à tirer une morale de ses expériences. Ce qui en fait probablement un hybride entre une version adulte du Butters de SOUTH PARK et le héros éponyme de CANDIDE, le roman philosophique de Voltaire.

Sauf qu’à la différence du personnage de Voltaire, les actions de Forrest le mènent moins à « cultiver son jardin » qu’à le détruire… et c’est probablement que ce qui fait in fine la particularité de la série. Ces seules qualités en termes d’écriture et de performance d’acteur suffisent à faire de chaque segment un petit bijou de comédie. Mais ce qui pousse le spectateur à revenir d’épisode en épisode, c’est l’accumulation des conséquences sur la vie de Forrest MacNeil. Lorsque la série commence, Forrest est un père de famille, heureux dans son mariage et respecté par ses amis. Progressivement, il va tout perdre. Son émission le poussera à divorcer de sa femme, à perdre la garde de son fils, à se comporter comme un raciste envers son voisin noir, à mettre le feu à la maison de son père, à saboter toutes ses relations avec les femmes. Tant et si bien que la seule chose qu’il lui reste est justement l’émission qui lui pourrit la vie. Cet état de fait est d’ailleurs souligné par l’opération de communication menée entre la première et la deuxième saison. Lors du dernier épisode de la première saison, Forrest démissionne et disparaît dans la nature. La chaîne Central Comedy lancera alors une petite campagne virale incitant les fans à chercher Forrest et à publier les traces de ses apparitions avec le hashtag #FindForrest. En dehors de l’aspect purement promotionnel, cette campagne explicitait le fait que, sans son émission, Forrest disparaît complètement de l’existence. Il y a là une tension particulièrement ironique : la première phrase du générique est « Life. It’s litterally all we have » (« La vie, c’est tout ce que nous possédons ») mais elle met en scène un protagoniste qui devient incapable de vivre sa propre vie.

Cette ambiguïté est d’ailleurs exacerbée par la mise en scène. La vie de Forrest semble être filmée comme tant d’émission de télé-réalité : caméra à l’épaule vaguement tremblotante, images intimes prétendument volées à travers des portes entrouvertes, lumière en apparence naturelle. Pourtant, la série ne joue pas sur les codes habituels du faux documentaire. Contrairement à THE OFFICE ou PARKS AND RECREATION, l’entourage de Forrest ne semble pas se rendre compte de la présence de l’équipe de tournage. À aucun moment, on ne surprend ce fameux regard incrédule d’un personnage vers la caméra, si efficace pour établir la connivence avec le spectateur. Il faudra même attendre la fin de la première saison pour que l’ex-femme de Forrest fasse le lien entre le comportement erratique de son ex-mari et l’émission qu’il présente. Elle fera également ce lien lors d’une courte apparition dans la deuxième saison, mais elle est bien le seul personnage à le faire. D’ailleurs, il semble également que les proches de Forrest ne regardent pas non plus l’émission, puisqu’ils n’y font jamais référence. Tout se passe donc comme l’émission était déconnectée du monde réel. Même la co-présentatrice de l’émission AJ Gibbs n’apparaît jamais en dehors du plateau. C’est précisément cette dichotomie qui permet à REVIEW WITH FORREST MacNEIL d’aller aussi loin dans l’outrance. Quel que soit l’état misérable de la vie personnelle de Forrest, il se retrouve encore et toujours sur le plateau de son émission. Persuadé d’œuvrer pour le bien commun en informant le public sur les expériences de la vie, il repart encore et toujours pour une nouvelle review.

La bande annonce de la saison 2 de REVIEW WITH FORREST MacNEIL

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Pour la deuxième saison actuellement diffusée sur Comedy Central, le producteur de l’émission a introduit la possibilité pour Forrest de poser deux vetos. Pour le moment, quatre épisodes de la deuxième saison ont été diffusés et Forrest ne s’est pas encore servi de ses vetos. Mais il sera intéressant de voir en quelle circonstance ils seront utilisés. Car le moment où Forrest choisira d’opposer un veto nous informera sur le point précis où ses principes personnels prendront le pas sur son sacerdoce… et par extension sur la « conclusion » philosophique de la série. En séparant, tant par sa mise en scène que par sa narration, la vie « réelle » de Forrest et son travail de reviewer, de « critique », REVIEW WITH FORREST MacNEIL oppose deux modalités d’existence divergentes. Le fait de mener à bien une review peut avoir des conséquences désastreuses pour Forrest en tant qu’homme. Mais cela constitue une réussite pour Forrest en tant que présentateur. Le contraste entre sa personnalité et ses actions au cours de l’émission constituent donc une véritable opposition existentielle. Alors que le caractère de Forrest est imprégné du stoïcisme et du rigueur hérité du protestantisme américain, son émission le pousse à explorer tous les aspects de l’existence, y compris les plus absurdes (« There all is aching! »). En cela, elle l’oblige à adopter une conception dionysiaque de l’existence : partant du principe que même les expériences désagréables font partie de la vie, il n’y a rien qui ne mérite d’être vécu. La conclusion de Forrest expliquant comment le fait d’avoir mangé 30 pancakes l’a aidé à se sentir à nouveau vivant illustre ce principe à la perfection.

Pour le moment, cette opposition, et les déboires qui en découlent pour Forrest, peut être vu comme une critique nietzschéenne d’une société dont la morale ne nous permet plus d’apprécier toutes les possibilités de la vie. À l’inverse, on peut aussi y voir une opposition dialectique, préliminaire à une synthèse épicurienne prônant la modération. Le choix de Forrest d’utiliser ou non son veto nous éclairera sans doute sur l’inclinaison des auteurs. Dans tous les cas, on pourra toujours compter sur la qualité d’écriture des auteurs et sur la gueule de premier de la classe d’Andy Daly pour faire de REVIEW WITH FORREST MacNEIL une des meilleures séries comiques actuelles.

Bref, REVIEW WITH FORREST MacNEIL : FIVE STARS !

REVIEW WITH FORREST MacNEIL est diffusé sur Comedy Central. En espérant qu’un diffuseur français prenne le relais pour faire découvrir la série au public français.

1 Commentaire

  1. maxxx

    je confirme, une pepite

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