INCASSABLE ?

Dès demain, Superman fera son grand retour dans les salles avec MAN OF STEEL de Zack Snyder, un projet chargé de faire oublier la contre-performance du SUPERMAN RETURNS de Bryan Singer. Cette actualité nous permet de revenir sur les différentes itérations du personnage, qui ont été développées pour le cinéma pendant plus de 25 ans sans jamais voir le jour sur grand écran.

« SUPERMAN IV était une catastrophe, du début à la fin ». De son vivant, le regretté Christopher Reeve – le seul et unique interprète de Kal-El dans le cœur des fans – n’y allait pas avec le dos de cuillère pour exprimer son mécontentement concernant cette suite de trop, produite par la Cannon en 1987. Il est certain que le film de Sidney J. Furie est loin d’être une réussite, et il y a plusieurs raisons à cela. L’une d’entre elles est que le résultat final a été amputé de 40 minutes qui sont restés sur le banc de montage. Ce qui aurait du être une violente charge anti-nucléaire (dans l’esprit de Christopher Reeve du moins) devient alors le pire épisode de la saga, ce qui n’est pas rien puisqu’il arrive après le médiocre SUPERMAN III. Mais rien n’est jamais vraiment perdu à Hollywood. Malins comme des singes, les producteurs Menahem Golan et Yoram Globus se disent qu’ils pourraient très bien produire une nouvelle suite au rabais, en incorporant les passages coupés du quatrième film, histoire de faire quelques économies supplémentaires et encaisser les dollars sans se fouler. Dans un premier temps, Christopher Reeve est même partant pour écrire et réaliser cette suite tout en laissant sa place devant la caméra à un nouveau venu susceptible d’incarner Superman. Mais le nom d’Albert Puyn est également mentionné pour ce projet, ce qui n’est pas illogique puisqu’il doit à l’époque emballer SPIDER-MAN pour la Cannon, un autre projet qui ne verra pas le jour. Les recettes catastrophiques de SUPERMAN IV auront heureusement raison de cette vilaine entreprise, et la franchise arrêtera ici sa course à la médiocrité. Cinq années passent et nous sommes en 1992. Les producteurs Ilya & Alexander Salkind, déjà responsables des trois premiers films, cherchent à relancer eux-mêmes la carrière de Superman au cinéma. Forts du succès de la série SUPERBOY (SMALLVILLE avant l’heure), ils montent le projet d’un spin-off sobrement intitulé SUPERMAN – THE NEW MOVIE. Il sera annulé l’année suivante quand les droits du personnage reviendront à DC Comics, Warner Bros donc, qui en profite au passage pour faire annuler SUPERBOY et faire ainsi de la place à sa propre série, LOIS & CLARK.

À la même époque, il faut rappeler que le mythe de Superman ne brille pas non plus sur les étals des marchands de journaux. Les ventes de comics sont mitigées, et la DC autorise alors un arc intitulé THE DEATH OF SUPERMAN, qui est publié durant l’hiver 1992/1993. Le titre parle pour lui-même, puisque le super-héros messianique y trouvera la mort dans un combat contre Doomsday, pour mieux renaître de ses cendres dans REIGN OF THE SUPERMEN. Le succès est immédiat, et l’intérêt des lecteurs est relancé pour de bon. Dans l’ombre, la Warner se frotte les mains : le sujet du prochain film est tout trouvé et il ne manque plus qu’à trouver le producteur qui va relancer le personnage sur grand écran. Terry Semel et Robert Daly, les grands manitous du studio, engagent alors l’inénarrable Jon Peters, producteur du BATMAN de Tim Burton, pour mener le projet à bien. Mais au lieu d’assurer le retour de Superman sur grand écran, il sera au contraire celui qui va plonger cette nouvelle adaptation cinématographique dans les limbes du Development Hell ! Premier problème : Peters se fout royalement du personnage, qu’il considère comme totalement démodé. Son idée est de faire de Superman un personnage « rock’n’roll », ce qui ne veut bien sûr pas dire grand-chose. Il engage Jonathan Lemkin, futur scénariste de L’ARME FATALE 4, pour écrire un premier jet intitulé SUPERMAN REBORN. Voici comment ce dernier explique les prémices de son projet :

« Superman meurt au moment même où il avoue son amour à Loïs Lane, et son âme est projetée dans son corps à elle. Quelques temps plus tard, Loïs se rend compte qu’elle est enceinte, et accouche d’un nouveau-né qui grandit à vitesse grand V, atteignant l’âge de 21 ans en seulement trois semaines. C’est évidemment Superman, ressuscité ».

Contre toute attente, cette idée saugrenue ne fait pas l’unanimité chez les pontes de Warner. Gregory Poirier (futur réalisateur de TOMCATS) est alors chargé de revoir la copie de Lemkin, qui défend toujours son approche au second degré : « Le public aurait apprécié le ton campy et décalé du projet. Après tout, Batman a bien des tétons et une coque dans BATMAN FOREVER, non ? ». Certes, si on veut faire n’importe quoi avec le matériau de base, les films de Schumacher sont effectivement des exemples à suivre. Mais même en intégrant le méchant Brainiac dans sa version, le travail de Poirier n’est pas mieux reçu. Le projet stagne sur les étagères du studio, jusqu’à ce que le jeune Kevin Smith, réalisateur de CLERKS, LES EMPLOYÉS MODÈLES et LES GLANDEURS, ne soit appelé en renfort en août 1996. Son travail va permettre au projet de décoller pour de bon… ou presque !

Comme cela arrive souvent à Hollywood, Kevin Smith est reçu par la Warner pour voir dans quelle mesure il serait susceptible de travailler sur un ou plusieurs projets du studio. On lui propose ainsi d’écrire une suite pour BEETLEJUICE, ou encore d’adapter un épisode de l’anthologie AU-DELÀ DU RÉEL. Moyennement enchanté par ces propositions, le réalisateur s’empare du scénario de Lemkin et Poirier, et découvre avec stupeur que le résultat est vraiment exécrable, d’autant qu’il ne respecte en rien la mythologie du personnage. Avec son franc-parler légendaire, il ne se gène pas pour le signaler aux exécutifs de la Warner qui, après une série d’entretiens, lui confient la réécriture du projet. Jon Peters approuve la décision, mais impose trois conditions farfelues et totalement inexplicables : Superman ne doit pas porter le costume classique parce que ça lui donne un air « trop pédé » selon lui. Il ne doit pas pouvoir voler non plus et, enfin, il doit se battre contre une araignée géante à la fin du troisième acte. En bref, et pour citer Jon Peters, il faut qu’on sente que « Superman vient de la rue » ! La commande n’a aucun sens, mais Kevin Smith est un tel fan de comics qu’il ne peut pas refuser la proposition. Il rédige ainsi SUPERMAN LIVES, un traitement dialogué d’environ 80 pages, en essayant de contourner les exigences complètement débiles de Jon Peters. Ainsi, dans cette version, Superman se déplace dans les airs en créant un boom supersonique qui le propulse d’un point à l’autre, et le personnage est montré dans une sorte de flou bleu et rouge dans les airs ! Dans cette version, Lex Luthor et Brainiac s’associent pour exterminer Superman. Leur plan ? Bloquer les rayons du soleil, de sorte que Superman perde ses pouvoirs. Jon Peters ne comprend rien à cette nouvelle version, et se plaint d’ailleurs qu’il ne sait pas qui est ce « Kal-El » dont tout le monde parle dans ce traitement. Mais tout ceci n’est pas vraiment très important à ses yeux. Car à la sortie de la projection de MÉPRISE MULTIPLE, Jon Peters a une idée comme lui seul peut en avoir, et c’est ça qui compte : pour lui, Kevin Smith doit rajouter un personnage de robot interprété par le comédien Dwight Ewell, qu’il vient de découvrir dans le film du soir. Et pour lui, cette interprétation de L-Ron, le robot de Brainiac, sera comme « une version gay de R2D2, plus fort en gueule ». Idéal pour vendre des jouets aux gamins !

NicolasCageSupermanToujours est-il que SUPERMAN LIVES parvient à attirer les grands noms requis pour le projet. Même s’il aurait bien vu son copain Robert Rodriguez à la barre du projet, Kevin Smith parvient à impressionner le réalisateur Tim Burton et la star Nicolas Cage, puisque les deux talents se greffent rapidement au projet. Le premier obtient un contrat de cinq millions de dollars pour réaliser le film et le second touche 20 millions de dollars pour interpréter le personnage. Le casting d’une star aussi typée que Nicolas Cage peut sembler étrange, mais pour Jon Peters, « le comédien saura convaincre les spectateurs que Superman vient de l’espace ». Ah… Plus pragmatique – façon de parler – Tim Burton compte jouer sur le côté caméléon de sa vedette, expliquant que SUPERMAN LIVES sera le premier film dans lequel « on pourra vraiment adhérer à l’idée que personne ne peut reconnaître Superman en regardant Clark Kent, car Nicolas Cage est physiquement capable de changer de personnalité ». Dès que les contrats sont signés, le studio annonce une date de sortie en fanfare : SUPERMAN LIVES sortira sur tous les écrans américains le 4 juillet 1998, faisant face à ARMAGEDDON de Michael Bay. Le choix de la date est d’autant plus symbolique que ce jour-là, les Américains ne fêtent pas seulement la naissance de leur pays, mais également les 60 ans du personnage.

Tim Burton considère cependant que le travail de Kevin Smith n’est pas suffisamment solide pour lancer le tournage, qui est prévu pour le mois d’octobre 1997. Il demande alors à Wesley Strick (LES NERFS À VIF) de réécrire le projet, mais le studio engage ensuite d’autres plumes pour revoir les détails du script : cela va de Akiva Goldsman (BATMAN & ROBIN), à Ron Bass (RAIN MAN) en passant par Dan Gilroy (FREEJACK). SUPERMAN LIVES est donc repoussé à l’été 1999 puis à l’été 2000, mais le tournage ne commencera jamais. « S’ils nous avaient laissés faire le film, je pense que nous aurions pu faire quelque chose de très intéressant » explique Tim Burton. « J’ai travaillé plus d’un an sur ce projet, sans que rien ne se fasse. Pour moi, le film est déjà fait. On a juste oublié de le tourner ». Pourquoi est-ce que la Warner ne laisse pas Burton tourner son film ? Et bien il faut dire que celui-ci avance quelques idées plutôt farfelues, qui n’ont plus grand-chose à voir avec Superman. Officiellement satisfait par le casting de Nicolas Cage, le cinéaste doit livrer une bataille interne contre la star qui cherche avant tout à préserver l’essence de son personnage. Chez Burton, Superman n’est plus du tout Superman, mais plutôt une sorte de freak socialement inadapté à la race humaine, du fait de ses super pouvoirs. Et à la longue liste d’idioties exigées par Jon Peters (Brainiac doit également se battre contre des ours polaires…) s’ajoutent les idées farfelues du réalisateur, parmi lesquelles un costume translucide qui montrerait les organes de Supes (pourquoi ?), une machine de téléportation lui permettant de se déplacer sans voler et la création d’un nouvel ennemi, Lexiac (ou Luthiac selon les versions du script), sorte de croisement organique entre Lex Luthor et Brainiac ! Si la production avance coûte que coûte, Burton ayant déjà mis en place son casting (Sandra Bullock ou Courteney Cox en Loïs Lane, Kevin Spacey ou Pierce Brosnan en Lex Luthor, Chris Rock en Jimmy Olsen) et choisi la ville de Pittsburgh pour retranscrire Metropolis, le studio se prend des sueurs froides à la lecture d’une intrigue aussi barge et coupe les vivres au réalisateur à six semaines du tournage. Il faut dire que 30 millions de dollars ont déjà été englouties dans le projet, et que les différents talents engagés ne vont pas forcément dans le même sens, parfois pour des raisons commerciales et artistiques, et parfois parce que le chaos de la production est tel qu’il est difficile de jauger la direction artistique du film. Le storyboardeur Sylvain Despretz raconte :

« D’un côté, Jon Peters faisait venir des enfants pour évaluer les dessins de production affichés sur le mur, afin de voir s’il y avait la possibilité d’en tirer des jouets. Et de l’autre, nous avions le scénario de Kevin Smith comme référence, mais la production nous disait de ne pas le lire, puisque son travail n’allait pas rester dans le film. Nous l’avons donc employé comme une sorte de guide pour les décors que nous allions peut-être créer, et nous avons attendu et attendu un scénario définitif, qui n’est jamais arrivé ».

Lassé par les obligations politiques (il aura cependant cherché à remplacer Cage par Ralph Fiennes), Tim Burton quitte le projet. Bien qu’il ne soit plus attaché au projet depuis longtemps, Kevin Smith résume la vision du réalisateur en une pirouette caractéristique de son humour référentiel : « Tim Burton voulait faire sa propre version de Superman. Sûrement qu’il lui aurait mis des ciseaux à la place des mains ! ». Lors de la même session de questions-réponses dans une fac américaine (ce tour datant du début des années 2000 est visible dans l’excellent AN EVENING WITH KEVIN SMITH, disponible en DVD Zone 1), il sera moins tendre avec Jon Peters, qu’il traite « d’imbécile illettré ». Carrément !

Retour à la case départ pour la Warner, qui ne sait plus trop comment aborder le projet. Au moment où SUPERMAN LIVES tombe à l’eau, MATRIX fait un carton totalement inattendu en salles, et devient même le plus gros succès du studio. Terry Semel et Robert Daly décident donc de demander à William Wisher (TERMINATOR) d’écrire une nouvelle version du scénario avec des éléments similaires. Aucune information ne filtre sur le contenu du script. C’est le moment où Nicolas Cage décide de quitter le projet, conscient que le film ne se fera pas dans les meilleures conditions, s’il se fait vraiment un jour. En plus des 30 millions déjà dépensés dans la version de Tim Burton, le studio perd donc 20 millions de dollars supplémentaires, puisque le contrat de Cage est très clair : le comédien touche la même somme, que le film se fasse ou pas ! Autant dire que ce n’est pas le moment pour le studio de banquer sur une approche ambitieuse et couillue. Forcément, dans une telle ambiance, le scénario de SUPERMAN : THE MAN OF STEEL (rien à voir avec le film actuel) n’est pas très bien reçu. Et d’une, son auteur est un illustre inconnu du nom d’Alex Ford. Et de deux, celui-ci propose une vision de fan absolutiste, étalée sur sept films retraçant les grandes lignes de la mythologie de Superman, et seuls les deux derniers opus se concentrent sur la mort et la résurrection du super-héros. Le projet est donc remisé au placard, et Alex Ford lui-même résume la situation de manière assez déprimante :

« Je peux vous dire que les dirigeants du projet ne connaissent pas grand-chose au comics. Le public qu’ils visent n’a rien à voir avec celui qui paye sa place pour le film. Ils visent les parents qui sortent leur portefeuille pour offrir le merchandising du film à leurs enfants. Entre 150 millions de dollars de recette au box-office et 600 millions de dollars de bénéfice en merchandising, le choix est vite fait ».

Alex Ford ne croit pas si bien dire. Au moment où son projet finit à la poubelle, Jon Peters fait une proposition à Will Smith pour interpréter le rôle de Superman. Heureusement, ce dernier refuse poliment cette offre alléchante, pour des raisons ethniques. En 2001, un autre script, mystérieusement intitulé SUPERMAN : DESTRUCTION, est commandé à Paul Attanasio (le scénariste de DONNIE BRASCO, qui touche la modique somme de 1,7 millions de dollars !) puis proposé à Oliver Stone, sans suite.

À l’automne 2002, deux projets plus ou moins concurrents sont annoncés coup sur coup. Le premier d’entre eux est un cross-over du nom de WORLD’S FINEST, écrit par Andrew Kevin Walker (SE7EN) pour Wolfgang Petersen (TROIE), dans lequel Batman et Superman en viennent aux mains, avant de combattre ensemble leur ennemi en commun. Il faut rappeler qu’à l’époque, BATMAN BEGINS n’est encore qu’un projet lointain, et le studio cherche encore un moyen de faire revenir le personnage sur le devant de la scène. Ce cross-over serait donc un bon moyen de faire d’une pierre deux coups. À l’époque, Wolfgang Petersen explique le projet en ces termes :

« Ce sera un véritable clash de titans, car Superman et Batman proposent deux philosophies différentes. Le premier représente nos idéaux et nos espoirs, tandis que le second dévoile la nature sombre et vengeresse de l’âme humaine, et notre script les montre à couteaux tirés, du fait de leurs méthodes différentes, même s’ils se retrouvent côte à côte à la fin pour combattre le crime ».

Si de nombreuses vedettes sont sollicitées pour interpréter l’un ou l’autre personnage (on parle de Johnny Depp, Josh Hartnett ou Matt Damon), le projet est mis de côté au profit de SUPERMAN : FLYBY dont la réalisation est d’abord proposée au jeune McG, qui sort tout juste du succès de CHARLIE ET SES DRÔLES DE DAMES. Dans cette étrange relecture du mythe rédigée par J.J. Abrams, la planète Krypton est en proie à une guerre civile menée par Kata-Zor, le frère corrompu de Jor-El. Ce dernier est envoyé en prison par son propre frangin, mais parvient auparavant à envoyer son fils Kal-El sur Terre pour accomplir une prophétie. Sur Terre, Kal-El est adopté par Jonathan et Martha Kent et prend le nom de Clark. Amoureux de Loïs Lane, il ne comprend pas que celle-ci cherche avant tout à faire tomber Lex Luthor, un agent du gouvernement obnubilé par les phénomènes extra-terrestres. Lorsqu’il atteint son potentiel et devient Superman, Clark va devoir combattre Ty-Zor, le fils de Kata-Zor, et trois autres Kryptoniens sur Terre. Tué par ses pairs, Superman rencontre son père au paradis de Krypton, car ce dernier est mort en prison. Il comprend alors comment revenir à la vie et combattre ses ennemis. Après avoir vaincu Ty-Zor sur Terre, Superman s’envole alors pour Krypton, afin de rétablir l’ordre sur sa planète natale. Il s’agissait là d’un cliffhanger inattendu, et censé générer l’attente des spectateurs pour une suite située dans l’espace. Enthousiaste, la Warner décide que le film se tournera en Australie, et c’est à ce moment-là que McG quitte le projet. La raison invoquée est ironique : le jeune réalisateur a du mal à surpasser sa peur panique de l’avion, et il ne pourra jamais se rendre à l’autre bout du monde pour tourner le film. Alors que Warner cherche un remplaçant, la rumeur prétend que certaines personnes influentes ont cherché à mettre Jon Peters sur la touche, afin de relancer le projet. Il s’agit de M. Night Shyamalan, Richard Donner ou encore le producteur Joel Silver, qui ne parviendront pas à leurs fins. Qu’à cela ne tienne, le studio n’est pas à une mauvaise décision près, et le projet est confié à Brett Ratner, après que Michael Bay et Rob Bowman aient été envisagés. Comme si cela ne suffisait déjà pas à condamner le projet, le script de J.J. Abrams est victime d’une fuite et atterrit sur le bureau des rédacteurs du site Ain’t It Cool News, qui le déchirent sans ménagement. La toile s’enflamme en un rien de temps, et les fans hurlent à la trahison lorsqu’ils découvrent certaines des libertés prises par le créateur de la série ALIAS, comme le fait que Krypton n’explose pas, ou encore que Lex Luthor s’avère être un alien au final. La débâcle est telle que J.J. Abrams tente publiquement de calmer le jeu, en expliquant que son traitement concerne en vérité le premier opus d’une trilogie qui lui a été commandée pour saboter la concurrence (en l’occurrence, WORLD’S FINEST), et qu’il a donc dû rédiger en seulement quatre semaines. Plus grave que les esclandres des geeks du Net : Brett Ratner ne s’entend pas du tout avec Jon Peters. Ce dernier lui reproche notamment de faire flamber le budget (qui atteint les 220 millions de dollars) et de ne pas attirer les grands noms susceptibles d’interpréter Superman (notons qu’il a en tête des Ashton Kutcher et des Justin Timberlake). Les relations entre les deux hommes tournent rapidement au vinaigre, et Brett Ratner décide de quitter le projet durant l’été 2003.

Près de dix ans après la terrible chute qui le paralyse à vie, Christopher Reeve tombe dans le coma, suite à un arrêt cardiaque. Il décède le 10 octobre 2004, après avoir pris un antibiotique censé lui permettre de combattre une infection. C’est une tragédie pour des millions de fans de l’acteur dans le monde, d’autant qu’il est le seul nom véritablement associé au personnage de Superman. De manière ironique, c’est le moment précis où le projet semble enfin se débloquer. Un temps considéré pour reprendre les rênes de SUPERMAN : FLYBY, Bryan Singer refuse la proposition : « Ce n’est pas l’histoire que je veux raconter » avance le cinéaste. À la place, il propose donc SUPERMAN RETURNS, un projet quelque peu bâtard, puisqu’il prend appui sur le film de Richard Donner pour construire une fausse suite à la tonalité très nostalgique. La Warner offre donc une carte blanche au cinéaste qui a réussi à adapter les X-Men, espérant que le bougre saura effectivement faire revenir Superman sur le devant de la scène. Hélas, la vision de Singer repose beaucoup trop sur celle d’un autre pour convaincre : le comédien Brandon Routh est chargé d’imiter Christopher Reeve au mieux, au lieu de s’approprier le personnage, John Ottman doit « rendre hommage » au célèbre score de John Williams et certaines prises rejetées de Marlon Brando sont numérisées et réutilisées, afin d’assurer la continuité de l’intrigue. Le fait que le public ait drastiquement changé – sans parler des plus jeunes qui ne connaissent pas le film original – joue clairement en défaveur du film au box-office. À sa sortie en 2006, SUPERMAN RETURNS totalise 391 millions de dollars dans le monde entier.

« Officiellement », le projet en a coûté 270, et ces chiffres prennent en compte les nombreuses dépenses liées au development hell. Pour le studio, il est difficile de rebondir sur un film qui ne réinvente finalement rien et qui est, de plus, considéré comme une déception, surtout en regard de l’aura du personnage. En août 2008, peu de temps après la sortie en fanfare du nouveau Batman, THE DARK KNIGHT, le président de la production Jeff Robinov donne son sentiment sur SUPERMAN RETURNS et une éventuelle suite :

« SUPERMAN RETURNS n’a pas marché comme nous l’aurions espéré, à la fois au box-office et en tant que film en soi. Il n’a pas relancé le personnage comme celui-ci en avait besoin. Si le film avait marché à sa sortie en 2006, nous aurions certainement eu un film à Noël ou en 2009. Maintenant, l’idée est de relancer Superman sans prendre en compte les précédents films de l’univers DC ».

Au même moment, le studio reçoit plusieurs scénaristes et auteurs de comics, pour voir comment relancer le personnage au cinéma, sachant qu’une étrange histoire de droits pèse sur DC Comics, en relation avec les héritiers de Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman. Certains candidats potentiels – comme Mark Millar et Matthew Vaughn – évoquent la possibilité de faire un long projet épique de 8 heures, présenté en trois films qui sortiront un an après l’autre, à la façon du SEIGNEUR DES ANNEAUX. D’autres comme Grant Morrison proposent de se baser sur leur propre travail, en l’occurrence l’extraordinaire ALL-STAR SUPERMAN. Mais en février 2010, Christopher Nolan reprend la direction du projet en tant que producteur, grâce à l’optique intrigante du scénariste David S. Goyer. Et après avoir envisagé des réalisateurs comme Ben Affleck, Darren Aronofsky ou encore le regretté Tony Scott, c’est Zack Snyder qui décroche la timbale en octobre 2010. Quelques mois plus tard, le tournage de MAN OF STEEL débute à Chicago, en août 2011. Vu les résultats au box-office ce weekend, on peut dire que Superman a enfin repris son envol au cinéma, près de 35 ans après le chef-d’œuvre de Richard Donner.

5 Commentaires

  1. Zhibou

    Très bon article.
    Man of Steel semble avoir un accueil mitigé pour le moment. J’ai hâte de voir de quel coté vous allez penché.

  2. Sebastien

    Je pense qu’on peut deviner de quel coté ils penchent (du bon coté) .

  3. « la création d’un nouvel ennemi, Lexiac (ou Luthiac selon les versions du script), sorte de croisement organique entre Lex Luthor et Brainiac ! »

    C’est pas si saugrenue en fait et c’est intéressant car c’est devenu le climax de l’arc narratif des deux premières saisons de Justice League Unlimited

  4. Fab

    Bonsoir, quand allez vous publier la critique de Man of steel ???

  5. Katakkomb

    Un réel plaisir à lire (et relire des passages déjà présents dans Mad pour la sortie du Singer 😉 …) !!
    Dommage que le concept d’Alex Ford soit passé à la trappe, ça aurait pu être réellement épique !!

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