GÉRARDMER 2013 : NOTRE COMPTE-RENDU !

Depuis quelques années déjà, le Festival du Film Fantastique de Gérardmer est régulièrement menacé de disparition. Pourtant, la vingtième édition vient d’avoir lieu. Et c’est Christophe Lambert, l’interprète de GREYSTOKE, LA LÉGENDE DE TARZAN, de SUBWAY, mais aussi du célèbre HIGHLANDER, qui présidait le jury. Retour sur les films marquants de la sélection !

Le premier long-métrage de la compétition officielle était THE COMPLEX, dernier film d’Hideo Nakata, déjà récompensé voici près de dix ans à Gérardmer pour son excellent DARK WATER. Film de fantômes dans lequel une jeune femme voit des morts dans l’appartement voisin du sien, THE COMPLEX est une œuvre fine, dotée d’une très belle photographie, mais malheureusement trop déséquilibrée dans sa construction narrative. Tour à tour histoire de famille, film de fantômes, réflexion sur la culpabilité, et critique de l’individualisme à l’œuvre dans la société japonaise d’aujourd’hui, le rythme du film est assez confus. Le réalisateur hésite constamment entre ces différents registres, au risque de perdre son spectateur en cours de route. De plus, parce que la mise en scène de Nakata est volontairement glaciale, il devient rapidement difficile pour le spectateur d’entrer émotionnellement dans le film et de partager le sentiment de culpabilité qui habite l’héroïne. La beauté de certaines séquences ne parvient malheureusement pas à contrebalancer la lenteur et les nombreuses maladresses du récit.

Le deuxième long-métrage en compétition officielle fut HOUSE OF LAST THINGS, mis en scène par le réalisateur américain Michael Bartlett. Alan, critique musical, et Sarah, son épouse dépressive, s’exilent en Italie pour un mois de vacances. Ils confient leur domicile à la jeune Kelly, bientôt rejointe par son copain Jesse, puis son frère Timothy. Des souvenirs vont peu à peu prendre vie et envahir les nouveaux habitants de la maison. Film à l’atmosphère proche de celle du TWIN PEAKS de David Lynch, HOUSE OF LAST THINGS est un film fantastique trop décousu pour convaincre. Après une séquence introductive visuellement réussie (un ralenti sur une partie de golf), le film tourne rapidement à la farce, au moyen de séquences quasiment burlesques, et d’un jeu d’acteurs beaucoup trop théâtral. Le récit devient peu à peu incompréhensible ; l’histoire du couple parti en Italie et celle de la famille occupant la maison se télescopent de façon aléatoire. Le réalisateur peine à trouver le ton juste et livre un film par moment intrigant mais souvent horripilant.

L’un des films les plus faibles de la compétition était sans conteste la comédie REMINGTON AND THE CURSE OF THE ZOMBADINGS, réalisée par le philippin Jade Castro. Le film brosse le portrait d’un jeune homme qui, envoûté par un sortilège qui le « condamne » à l’homosexualité, devient la proie d’un serial killer qui ne s’attaque qu’à la communauté gay. REMINGTON est une comédie lourdingue et navrante qui ne méritait absolument pas sa place dans la compétition officielle.

THE CRACK, du cinéaste Alfonso Acosta, fait également partie des œuvres mineures présentées cette année. Un an après le décès de sa sœur, Tomas part à la campagne en compagnie de toute sa famille. Très affecté par cette disparition, Tomas se replie sur lui-même et peine à communiquer, même avec son propre frère. Les rapports qu’il entretient avec son entourage vont peu à peu se dégrader. Sa tante, pourtant peu aimée par le reste de la famille, est la seule personne dont Tomas se sent proche. Le problème essentiel du film d’Acosta tient dans son extrême lenteur et son récit inachevé. De surcroît, il n’émane du film aucune dimension fantastique ; le récit ne fait qu’enchaîner des scènes intimistes répétitives, s’enlisant ainsi dans un faux-rythme totalement rédhibitoire. On voit Tomas pleurer, sa mère couper un chou, prendre la voiture, son grand frère jeter des cailloux dans le lac, et ses petits frères boire des chocolats chauds. Tout ceci est d’un intérêt palpitant donc.

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YOU’RE NEXT, slasher post-moderne parodique et superficiel, fut l’un des films les plus désespérants de la compétition. Sachant que son metteur en scène, Adam Wingard, avait participé au calamiteux V/H/S que nous avions déjà chroniqué à l’occasion du dernier Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, nous ne pouvions qu’être méfiant au moment d’entrer dans la salle. Le visionnage du film confirmera toutes nos craintes. YOU’RE NEXT est un slasher faussement malin, qui ne prend jamais son sujet au sérieux (l’attaque d’une riche famille américaine par une poignée de forcenés masqués dans une grande maison isolée) et verse dans la distanciation parodique. De plus, la mise en scène à la shaky cam rend l’action fréquemment illisible. La tension ne se crée pas en filmant n’importe quoi n’importe comment ; faire trembler une caméra, ce n’est pas faire du cinéma.

Film de contamination façon found footage, THE BAY avait la particularité d’être mis en scène par Barry Levinson, le réalisateur de RAIN MAN, HARCÈLEMENT ou encore SPHÈRE. Le récit se déroule intégralement dans une petite ville des États-Unis, Chesapeake Bay, au sein de laquelle un parasite se développe et contamine peu à peu toutes les personnes ayant été en contact, direct ou indirect, avec l’eau du lac local. L’extrême rapidité de la croissance du parasite est due à la fois aux conséquences de la fissure d’un réacteur nucléaire situé non loin de là et aux déchets industriels déversés dans la baie. Le long-métrage du réalisateur américain ne brille pas par son originalité formelle. Il reprend le dispositif du found footage qui gangrène le cinéma d’horreur depuis quelques années maintenant. De surcroît, le message politique est trop évident. Levinson s’ingénie à critiquer la politique menée par les républicains au moyen de symboles balourds et redondants. Enfin, si la dernière demi-heure est assez réussie (la gravité de la situation atteint des proportions proprement terrifiantes), l’exposition est beaucoup trop longue, le réalisateur se contentant de présenter le quotidien d’une petite ville américaine. Barry Levinson n’a pas réalisé d’œuvre importante depuis bien longtemps, et ce n’est certainement pas avec THE BAY qu’il s’offrira un nouveau départ.

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BERBERIAN SOUND STUDIO, de Peter Strickland, est un hommage au giallo. Gilderoy, ingénieur du son anglais, est embauché par un studio italien pour travailler sur un film d’horreur. Ce dernier, qui n’a jamais participé à la fabrication d’un film de ce genre, est peu à peu déstabilisé par la violence qu’il doit illustrer au moyen de sa musique et par l’atmosphère délétère qui règne dans le studio. Peter Strickland a manifestement un goût prononcé pour les films de Dario Argento. Son film est truffé d’éléments caractéristiques des œuvres du cinéaste transalpin : le soin apporté aux couleurs, l’omniprésence des femmes, tour à tour séductrices et vengeresses, la place accordée au fétichisme ou à la sorcellerie (on pense évidemment à SUSPIRIA et INFERNO). Par moment envoûtant, proposant un travail sur le son remarquable, le film pêche par son scénario, maigre et répétitif. La dernière partie du long-métrage, qui ressemble à du David Lynch dernière période (MULHOLLAND DRIVE, INLAND EMPIRE), complexifie le récit de façon artificielle et maniérée. Si le scénario avait été à la hauteur de la réalisation, BERBERIAN SOUND STUDIO aurait pu être l’un des films marquants du Festival.

Le meilleur film de cette vingtième édition aura été MAMA, mis en scène par le jeune réalisateur argentin Andres Muschietti, et produit par l’incontournable Guillermo Del Toro pour le compte du studio Universal. Narrant l’histoire de deux petites filles abandonnées par leur père et recueillies par leur oncle après cinq années passées à survivre dans une cabane perdue en plein cœur de la forêt, MAMA est un film fantastique émotionnellement intense, croisement entre le conte pour enfant, le mélodrame familial et le film de fantômes. Muschietti, dont c’est pourtant le premier long-métrage, affiche une réelle maîtrise toute professionnelle dans sa manière d’illustrer, par le biais de deux personnages différents, l’amour d’une mère pour son enfant. D’un côté l’amour d’une mère imaginaire, fantôme à la fois merveilleux et démoniaque qui « élève » les enfants dans la forêt, et de l’autre l’amour d’une femme qui découvre le sentiment maternel naître petit à petit en elle au contact des enfants. De par l’intensité des émotions qui s’en dégagent, et malgré quelques arcs narratifs un peu voyants, le long-métrage de Muschietti mérite amplement le Grand Prix qui lui a été décerné.

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THE END, s’il n’atteint pas les mêmes sommets que MAMA, démontre une fois de plus l’intelligence du cinéma de genre espagnol. Des amis d’enfance se retrouvent, pour la première fois depuis vingt ans, dans une grande maison nichée en pleine montagne. Les retrouvailles ne se passent pas exactement comme ils le souhaitaient, tant en raison de l’atmosphère délétère qui règne dans le groupe que d’une panne généralisée qui touche toutes les sources d’énergie à disposition. Le lendemain, lorsque le groupe se met en route pour chercher de l’aide, toute trace de vie humaine semble avoir disparu aux alentours. Réalisé par Jorge Torregrossa, THE END est un film post-apocalyptique dont la simplicité est le grand atout. Insistant sur la manière dont les personnages ressentent et appréhendent l’inconnu, Torregrossa met en scène des situations dont le décalage avec la réalité produit un effet d’étrangeté à la fois sidérant et poétique (l’apparition d’un vautour dans une cuisine abandonnée, la présence d’un lion dans une ville côtière dont tous les habitants ont disparu). Il est dommage que le début du film soit si faible, l’exposition des différents personnages étant trop stéréotypée pour convaincre totalement. La seconde partie, au cours de laquelle la mise en scène de Torregrossa semble plus inspirée, confère au long-métrage une réelle intensité dramatique, jusqu’à un final poignant.

Hors compétition, un film a retenu l’attention. Il s’agit de FORGOTTEN, réalisé par l’allemand Alex Schmidt. Hannah et Clarissa, deux amies d’enfance, décident de retrouver l’île sur laquelle, petites, elles passaient leurs vacances. Des souvenirs vont à peu remonter à la surface. Un terrible secret hante encore la conscience de Hannah. Sorte de transposition du fantastique à l’espagnole dans le cinéma allemand, FORGOTTEN (traduction d’ailleurs peu fidèle du titre allemand, qui signifie littéralement « Tu m’avais promis ») est à la fois un film de fantôme, un conte, et une réflexion sur l’oubli et la culpabilité. Très réussi dans sa première partie, notamment grâce au jeu des deux actrices principales, le film pêche cependant par un traitement assez télévisuel et une deuxième partie qui traîne quelque peu en longueur. Le twist de fin est d’ailleurs trop lourdement surligné. FORGOTTEN est un film sincère auquel manque simplement un peu d’intensité. En voici un extrait.

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THE CONSPIRACY est un found footage qui propose l’histoire de deux jeunes réalisateurs menant une enquête sur une sorte de théoricien du complot. Rapidement influencés par la force de conviction de ce « prophète des temps modernes », les deux reporters décident de poursuivre son œuvre lorsque ce dernier disparaît soudainement. « Documenteur » dans la veine du DERNIER EXORCISME de Michael Stamm, THE CONSPIRACY a pour lui l’attrait de son sujet et la coïncidence entre son procédé (la caméra subjective) et son propos (la théorie du complot). En effet, le développement d’Internet a permis la montée en puissance de toutes sortes de théories, aussi farfelues que peu documentées, prétendant que notre monde serait guidé par des forces occultes. Cependant, THE CONSPIRACY s’en tient à l’exposition de cette idée et finit par se répéter, encore et encore, sans proposer d’autres pistes. Le film tourne en rond, jusqu’à un final franchement ridicule, trop peu réaliste pour être crédible.

DAGMAR, L’ÂME DES VIKINGS est un long-métrage réalisé par le metteur en scène du célèbre (et peu intéressant) COLDPREY. Croisement entre le film de viking et le survival, le récit nous propose l’histoire d’une jeune femme, Signe, dont la famille est assassinée par Dagmar, guerrière implacable et sanguinaire. Signe, prise au piège par cette dernière, va tout faire pour lui échapper. Le film de metteur en scène norvégien Roar Uthaug n’est pas une réussite totale, loin de là. Manquant de lyrisme, échouant à mettre en place des séquences véritablement épiques, DAGMAR est un film sympathique mais mineur, dont la seule originalité reste de confier les rôles principaux d’un film de viking à des femmes.

Dans la catégorie des slashers stéréotypés, LA MAISON AU BOUT DE LA RUE occupe une place de choix. Elissa et sa mère s’installent dans une nouvelle ville et découvrent rapidement que la maison voisine a été le théâtre d’une tragédie particulièrement violente. Une jeune fille y a assassiné ses parents et a réussi à s’enfuir, malgré les recherches effectuées par la police. Son frère, au sujet duquel court de nombreuses rumeurs, vit désormais seul dans la grande demeure familiale. Le film de Mark Tonderai est une succession de clichés sans vie, de l’adolescente faussement rebelle et forcément attirée par le bad boy du coin, au twist final révélant la fracture psychologique du tueur. Toutes les situations se révèlent terriblement prévisibles et finissent par ne susciter qu’un ennui profond.

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Notons un discours de cloture étonnant de la part de Christophe Lambert, qui a signifié que la sélection de films d’un festival de cinéma fantastique se devait d’être principalement… de genre fantastique. Cela peut paraître simple comme ça, et pourtant il fallait le rappeler, puisque c’est un peu le souci de cette édition 2013 à Gérardmer. Snobisme quand tu nous tiens ? Quoi qu’il en soit, le discours est visible dans la vidéo ci-dessous, mise en ligne par l’association Les Films d’à côté. On les en remercie !

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Au final, la vingtième édition du Festival de Gérardmer n’a donc pas permis de découvrir pléthore de grands films. Mis à part MAMA, THE END, ou FORGOTTEN, peu de titres ont retenu notre attention. En revanche, grâce au travail de tous les bénévoles, l’ambiance est toujours aussi bonne dans la petite station vosgienne. Espérons que le Festival se poursuive l’an prochain, alors que les rumeurs annonçant sa fin sont plus insistantes que jamais. Wait and see.

PALMARÈS
Grand Prix MAMA
Prix du Public MAMA
Prix du Jury BERBERIAN SOUND STUDIO et THE END
Prix de la Critique BERBERIAN SOUND STUDIO
Prix du Jury Jeunes MAMA
Prix du Jury SyFy YOU’RE NEXT
Grand Prix du Court-Métrage MORT D’UNE OMBRE

4 Commentaires

  1. Koopa

    Super compte-rendu, comme d’habitude !

  2. Reda

    Et Cloud Atlas alors ?

  3. Je ne suis pas du tout d’accord sur « You’re Next », en effet, le film ne se prend pas complètement au sérieux mais ça fait justement partie de ses qualités, de son humour. Il détourne un peu codes habituels du slasher : à partir d’un scénario ultra classique, il rebondit là où on ne l’attend pas. En particulier, les fameux tueurs masqués si inquiétant qu’on retrouve partout reprennent ici un visage humain de mecs un peu nazouilles derrières leurs masques d’animaux. Il faudrait au moins précisé que si vous n’avez pas aimé, ce n’était clairement pas l’avis général !

    Quand à The End, le final ne m’a paru poignant mais plutôt neuneu (c’est quand même un peu de la philosophie raz les pâquerettes). La mise en scène était certes jolie mais les personnages et les dialogues manquaient tellement de profondeur que tout ça sonnait bien creux.

    Enfin bon, j’espère qu’il y aura d’autres festivals pour nous mettre d’accord !

  4. Tant qu’à faire sur MAMA vous exagérez un peu aussi, c’est du vu et revu franchement, encore une nana aux cheveux noirs avec une malédiction ancestrale qui se cache dans des placards, des persos clichés inutiles (le père et les deux autres qui ne sont là que pour se faire zigouiller, ce qu’on voit tout de suite…), la maison moche pas baroque pour un sou, et ce n’est pas la vague thématique « maternelle » qui rattrape le coup (surtout pas dans le final lourdingue), bref même si c’est pas mal filmé ça va être dur de faire le buzz avec ce film…

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