GÉRARDMER 2014 : NOTRE COMPTE-RENDU !

Après une année 2013 en petite forme, marquée par une sélection officielle unanimement critiquée, la 21ème édition du Festival de Gérardmer était attendue au tournant. Sous la houlette de son président Jan Kounen, réalisateur de DOBERMANN et BLUEBERRY, le jury devait départager huit films présentés dans le cadre de la compétition.

Petite précision : nous ne reviendrons par sur certains films, déjà chroniqués à l’occasion des derniers festivals de Strasbourg et Neuchâtel, notamment DARK TOUCH de Marina de Van, le décapant ALL CHEERLEADERS DIE de Lucky McKee, ou encore WE ARE WHAT WE ARE de Jim Mickle. Et il nous sera impossible de vous parler de MISS ZOMBIE ou de THE BADADOOK, que nous n’avons pas réussis à voir, à cause d’une gestion plus qu’approximative de l’accès aux salles par les organisateurs du festival.

Le giallo fait décidément l’objet de nombreux hommages ces derniers temps. BERBERIAN SOUND STUDIO, présenté l’an dernier, s’inscrivait déjà dans cette catégorie. Cette année, plusieurs long-métrages hors compétition reproduisaient les éléments caractéristiques du genre. Ainsi en est-il de L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS, réalisé par les Français Hélène Cattet et Bruno Forzani. Accueillis plus que fraîchement à Gérardmer en 2010 pour leur premier film AMER (plusieurs spectateurs étaient sortis de la salle), les deux cinéastes proposent à nouveau un hommage hypnotique et ultra-stylisé au giallo, qui exacerbe jusqu’à l’overdose les archétypes du genre. Sur une trame narrative volontairement allusive – Dan, un homme d’une quarantaine d’années, tente de retrouver sa femme récemment disparue – les metteurs en scène poursuivent leur plongée à l’intérieur de cette forme : mains gantées qui enserrent en gros plan le cou des victimes, armes blanches qui pénètrent et transpercent les peaux, musique rétro qui évoque certaines compositions d’Ennio Morricone ou des Goblin, décor baroque tout droit sorti de SUSPIRIA, érotisation de chaque meurtre jusqu’à l’extrême. Les séquences oniriques, qui s’inscrivent de façon lancinante et répétitive à la suite de scènes purement narratives, sont successivement marquées du sceau de divers procédés cinématographiques : jeu sur la symétrie des lieux, alternance de couleurs froides et chaudes, passage brutal de la couleur au noir et blanc, séquences entières en stop motion. Si le soin apporté à l’ensemble est incontestable, le long-métrage souffre de deux inconvénients majeurs. Il est déjà complexe de suivre avec passion l’intégralité d’un tel récit, mais la patte des réalisateurs rend l’immersion du spectateur encore plus problématique. Exacerbant la stylisation radicale de leur premier film, les réalisateurs ne proposent au final rien de nouveau. Bien qu’une telle saillie dans le cinéma de genre suscite l’admiration, on peut regretter qu’Hélène Cattet et Bruno Forzani n’intègrent pas davantage le spectateur dans leur réflexion.

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Dans le même registre, SONNO PROFONDO de l’Argentin Luciano Onetti, est l’exemple type du film inutile. Rejouant lui aussi les codes du giallo, la première œuvre du metteur en scène sud-américain devient rapidement insoutenable d’ennui. L’amateurisme du film ne le rend pas sympathique, mais vient au contraire souligner les multiples défauts dont il regorge. Il faut ainsi accepter de se taper, en caméra subjective, des gros plans inutiles sur le téléphone du tueur (qui traîne chez lui les mains gantées du matin au soir) ou sur le dallage de la cuisine et de l’hôpital. On trouve encore des séquences de fétichisme érotique aussi convenues que téléphonées. Le réalisateur aurait pu mieux s’entourer, ou tout simplement trouver quelques collaborateurs dignes de confiance, susceptibles de pointer du doigt les scories de son projet. Crédité à la réalisation, à la production, au scénario, à la direction de la photo, au montage, à la musique et même à l’interprétation, Luciano Onetti réalise peut-être le trip personnel de ses rêves, mais certainement pas un hommage digne d’intérêt pour les spectateurs potentiels, comme exclus de cette tentative.

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Dans une autre veine, et toujours hors compétition, le festival permettait de découvrir un premier film particulièrement intéressant, L’EMPRISE DU MAL (traduction très maladroite et inadéquate du titre espagnol, LA SENDA, qui signifie « la voie », « le chemin »), réalisé par Miguel Angel Toledo. Le récit narre la descente aux enfers de Raul, joueur d’échecs au bord de la dépression, qui tente de sauver son mariage en emmenant sa femme Ana et son fils Nico à la campagne le temps des fêtes de Noël. Lorsque Samuel, le seul voisin dans les parages déserts, s’approche d’un peu trop près de sa femme, Raul est pris d’une folie latente. À la frontière entre rêve et réalité, le père de famille se sent comme poussé par une envie irrépressible de meurtre. Le long-métrage bénéficie en premier lieu de l’incontestable travail d’écriture de Juan Carlos Fresnadillo, metteur en scène de l’excellent 28 SEMAINES PLUS TARD, crédité au scénario sur ce film. Le chemin vers la folie est marqué par une évocation symbolique, dont le sens se déploie au fur et à mesure, à chaque fois que Raul prend conscience de sa plongée dans le délire. Ainsi, dans l’une des séquences-clés, le protagoniste comprend l’étendue de sa folie en apercevant sa propre image dans le reflet des yeux de son fils, lequel l’associe, visuellement, au méchant du théâtre de guignol qu’il affectionne. Toute l’intelligence du film est de souligner ce déséquilibre psychologique en adoptant le seul point de vue du père de famille : ce n’est pas le schisme familial qui donne sens à la dérive dépressive et meurtrière de Raul, mais la manière dont il perce à jour, par lui-même et peu à peu, son propre pétage de plombs. En adoptant le regard du pater familias, et en traitant le désordre intérieur au plus près de l’effroi ressenti par l’intéressé, le cinéaste fait, sans distance et très adroitement, monter la tension, jusqu’à un final qui reprend avec intelligence le concept de boucle temporelle. Si le film rate peut-être son climax en changeant brutalement de style avec un retour en arrière stylisé qui redonne facticement vie à la femme assassinée, la facture globale, à la fois simple et toujours justifiée, vient largement pondérer cette petite faute de goût.

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Les films à sketches sont rarement de grandes réussites. La première partie de TALES FROM THE DARK, avec ses trois segments appréhendant la figure du fantôme dans l’imaginaire chinois, n’échappe pas à la règle. La partie initiale, STOLEN GOODS, constitue la première tentative de Simon Yam en tant que réalisateur, lui qui a été découvert pour ses talents d’acteur dans UNE BALLE DANS LA TÊTE de John Woo avant de devenir le comédien fétiche de Johnnie To durant les années 2000. Ce court-métrage gravite autour du vol d’urnes funéraires par un homme démuni, confronté à la misère de Hong Kong. Et il a tous les défauts d’un première réalisation. Simon Yam peine à trouver son style dans cette mise en scène ultra-énergique : plans subjectifs, décadrages, raccords brutaux, et influence palpable du style de Johnnie To, entre couleurs ultra léchées et humour burlesque. Il faudra donc attendre la prochaine réalisation de l’acteur pour être véritablement convaincu par ses talents de metteur en scène. A WORD IN THE PALM, réalisé par Lee Chi-Ngai, est un récit fantastique à forte connotation grotesque. En effet, la figure du fantôme est ici associée à deux personnages volontairement artificiels, un medium de pacotille sur le point de tirer sa révérence et une obscure vendeuse de pierres en toc. La facture publicitaire, renforcée par la présence de néons aux couleurs outrageusement kitsch, confère au film une touche humoristique par instant inopportune. Ainsi, le réalisateur oscille entre une peinture mélancolique des croyances ancestrales (ces prophètes déclassés remplacent les taoïstes et leur spiritualité d’antan) et une évocation quasi burlesque d’un drame intime (le suicide d’une jeune femme abandonnée par son amant). Cette trop grande hétérogénéité des tons rend très difficile l’immixtion du spectateur. Le dernier segment, mis en scène par Fruit Chan, est sans conteste le plus réussi des trois. A l’instar de son traitement ambigu du cannibalisme dans NOUVELLE CUISINE, le cinéaste hongkongais traite de la pauvreté sociale dans JING ZHE. Alors que le récit fait dans un premier temps l’apologie d’une médium sans ressource, consultée par les riches pour régler leurs problèmes, une bifurcation se profile assez rapidement, qui fait progressivement dériver cette histoire de fantômes vers le revenge movie. Le spectre, qui a été en réalité assassiné par la médium, fait justice lui-même pour quitter le monde des vivants avec dignité. La dernière séquence est emblématique, plaçant en son cœur ce personnage violent, réconcilié, qui obtient son salut par le meurtre de ceux qui ont causé sa perte. Plus qu’un film fantastique, Fruit Chan peint le parcours d’une femme qui lutte pour retrouver sa dignité.

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Les autres films présentés hors compétition nous ont laissé sur notre faim. STATIC, réalisé par le cinéaste américain Todd Levin, raconte l’histoire de Jonathan, écrivain, dont la relation avec sa femme bat de l’aile suite au décès de leur enfant. Lorsqu’une mystérieuse femme prénommée Rachel fait irruption à leur domicile, poursuivie par d’obscurs tueurs masqués, le couple doit affronter à la fois les envahisseurs et leurs propres démons intérieurs. Home Invasion d’un classicisme éprouvé, STATIC est un premier film sans prétention, malheureusement gangréné par des erreurs lourdingues qui plombent progressivement la trame principale. En premier lieu, si l’on est content de retrouver l’acteur Milo Ventimiglia, il est tout de même curieux de le voir incarner, tout comme dans KISS OF THE DAMNED (présenté cette année en clôture mais déjà projeté au Festival de Strasbourg), un écrivain marqué par un traumatisme profond : son jeu, beaucoup plus physique que psychologique, ne se prête pas franchement à ce type de composition. D’autre part, le récit patine assez rapidement, plombé par des incohérences scénaristiques gênantes. Le spectateur assiste aux déambulations de Jonathan, armé d’une batte de baseball, au nez et à la barbe des agresseurs, présents dans la même pièce que lui quelques minutes auparavant. Enfin, entre fuite à l’extérieur de la maison, retour vers les lieux pour « comprendre ce qu’il se passe », et dialogues de couple pesamment réconciliateurs, le tout s’articule avec beaucoup de difficultés. Pour finir, le twist final, qui tire le film vers le mélo au moyen d’une évocation lourdingue du travail de deuil, achève de briser l’atmosphère globale du récit.

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ACROSS THE RIVER, de l’Italien Lorenzo Bianchini, narre l’équipée scientifique d’un spécialiste de la faune sauvage. Marco Contrada, qui recense les espèces animales dans une forêt italo-slovène, découvre que les bêtes sont attaquées par une bien curieuse créature, qui semble prendre naissance dans un village en ruines non loin de là. Entre séquences en caméra subjective particulièrement illisibles et balades en montagne répétitives, le long-métrage s’essouffle avant même d’avoir commencé. Le metteur en scène abuse de gros plans sur le pare-brise du véhicule pour insister sur l’humidité des lieux, et recourt systématiquement aux plans larges pour souligner l’immensité de la forêt. Lorgnant par instant vers le found footage, le film pêche par une réalisation bancale et soporifique, et ressemble davantage à un film ethnographique qu’à un long-métrage de cinéma.

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Dans la catégorie des films d’exploitation sans grand intérêt, PATRICK, mis en scène par l’australien Mark Hartley, se pose là. Kathy, infirmière, est engagée dans une clinique isolée, située quelque part le long de la côte, pour s’occuper de patients dans le coma. Le docteur Roget (incarné par Charles Dance) lui confie la garde de Patrick, jeune comateux doté de pouvoirs paranormaux. Le problème essentiel du long-métrage, qui est d’ailleurs le remake du film éponyme réalisé en 1978 par Richard Franklin, est qu’il accumule tous les clichés possibles : de la rencontre fortuite avec le beau gosse du coin jusqu’au traumatisme psychologique de l’infirmière en chef (qui n’a rien d’autre à faire que de brutaliser la jeune recrue), l’histoire n’est qu’une bien pâle copie de tous les stéréotypes déjà vus par le passé. Le clou du spectacle réside dans le pouvoir télé-kinésique de Patrick, qui l’use pour googueuliser Kathy, pirater son compte twitter, ou blesser tous les hommes qui s’intéressent d’un peu trop près à elle (au cours d’une séquence qui rappelle d’ailleurs étrangement LE VILLAGE DES DAMNÉS de John Carpenter). Bref, un film fantastique sans grand intérêt, qui devrait au mieux rejoindre la légion de produits de ce type, disponibles dans n’importe quel hypermarché qui se respecte.

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Malgré ses innombrables défauts, ALMOST HUMAN, réalisé par l’américain Joe Begos, est un film d’exploitation infiniment plus réussi. Si le récit reprend tout d’abord une trame classique de la science-fiction – Mark, quelque part au fin fond des États-Unis, est « emmené » par une mystérieuse lumière bleue évoquant une puissance extraterrestre – l’histoire prend ensuite un autre virage, s’inscrivant dans la droite ligne de L’INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURES de Don Siegel. La vraie trame du récit est celle du retour de Mark, deux ans plus tard, doté d’un pouvoir qui lui permet de prendre possession du corps de ses semblables. Emprisonnés dans des cocons, ces derniers renaissent dénués de tout sentiment humain. A partir de ce canevas, le metteur en scène reprend de nombreuses séquences cultes du cinéma fantastique : l’héroïne principale s’enferme dans une penderie pour se cacher de son agresseur de la même manière que le personnage de Laurie Strode dans HALLOWEEN de Carpenter ; les séquences de « renaissance » des victimes bénéficient de la même production-design que le BODY SNATCHERS réalisé par Abel Ferrara en 1993, sans parler du cri poussé par le monstre, réplique exacte de tous les films du genre. Outre ce recopiage en règle, le problème essentiel du long-métrage tient dans son manque de hauteur de vue : la réflexion proposée par le titre, « presque humain », est totalement mise de côté. Il faut attendre le dernier plan pour que l’ébauche d’une problématique vienne sous-tendre l’histoire, au moyen d’une phrase qui questionne enfin, mais du bout des lèvres, l’inhumanité supposée de ces personnages apparemment humains mais intérieurement monstrueux. Cependant, malgré un manque flagrant d’ambition, et bien que son découpage ne soit pas toujours d’une rigueur absolue, ALMOST HUMAN reste un film d’exploitation plutôt sympathique.

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Dans la catégorie des documentaires, SUPER 8 MADNESS !, de Fabrice Blin, prétend, selon les dires du réalisateur présent à la projection, comprendre l’essor du format durant les années 1980. En réalité, le documentaire revient avec force détails sur le Festival du super 8 fantastique de Paris, avec les commentaires des membres de l’équipe de l’époque à l’appui, Jean-Pierre Putters (producteur du doc), Jean-Marc Toussaint (monteur) ou encore Fabrice Blin lui-même. Si le film est émaillé d’anecdotes fun et d’extraits carrément barrés, issus des films de cette époque, on aurait aimé obtenir davantage de précisions quant aux caractéristiques principales du format et à ses spécificités. Focalisé sur le seul festival de Paris, le documentaire n’est au final qu’un empilement d’anecdotes sans grande portée.

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Projeté en compétition, LAST DAYS ON MARS de Ruairi Robinson n’est pas désagréable à regarder, mais sans grande innovation : il respecte tous les attendus d’un film de science-fiction. Lors des dernières heures d’une mission apparemment vaine sur Mars, l’un des astronautes en exil finit par découvrir in extremis une mystérieuse forme de vie bactérienne. À la suite d’une explosion, on le retrouve mort dans un trou. Cependant, comme tous ceux qui se font progressivement contaminer, il revient à la vie sous la forme d’un zombie tueur. La formule canonique du genre s’élargit ici, de manière parfois un peu gratuite, et frôle le body snatchers, lorsqu’on ne sait plus si les anciens coéquipiers sont devenus, ou non, des ennemis assoiffés de sang. Enfin, une esquisse d’histoire d’amour se noue entre les deux personnages principaux et derniers rescapés de la contamination extraterrestre qui prolifère sans répit (décimant l’équipage du vaisseau qui aurait pu les sauver). Le thème du sacrifice est alors omniprésent dans les séquences finales. La mise en scène est d’un classicisme éprouvé, même si la représentation de Mars en désert et en tornade de poussière dit bien l’isolement extrême des protagonistes coupés de tout et confrontés à la vie menaçante, inconnue et rampante. Le scénario, qui suit une trame des plus traditionnelles, parvient néanmoins à émouvoir lors de quelques scènes fortes. L’unique rescapé dérive dans l’espace, laissant ouvert son destin, entre sauvetage possible et suicide prévisible : l’égratignure qu’il arbore semble le signe d’une contamination qui détruirait l’espèce humaine… Un long-métrage qui ne casse pas la baraque mais qui permettra aux amateurs du genre d’y trouver leur compte.

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Le meilleur film en compétition que nous ayons vu est sans conteste ABLATIONS, d’Arnold de Parscau, petite trouvaille écrite par Benoît Delépine, membre de l’équipe Groland et réalisateur, en 2004, d’AALTRA avec son pote Gustave de Kervern. Avant la projection, le scénariste a annoncé avoir rédigé le scénario d’une traite, un lendemain de cuite, à la suite d’un rêve au cours duquel on lui enlevait un de ses membres. Delépine, qui cherchait un jeune cinéaste français pour mettre en scène cette histoire, affirme être tombé par hasard sur le nom d’Arnold de Parscau en farfouillant sur le Net. Le réalisateur, qui déclare être profondément influencé par Polanski et Lynch, est également venu à Gérardmer présenter son film, deux ans après sa première sélection vosgienne pour son court-métrage TOMMY. Le récit présente ainsi la dérive émotionnelle d’un homme qui se fait voler un rein durant son sommeil à la suite d’une soirée particulièrement arrosée dont il ne garde aucun souvenir. Le long-métrage fait le pari d’entremêler les styles et les références : le récit d’investigation,  au cours duquel le héros tente de cerner les raisons de cette opération chirurgicale un peu particulière, la dérive psychique du personnage, traumatisé par son expérience, qui perd pied peu à peu et sombre dans la paranoïa, et enfin l’humour noir, qui déjoue les archétypes du genre et apporte un vent de fraîcheur par petites touches. Si la finesse du mélange est incontestable, rehaussée par un acteur principal en phase avec le sujet (Denis Ménochet, habité par le rôle), le problème réside par instant dans le passage d’un registre à l’autre, comme si le réalisateur avait du mal à trouver directement le rythme adéquat. Les séquences oniriques, empreintes d’un rouge flamboyant qui rappelle le TWIN PEAKS de David Lynch, tombent parfois comme un cheveu sur la soupe, peu préparées par les fulgurances humoristiques précédentes. En revanche, l’incontestable soin apporté à la mise en scène contrebalance largement les scories de ce premier long-métrage.

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RIGOR MORTIS, première œuvre du hongkongais Juno Mak, est un film de fantômes totalement barré produit par le Japonais Takashi Shimizu (THE GRUDGE). Le récit suit tout d’abord les pérégrinations de Chin Siu-Ho, ancienne star de cinéma désormais abonnée au rôle de chasseur de vampires, venu se réinstaller dans le HLM de son enfance. Alors qu’il tente de mettre fin à ses jours, il est assailli par un démon tout droit sorti de l’un des murs de l’appartement. Chin est secouru par l’un des locataires, sorte de moine taoïste des temps modernes, qui décide de le prendre sous son aile. Dès le début du récit, le cinéaste convoque plusieurs genres, servis par une mise en scène échevelée : chronique sociale sur la pauvreté à Hong Kong, trip d’art martial, ou encore évocation de rites ancestraux chinois. Chaque séquence devient le théâtre d’envolées formelles de toutes sortes, entre décadrages brutaux, travellings circulaires, changements de rythme radicaux, ou même passage subreptice au noir et blanc. Cependant, les choix esthétiques du metteur en scène ne sont pas toujours d’une finesse irréprochable. Les effets numériques sont parfois laids et certaines décisions de mise en scène, notamment un ralenti sur le monstre durant le climax, risquent même de provoquer l’hilarité générale. Bref, le manque de tenue dans la conduite de l’intrigue, avec une galaxie de personnages sans réelle cohérence, tire le film vers le morceau de bravoure décomplexé, parfois impressionnant, souvent horripilant, et par instant involontairement drôle.

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Au final, la 21ème édition du festival de Gérardmer nous a permis de découvrir des films globalement meilleurs que l’an dernier, sans atteindre les sommets. Il manquait une œuvre du calibre de MAMA, Grand Prix l’an dernier, qui aurait pu illuminer l’ensemble de la compétition. Quant à savoir si MISS ZOMBIE et THE BADADOOK rattrapaient quelque peu le manque d’éclat global, nous ne saurions vous le dire puisque nous n’avons pu assister à ces projections. Quitte à nous répéter, nous déplorons le manque de considération des organisateurs pour la presse désireuse de voir des films dans de bonnes conditions.

À LIRE ÉGALEMENT :
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FEFFS 2013, notre compte-rendu.
Lucky McKee nous parle de ALL CHEERLEADERS DIE

PALMARÈS
Grand Prix MISS ZOMBIE
Prix du Public THE BADADOOK
Prix du Jury THE BADADOOK et RIGOR MORTIS (ex æquo)
Prix de la Critique THE BADADOOK
Prix du Jury Jeunes THE BADADOOK
Prix du Jury SyFy THE SACRAMENT
Grand Prix du Court-Métrage THE VOICE THIEF

4 Commentaires

  1. s@nzissu

    « nous déplorons le manque de considération des organisateurs pour la presse désireuse de voir des films dans de bonnes conditions »

    > Je dirais même pour les spectateurs lambda tout court!
    Gerardmer reste le seul festoche où j’ai mis les pieds où les places semblent être vendues « à perte » : avoir son billet (ni nom de film, ni horaire o0) ne garantit pas l’accès en salle!
    Je me souviens de ce moment hallucinant où j’ai vu un bon tiers de la salle se lever avant même la fin d’une projection pour aller fissa faire la queue dans l’espoir d’assister à la séance suivante!
    Du grand, grand n’importe quoi.

  2. Pour avoir été à Gérardmer cette année et précédemment en 2011 et avoir dans les deux cas bénéficié d’accréditations, même si ce n’est pas parfait, c’est quand même mieux qu’avant ! Je me souvient qu’en 2011, toutes les personnes accréditées passaient devant toute la file d’attente alors que cette année, seule les badges rouges (partenaires et professionnels) avaient la priorité avec les invités du festival !
    Du coup, les bloggeurs et autres journalistes devaient faire la queue comme tout le monde, ce qui a permis à plus de spectateurs lambdas de pouvoir rentrer dans les salles !
    L’autre problème majeur de Gérardmer c’est la capacité des salles … Quand on voit l’affluence qu’il y a lors du festival 25.000 à 30.000 entrées selon les organisateurs), il est à noter que la plus grande salle (Espace LAC) ne fait « que » 700 places, les autres en moyenne 300, donc du coup difficile de faire plus car à chaque séance que j ai pu assister (sauf pour 300 ou la nuit fantastique) les salles étaient quasiment pleines à chaque fois.
    Gérardmer est plutôt victime de son succès et de son manque de structures adéquates pour accueillir un événement de ce style.

  3. Bon, je craque. Je peux pas laisser passer un CR aussi foireux, désolé. Les gars, c’est quoi ce bordel ? Vous avez zappé Miss Zombie et Babadook, qui, meilleur que Mama, a raflé tous les prix !!? La gestion des organisateurs n’y est pour rien, elle était même plutôt bonne, cette année. Assumez vos choix, oh !!

    Quant à ça, qui me sort par les yeux :

    > « Les films à sketches sont rarement de grandes réussites. La première partie de TALES FROM THE DARK, avec ses trois segments appréhendant la figure du fantôme dans l’imaginaire chinois, n’échappe pas à la règle. »

    … pour le coup, vous êtes des guignols. C’est du tout bon, Tales from (…) adapté des écrits de Lillian Lee – « Green Snake », non ? « Rouge », non plus ? – et la suite, que vous avez raté, « Tales from the Dark 2 », est encore meilleure. J’adore les films à sketch, sur le registre horrifique ils sont souvent pertinents – VHS2, qui vous avez aussi loupé comme des grosses buses, est excellent. Creepshow, Tales from the darkside et tous les films « portmanteau » nés – je crois – de la Hammer dans les années 60, c’est de la merde ? Oh !!!!!!!!

    Mon petit CR à moi, que vous pouvez piétiner pour vous venger de cet odieux post :

    http://www.cinemasie.com/fr/fiche/dossier/477/

    a++ & sans rancune,

    Arnaud

  4. brotch

    Sur RIGOR MORTIS, vous dites : « Les choix esthétiques du metteur en scène ne sont pas toujours d’une finesse irréprochable. Les effets numériques sont parfois laids et certaines décisions de mise en scène, notamment un ralenti sur le monstre durant le climax, risquent même de provoquer l’hilarité générale. Bref, le manque de tenue dans la conduite de l’intrigue, avec une galaxie de personnages sans réelle cohérence, tire le film vers le morceau de bravoure décomplexé, parfois impressionnant, souvent horripilant, et par instant involontairement drôle. »

    Je pense que ce décalage, le fait que vous soyez déconcerté par l’esthétique du film, peut venir tout simplement de la différence culturelle. Pour voir pas mal de films d’horreurs asiatiques, je peut vous dire que ces choix esthétiques exubérants ne font pas tâches au vue du cinéma asiatique habituel.
    J’ai beaucoup aimé ce film personnellement, j’ai trouvé que le mélange d’influences et cette galerie de personnages disparates fonctionnaient très bien, liés qu’ils sont par une intrigue claire (bien que pleine de mystère), par une unité géographique bien utilisée (l’immeuble) et une esthétique exubérante qui hurle au spectateur : soit tu acceptes cet univers visuel, soit tu parts. C’est vrai qu’il n’y a aucune retenue dans la mise en scène de Shimizu, mais je trouve cette générosité bienvenue. C’est comme quand on regarde Pacific Rim : soit on se laisse prendre par ce qui se passe à l’écran, soit on passe à côté du film.

    Après, pour un public occidental qui pense le surnaturel uniquement sous l’angle scientifique/structraliste, ce genre de film ne soulèvera pas l’enthousiasme.

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