LA LOI DU CAMPUS

C’est presque devenu un rituel. À chaque nouvelle saison de SOUTH PARK (la série de Trey Parker et Matt Stone a entamé sa 19ème saison aux Etats-Unis la semaine passée), la question principale est de savoir quels sujets d’actualité auront « l’honneur » de figurer dans le premier épisode.

Il n’y a eu pas à attendre longtemps la réponse. Dès les premières minutes de ce premier épisode intitulé STUNNING AND BRAVE, le politiquement correct débarque à South Park en la personne de l’imposant PC Principal (PC pour « politiquement correct »). Il n’est pas surprenant que Stone et Parker s’intéressent au potentiel comique de la question à travers l’acceptation sociale du changement de sexe de Caitlyn Jenner. La longue histoire de la série est là pour témoigner de leur humour délibérément « politiquement incorrect ». Mais le sujet apparaît particulièrement pertinent au moment où des professeurs, des éditorialistes, voire des comédiens épinglent le « politiquement correct » à l’œuvre dans les universités américaines.

Avec le talent et surtout l’attitude de sales gosses qu’on leur connaît, Stone et Parker ont donc décidé d’incarner la figure du politiquement correct non pas dans l’étudiant de gauche prétentieux(une figure dont ils se sont déjà moqué dans l’épisode DIE HIPPIE DIE) mais son exact opposé, le bro fêtard et fan de muscu tout droit sorti d’une fraternité du campus. Il y a évidemment un effet comique immédiat à entendre les discours caractéristiques du politiquement correct dans la bouche d’un personnage qu’on verrait plutôt en train de faire la fête en balançant des vannes sexistes et racistes. Mais il ne fait aucun doute que les auteurs de SOUTH PARK ont pris un malin plaisir à incarner les défenseurs du politiquement correct sous la forme d’une bande de bizuteurs (des bullies) qui n’hésitent pas à martyriser tous ceux qui ne sont pas assez progressiste à leurs yeux.

Cela dit, même si cette caricature est l’attaque la plus évidente contre les défenseurs du politiquement correct, elle n’est peut-être pas la plus « méchante ». D’une part, elle est un peu désamorcée par l’absurdité inhérente au procédé – la pertinence d’une moquerie aussi évidente peut toujours être rejetée parce qu’elle n’est dès le départ pas sérieuse –, d’autre part, Stone et Parker reconnaissent aux PC bros la sincérité de leurs convictions.

Là où le duo est finalement beaucoup plus incisif, c’est lorsque Randy rejoint la fraternité PC. Au cours des saisons, le personnage de Randy a été caractérisé comme un éternel paumé, un quadragénaire qui semble incapable de trouver un sens à sa vie et ne cesse de chercher des hobbies, des causes à défendre ou des groupes dans lesquels il sera reconnu. Si on part du principe que Stone et Parker assimilent les défenseurs du politiquement correct aux PC bros, mais aussi à Randy, alors la pique la plus acérée est délivrée au détour d’une simple phrase : « stop shaming him because you want to fit in » (« arrête de lui foutre la honte parce que tu veux t’intégrer »). Il n’est même plus question de s’en prendre à quelqu’un en vertu d’une éthique mais uniquement pour faire comme le reste du groupe. On est donc désormais dans la brutalisation, le bullying pur et simple.

Pour finir en apothéose, Stone et Parker clôturent leur épisode sur un pot-pourri de références plus ou moins sujettes à controverse (les déclarations de Donald Trump sur les femmes mexicaines ou le scandale autour de la pédophilie de Jared Fogle, le porte-parole de Subway ont évidemment beaucoup plus fait débat qu’un canon à taco) avant d’expliquer, non sans une bonne dose d’effronterie, que parfois ne pas être politiquement correct permet de faire avancer la cause du politiquement correct. Les auteurs sont là bien conscients qu’ils cherchent à avoir le beurre (faire de l’humour politiquement incorrect) et l’argent du beurre (prétendre ouvrir les yeux des gens) puisqu’ils illustrent la situation en mettant en scène l’expression anglaise « to have your cake and eat it too ».

En abordant un sujet aussi clivant (les discussions sur le politiquement correct tournent rapidement à la foire d’empoigne), Stone et Parker ont évidemment relancé le sempiternel débat sur leurs convictions politiques et sur la pertinence de la série en tant que satire de la société américaine. Même si l’auteur de ces lignes a son avis sur la question, il se retiendra de tirer des conclusions sur la question tant le duo n’a jamais hésité à prendre des positions contradictoires si cela lui permettait d’être drôle (1). C’est pourquoi ce qu’il faut sans doute retenir de ce début de saison, c’est que Trey Parker et Matt Stone n’ont rien perdu de leur virtuosité comique. Une fois que les polémiques se seront essoufflées, une fois que l’actualité sera passé à autre chose, il restera le comique absurde des PC bros ou le décalage hilarant entre les discours de Randy et les effets de sa gueule de bois.

Et puis, même lorsque plus personne n’écoutera Watch Me (Whip/Nae Nae), ce genre de scène sera toujours drôle !

Maintenant, la question qui se pose, c’est de savoir si la saison 19 mettra en place le même genre de continuité que la saison 18 et si on aura droit à la suite des aventures de PC Randy. Réponse dès jeudi prochain !

(1) Ou, plus largement, de provoquer des réactions chez leur public. À ce titre, la fin glaçante du dernier épisode de la saison 17 s’apparentait fortement à une prise de position féministe.

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