FEFFS 2014 : NOTRE COMPTE-RENDU

Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS) vient de s’achever. Présidé par Tobe Hooper, réalisateur du cultissime et traumatisant MASSACRE À LA TRONÇONNEUSE, le jury devait cette année départager plus d’une dizaine de films présentés dans le cadre de la compétition officielle. Retour sur une septième édition d’une grande tenue, marquée par une programmation éclectique et particulièrement riche.

Commençons par deux films présentés en compétition. Premier long-métrage d’une jeune réalisatrice de 23 ans, Leigh Janiak, HONEYMOON est une œuvre d’une grande maturité, sobre et finement ciselée. Paul et Béa, qui forment un couple a priori en parfaite osmose, passent leur lune de miel dans une vieille demeure, isolée au sein d’une zone forestière, tout près d’un étang. Lorsque Paul est réveillé, en pleine nuit, par un étrange faisceau de lumière venu tout droit de la forêt, ce dernier s’aperçoit de l’absence de sa femme et part à sa recherche. Il la retrouve, confuse et apeurée, en pleine crise de somnambulisme. Dès le lendemain, des symptômes inquiétants se manifestent : alors que son corps semble marqué par des éruptions cutanées d’origine inconnue, Béa perd peu à peu la mémoire. Leigh Janiak a écrit elle-même le script de son film. Venue présenter son film au festival, elle revendique deux influences majeures qui l’ont guidée dans la construction de son récit : ROSEMARY’S BABY de Roman Polanski et L’INVASION DES PROFANATEURS DE SÉPULTURE de Don Siegel. Les deux univers ne cessent en effet de s’interpénétrer : d’un côté, le film propose la descente aux enfers d’un couple récemment marié ; de l’autre, la métamorphose de Béa se déploie selon les archétypes du « Body Snatcher », la jeune mariée semblant « habitée » par une force inconnue qui prend subrepticement le contrôle de son corps. Si la première partie cherche quelque peu son rythme – la séquence d’ouverture est alourdie par la présentation des protagonistes sous la forme d’un film de mariage amateur –, la suite déploie des trésors d’imagination : la réalisatrice parvient à rendre inquiétantes des scènes de la vie conjugale. L’indécision de la trame narrative – est-ce un récit sur la paranoïa et la jalousie du mari ? Une fable sur la maternité ? Une histoire de science-fiction digne de LA QUATRIÈME DIMENSION ? – ajoute à l’effroi suscité par une mise en scène d’une grande sobriété, qui évite soigneusement le recours systématique aux « jump scares ». Il suffit de quelques effets de lumière, du regard ambigu de Béa (magnifiquement incarnée par l’actrice britannique Rose Leslie, la sauvageonne fougueuse de GAMES OF THRONES) pour conférer à ce récit d’un classicisme éprouvé une densité horrifique réellement flippante.

Image de prévisualisation YouTube

Également en compétition officielle, LATE PHASES, du réalisateur madrilène Garcia Bogliano, est une sorte de croisement horrifique entre GRAN TORINO de Clint Eastwood et BUBBA HO-TEP de Don Coscarelli. Ambrose, vétéran de la guerre du Vietnam, a perdu peu à peu l’usage de la vue à la suite du conflit dans le sud-est asiatique. Alors qu’il vient tout juste de s’installer dans un centre communautaire de retraités, Ambrose assiste, impuissant, au massacre nocturne de sa voisine, puis de son propre chien, tous deux attaqués par une bête mystérieuse. Si les forces de police minimisent l’incident – les deux flics principaux attribuent la tuerie aux chiens sauvages venus de la forêt limitrophe –, Ambrose mène son enquête et saisit la nature du danger : à chaque pleine lune, des loups-garous attaquent la communauté. Dès lors, Ambrose se prépare pour ce qui pourrait être son baroud d’honneur. Très proche des personnages façonnés par Eastwood dans LE MAÎTRE DE GUERRE (le sergent-tirailleur Thomas Highway) ou plus récemment GRAN TORINO (le sergent Walt Kowalski), Ambrose est un ancien soldat hostile à toutes formes de compromission. Son franc-parler gêne son entourage, jusqu’à sa propre famille. Sa relation avec son fils – lequel s’adresse à lui comme s’il n’était qu’un vieillard infirme et malade – semble tout droit sorti du film d’Eastwood. Comme Kowalski, Ambrose passe le plus clair de son temps à râler, ne se liant d’amitié qu’avec le prêtre du coin, un homme trouble au passé ambigu (incarné par Tom Noonan, dont la grande carcasse sert en quelque sorte de contrepoint au physique nerveux et au caractère teigneux du personnage d’Ambrose). Cependant, par-delà sa dimension comique, LATE PHASES propose également le portrait d’un individu au soir de sa vie, qui voit dans ce dernier combat la possibilité de venger son chien. Or, c’est précisément lorsque le film tente le basculement dans la tragédie qu’il semble perdre l’énergie qui le caractérisait jusque-là. Autant la dimension comique, voire ironique, est plutôt bien amenée, autant les scènes horrifiques, qui souffrent d’un manque cruel de moyens (voire de savoir-faire), tirent le film vers la série Z, déconstruisant par là même l’attachement du spectateur à l’endroit d’Ambrose (qui bénéficie pourtant d’une belle prestation de Nick Damici, évitant l’écueil du cabotinage). Il faut attendre un plan-séquence assez bien fichu, qui n’intervient malheureusement qu’en toute fin de parcours, pour que les bestioles puissent être prises, un tant soit peu, au premier degré. Au final, Adrían García Bogliano (qui avait d’ailleurs réalisé l’un des tronçons des ABC’S OF DEATH) n’atteint qu’en partie la dimension tragi-comique derrière laquelle il ne cesse de courir depuis le début.

Cette dimension tragi-comique irrigue justement le polar coréen A HARD DAY, présenté dans la section crossovers du festival, déjà montré à l’occasion de la dernière Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, et réalisé par Seong-hun Kim. S’il s’inscrit incontestablement dans la veine du cinéma de genre coréen – le film se rapproche de certaines œuvres récentes telles que THE CHASER, ou THE MURDERER de Na Hong-Jin, mais aussi de I SAW THE DEVIL de Kim Jee-Woon – A HARD DAY est infiniment plus drôle, plus sarcastique que la plupart des productions de cet acabit. Gun-su, officier de police, passe une journée cauchemardesque : en retard pour assister aux funérailles de sa mère, il renverse un homme sur la route et le cache dans le coffre de sa voiture. Tout juste arrivé sur les lieux de l’enterrement, il apprend que l’IGS met en cause son équipe pour extorsion de fonds et s’apprête à fouiller son véhicule. Désespéré, totalement aux abois, il cache le corps dans le cercueil de sa propre mère. Le lendemain, Gun-su reçoit un appel anonyme sur son lieu de travail : un homme, qui déclare tout savoir de ses manigances, menace de le dénoncer. Sur ce postulat particulièrement grinçant, Seong-hun Kim réalise une œuvre sombre et nihiliste, dont l’immense qualité est d’utiliser les ressorts de la comédie pour rendre compte de la bassesse de ses personnages. Recourant à des ruptures de ton jouissives, même dans la plus grave des situations – la scène dans le funérarium est savoureuse, Gun-su usant d’un jouet appartenant à sa propre fille pour cacher le corps dans le cercueil  –, la première partie du récit est construite sur un rythme haletant quasi burlesque. Ce goût pour la farce peut d’ailleurs faire penser à certaines œuvres de Takeshi Kitano comme SONATINE ou, dans une moindre mesure, L’ÉTÉ DE KIKUJIRO. La seconde partie, qui investit davantage le polar pur, perd quelque peu de son intensité. En revanche, l’une des séquences finales propose une scène de baston pêchue, quasi épuisante, durant laquelle chacun des protagonistes use des divers éléments du décor (un nœud de cravate suspendu, un trou dans la porte, l’eau bouillante de la baignoire) pour neutraliser l’adversaire. De surcroît, en lieu et place d’une conclusion réconciliatrice et apaisante, Seong-hun Kim offre une dernière scène à la fois ironique et touchante, au cours de laquelle Gun-su réaffirme, en creux, les motivations profondes qui l’animent. Lorsqu’il démissionne de la police, il confesse le regret de n’être pas parvenu à « mener son rêve jusqu’au bout ». Était-ce de laver son honneur, de se racheter des fautes commises ? Était-ce de devenir un policier digne de ce nom ? Que nenni ! Gun-su regrette simplement de ne pas être parvenu à « tenir » jusqu’au bout pour « toucher la retraite à taux plein, comme n’importe quel fonctionnaire ! ». Au bout du compte, si les individus n’ont pas changé d’un iota, si la corruption et les petits arrangements restent de mise, la réussite du long-métrage réside dans sa capacité à ne jamais prendre ses personnages de haut. Au contraire, il fait ressortir, avec une ironie mordante, jamais déplaisante, leurs maigres vibrations existentielles.

Image de prévisualisation YouTube

Retour à la compétition avec KILLERS de Kimo Stamboel et Timo Tjahjanto, qui est l’exact contre-modèle de A HARD DAY. À Tokyo, un serial-killer sévit : il s’attaque aux femmes avec une brutalité peu commune et poste sur la toile les vidéos de ses meurtres. À Jakarta, un journaliste politique survit à une attaque dont il fait l’objet, assassine ses assaillants et découvre en lui le même désir de meurtre. Tous deux vont peu à peu se rapprocher. Film poseur, KILLERS se veut aux confluences de la réflexion sur le pouvoir de l’image et du film de vengeance hard-boiled. S’inspirant du torture porn façon HOSTEL d’Eli Roth, le long-métrage, d’ailleurs mis en scène par les producteurs de THE RAID 2, est un pensum aux développements psychanalytiques lourdingues. L’ensemble du film – tant le fond que la forme – tourne immédiatement à la démonstration faussement philosophique sur la violence sociale et la frustration des individus. Une œuvre assommante, prétentieuse et antipathique.

Image de prévisualisation YouTube

AMOURS CANNIBALES, du metteur en scène ibérique Manuel Martin Cuenca, fut l’une des déceptions de la compétition officielle. L’histoire suit la vie quotidienne de Carlos, tailleur d’élite pour la haute société de Grenade. Taiseux, apparemment sans histoire, Carlos est en réalité cannibale et dévore le corps des femmes qu’il découpe avec la plus grande méticulosité dans son chalet à la montagne. Lorsqu’il se trouve nez à nez avec la sœur de l’une de ses victimes, Carlos décide de lui venir en aide. Récit d’un cannibale en voie d’humanisation, le film espagnol prend le parti de rester le plus proche possible de son protagoniste, quitte à suivre en détails le moindre de ses faits et gestes. On assiste aux déplacements de Carlos de son appartement à son atelier, puis de son atelier à son appartement. Vaste programme… Permettant au spectateur d’observer l’inhumanité de ce maniaque du costume (on le voit plier et replier des tissus de luxe plus d’une fois), le metteur en scène, Manuel Martin Cuenca, s’abstient d’adopter une quelconque perspective, s’astreignant à une neutralité axiologique dérangeante. La froideur de Carlos est à l’image de la mise en scène elle-même ; Carlos ne parvient pas plus à entrer en relation avec son environnement que le cinéaste ne parvient à tisser de lien avec le spectateur. Au bout du compte, on reste malheureusement totalement hermétique au dispositif proposé.

Image de prévisualisation YouTube

STARRY EYES, au contraire, assume jusqu’au bout, peut-être même jusqu’à l’overdose, son point de vue. Satire horrifique sur le cénacle hollywoodien, le film s’inscrit dans la même veine que le récent (et dispensable, pour rester gentil) MAPS TO THE STARS de David Cronenberg. Réalisé par Kevin Kolsch et Dennis Widmyer, STARRY EYES raconte l’histoire de Sarah Walker, employée dans une chaîne de fast-food, qui rêve de devenir une vedette de cinéma. Elle décroche miraculeusement une audition pour jouer dans un film intitulé The Silver Scream, produit par une célèbre société, Astraeus Pictures. Alors que l’audition se déroule d’abord plutôt mal, Sarah accepte de donner une performance pour le moins étrange (elle s’arrache littéralement les cheveux) pour obtenir le rôle. Obnubilée par son désir de réussite, la jeune actrice va peu à peu sombrer dans la folie. Variation sur le star system (on pense à BOULEVARD DU CRÉPUSCULE de Billy Wilder), dénonciation de la machine hollywoodienne (la première audition que passe la jeune femme rappelle MULHOLLAND DRIVE de David Lynch), STARRY EYES joue sans cesse sur le principe d’ingérence du fantasme dans la réalité. Sur ce plan, certaines séquences se rapprochent des expérimentations proposées par Lynch dans son dernier opus, INLAND EMPIRE. Si Sarah perd le contrôle de sa vie et s’enfonce dans le fantasme, c’est précisément parce qu’elle désire faire partie de la « machine à rêves » hollywoodienne. Cette incapacité à distinguer la fiction de la réalité prend peu à peu des allures de carnage, les obscurs patrons d’Astraeus Pictures l’incitant (de manière plus ou moins floue) à éradiquer ses concurrents (en l’occurrence ses propres amis acteurs) pour prouver sa valeur. La limite du film repose précisément sur sa problématique, assénée avec lourdeur tout au long du récit : quels sacrifices doit-on accepter pour devenir une star ? La métamorphose de Sarah, qui va « renaître » grâce aux « sacrifices » auxquels elle consent, symbolise la nouvelle vie que lui offre la célébrité. De même, l’invocation des codes du slasher illustre le thème sacrificiel. Si le film pêche ainsi par son didactisme, il évite l’écueil de la prétention et offre quelques séquences horrifiques bien troussées. On aurait justement aimé que MAPS TO THE STARS du vétéran canadien fasse preuve de la même sincérité que le film de Kevin Kolsch et Dennis Widmyer.

Image de prévisualisation YouTube

Les Pays-Bas étaient également de la partie avec un film d’horreur à petit budget, THE POOL, réalisé par Chris W. Mitchell. Narrant les péripéties de deux familles parties camper au bord d’un étang, le premier long-métrage du cinéaste hollandais est un survival dans la plus pure tradition du genre, malheureusement plombé par une mise en scène pauvre et un scénario pas franchement méticuleux. Le film pèche en effet par un manque absolu de rigueur dans la progression narrative. Mais que diable font-ils à discuter des plombes sans essayer de s’extirper de cet endroit, alors qu’ils n’ont plus de vivre, plus d’eau, et qu’ils ne sont a priori qu’à quelques heures de la ville ? Et, surtout, comment rendre crédible un spot aussi mal choisi (l’étang n’a rien, mais alors absolument rien, d’idyllique) ? De surcroît, tous les évènements s’enchaînent avec un automatisme pesant, jusqu’à un final incompréhensible (en tout cas très mal amené) supposé mettre en lumière la malédiction qui pèse sur le point d’eau. Bref, THE POOL n’est au final qu’un Direct-To-Video décousu.

Image de prévisualisation YouTube

Dans la section documentaire, THE GO-GO BOYS : THE INSIDE STORY OF CANNON FILMS, de la réalisatrice israélienne Hilla Medalia, était très attendu par les fans de cinéma d’action. Présenté au dernier festival de Cannes, le documentaire revient sur l’épopée singulière des deux cousins Menahem Golan et Yoram Globus, partis d’Israël pour réaliser leur rêve : faire des films à Hollywood. Arrivés aux États-Unis dans l’anonymat, ils vont construire l’un des studios indépendants les plus influents et les plus mythiques des années 80, la Cannon. Centré sur le parcours des deux israéliens, l’œuvre d’Hilla Medalia risque de frustrer ceux qui espéraient y dénicher des anecdotes croustillantes sur la pelletée de films sortis du studio à cette époque (on pense forcément à BLOODSPORT, ou PORTÉS DISPARUS, projetés à Strasbourg durant la nuit Cannon-Testostérone, ou encore à DELTA FORCE, INVASION USA ou UN JUSTICER DANS LA VILLE 2). Reste que le parcours des deux magnats est fascinant, eux qui ont réussi à produire à la fois les films d’exploitation les plus cultes de cette période, et des films d’auteurs « reconnus » par la critique (BARFLY, de Barbet Schroeder, PIRATES, de Roman Polanski, et même KING LEAR de… Jean-Luc Godard, qui a donné lieu à un contentieux homérique entre Menahem Golan et notre cinéaste suisse préféré).

Image de prévisualisation YouTube

Venons-en désormais aux deux œuvres les plus marquantes de cette septième édition. WHITE GOD, du metteur en scène hongrois Kornel Mundruczo, est une variation à partir du chef-d’œuvre de Samuel Fuller, l’un de ses derniers films, WHITE DOG (DRESSÉ POUR TUER dans la version française). Un père de famille, ancien professeur à la faculté, désormais employé dans un abattoir, doit prendre en charge sa fille pour la durée des vacances scolaires. Celle-ci lui « impose » son chien, Hagen, un bâtard auquel elle tient comme à la prunelle de ses yeux. Contrainte de l’abandonner dans les rues de Budapest, la petite fille va tout tenter pour le retrouver. Pendant ce temps, Hagen vit une descente aux enfers, vendu pour une bouchée de pains à un dresseur sans scrupule qui l’inscrit à de sordides combats de chien. Traversée dans les méandres d’un univers déliquescent, tableau résolument sombre de la société hongroise, le film de Kornel Mundruczo bénéficie de séquences d’une grande intensité, au travers desquelles le chien devient le révélateur de l’inhumanité du monde social. Si le long-métrage est incontestablement d’une réelle maîtrise (les scènes durant lesquelles la meute de chiens traverse la ville sont absolument saisissantes), il souffre en revanche d’une exposition bancale, lestée par une relation père/fille pas franchement passionnante. Le mélodrame familial ne décolle jamais, peut-être par comparaison avec les scènes canines qui constituent la substantifique moelle du sujet. En revanche, au cours de la dernière partie, lorsque le metteur en scène passe par le genre du revenge pour mettre en scène la vengeance des chiens, qui vont littéralement se faire justice eux-mêmes, le film prend d’un coup de la hauteur et se trouve par là même, cinématographiquement, en adéquation avec son sujet. De même, bien que le dernier plan du film soit plastiquement somptueux, on ne peut s’empêcher de penser à l’œuvre de Fuller, dont l’ambiguïté fondamentale infusait chacune des séquences, jusqu’à la dernière. Si l’œuvre de Mundruczo est sans nulle doute une sacrée découverte, peut-être souffre-t-elle d’une opposition structurante (l’homme est mauvais/le chien est bon) par trop simplificatrice. Il n’empêche que certaines séquences, réellement tétanisantes, valent à elles seules le détour.

Image de prévisualisation YouTube

Mais notre coup de cœur va sans conteste au dernier film de Fabrice du Welz, ALLELUIA. Relecture des TUEURS DE LA LUNE DE MIEL réalisé par Leonard Kastle en 1969, le film du metteur en scène belge suit le parcours d’un couple meurtrier, interprété par Laurent Lucas et Lola Duenas. Michel, un escroc bas de gamme, fait de son charme un métier : il séduit les femmes pour les attirer dans son lit et subtiliser leur argent. Gloria, qui élève seule sa petite fille, tombe dans le piège tendu par Michel mais, malgré la découverte du subterfuge, tombe désespérément amoureuse de lui. Elle lui propose de l’accompagner pour l’assister dans sa sordide petite entreprise. Cependant, lorsque la jalousie de Gloria se révèle, l’aventure de ces Bonnie & Clyde déviants prend une tournure sanglante. Quatrième long-métrage de Fabrice du Welz (metteur en scène de CALVAIRE, VINYAN et plus récemment du controversé COLT 45), ALLELUIA est une plongée à la fois naturaliste, poétique et radicale, dans le quotidien de deux serial-killers. Si Fabrice du Welz n’a cette fois pas eu recours à son chef-opérateur Benoît Debie, remplacé par Manu Dacosse (directeur photo sur AMER et L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS d’Hélène Cattet et Bruno Forzani) pour des questions de planning (Debie travaillait déjà sur le nouveau film de Wim Wenders, EVERYTHING WILL BE FINE), le résultat n’en reste pas moins saisissant. La lumière du film, profondément naturaliste, donne un tour d’autant plus sauvage à cette balade sanglante. Shooté en pellicule, comme les autres films du metteur en scène, l’image granuleuse confère au long-métrage une authenticité accentuée par un superbe travail sur le clair-obscur. Structuré en plusieurs actes, qui prennent le nom des différentes femmes que Michel rencontre, le long-métrage propose également quelques envolées poétiques, comme cet instant durant lequel Gloria chante son amour pour Michel avant de découper le cadavre d’une femme pour le faire disparaître. Il resterait beaucoup à dire sur le long-métrage du cinéaste, qui constituait pour nous le point d’orgue de la compétition officielle. Nous reviendrons plus en détails sur le film à l’occasion de sa sortie en salles, prévue pour le 26 novembre prochain. Quoi qu’il en soit, nous attendons d’ores et déjà, avec impatience, le dernier volet de sa trilogie consacrée aux Ardennes, dont CALVAIRE et ALLELUIA constituent les deux premiers opus.

Image de prévisualisation YouTube

Notons qu’entre deux projections, l’exposition sur le retrogaming permettait de rejouer à des jeux fondateurs de l’histoire du jeu vidéo et de (re)découvrir la quasi-totalité des consoles (y compris la Neo-Geo !). Au final, la septième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg était particulièrement réussie, grâce à une programmation de qualité. L’ensemble s’est révélé d’un haut niveau, avec des œuvres chocs comme ALLELUIA et, dans une moindre mesure, WHITE GOD. Et avec une affluence de plus de 20.000 personnes sur toute la durée de l’événement, on peut effectivement affirmer que le festival européen du film fantastique de Strasbourg est désormais devenu incontournable.

PALMARÈS
Octopus d’Or : WHITE GOD, de Kornel Mundruczo
Méliès d’Argent : AMOURS CANNIBALES, de Manuel Martin Cuenca
Mention Spéciale du Jury : ALLELUIA, de Fabrice du Welz
Prix du Public : HOUSEBOUND, de Gerard Johnstone

2 Commentaires

  1. Fest

    Merci pour ce compte-rendu. Pour ma part j’attends avec impatience le Du Welz en bon fan de Calvaire.

  2. Moonchild

    J’ai pu voir Alléluia (Fabrice du Weltz) lors d’une avant-première à Toulouse la semaine dernière (Festival du film grolandais) : c’est du tout bon, osé, engagé, de l’humour et un Laurent Lucas assez exceptionnel.

Laissez un commentaire