FEFFS 2013 : COMPTE-RENDU !

Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg prend chaque année plus d’ampleur et s’impose, depuis six ans déjà, comme la nouvelle plaque tournante du cinéma fantastique de l’Est de la France, venant concurrencer le festival de Gérardmer sur ses propres terres. Présidé par Lucky McKee, réalisateur des remarqués MAY et THE WOMAN, le jury devait cette année départager plus d’une dizaine de longs métrages présentés en compétition officielle. Retour sur les films que nous avons vus lors de cette sixième édition.

Si le festival nous a permis de découvrir quelques films passionnants, les œuvres présentées en ouverture et en clôture ont été loin de satisfaire nos attentes. WE ARE WHAT WE ARE, de l’américain Jim Mickle, réflexion démonstrative et soporifique sur la religion dans un village perdu au fin fond des États-Unis, n’a pas franchement lancé le festival sur les chapeaux de roue. Remake du film mexicain SOMOS LO QUE HAY présenté au festival de Gérardmer il y a deux ans, WE ARE WHAT WE ARE tente d’adapter la thématique du film originel à l’environnement de la campagne américaine. Alors que l’œuvre mexicaine utilisait le cannibalisme dans le cadre d’une réflexion sociale sur la détresse urbaine dans la ville de Mexico – acculée par la misère, une famille déséquilibrée sombrait dans le cannibalisme pour trouver de quoi manger – le remake verse dans la critique lourdingue de la structure familiale gangrenée par la religion et la place occupée par le père de famille. Ce dernier, à la suite de la disparition de sa femme, contraint sa fille aînée à poursuivre l’œuvre de la mère, dont le rôle était de ramener de la « nourriture » à la maison. Les choses se compliquent lorsque le médecin du village découvre des restes humains dans le ruisseau du coin et décide de mener son enquête. Si le film mexicain tapait assez juste en raison du contexte dans lequel le cannibalisme prenait sa source, le remake américain ne fait qu’empiler des poncifs sur la tradition, la relation déglinguée au culte ou sur le poids de la cellule patriarcale. Les flashbacks, qui reviennent sur l’origine historique, chrétienne, de ce penchant familial pour le cannibalisme, n’arrangent rien à l’affaire et ne font qu’alourdir le traitement du thème principal, ajoutant à la lourdeur de ce destin familial tragique. Bref, un film pesant, tant dans la mise en scène que dans les thèmes abordés, dont la balourdise interdit quasiment toute implication émotionnelle. Au final, Jim Mickle reproduit les mêmes erreurs que dans son avant-dernier long-métrage, STAKE LAND, présenté à Strasbourg il y a deux ans, récit post-apocalyptique lui aussi emphatique et pesant.

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Passons rapidement sur l’horripilant MACHETE KILLS de Robert Rodriguez et sur les excellents ALL CHEERLEADERS DIE de Lucky McKee et THE RETURNED de Manuel Carballo, puisque nous allons abondamment revenir dessus dans les jours qui viennent. Une fois n’est pas coutume, l’un des films les plus originaux du festival fut une œuvre française, NOS HÉROS SONT MORTS CE SOIR, évocation étonnante et poétique, en noir et blanc, du catch dans la France du début des années 60. Bénéficiant d’un casting adéquat (Jean-Pierre Martins, Denis Ménochet et Philippe Nahon), servi par des dialogues parfois savoureux, le premier film du jeune David Perrault oscille entre hommage au réalisme magique et restauration d’un certain cinéma de « gueules » à la française. Simon, catcheur connu sous le nom du « Spectre » sur le ring, propose à son ami Victor, ancien légionnaire, de le rejoindre et de jouer son adversaire, « L’Équarrisseur de Belleville ». Victor, encore marqué par la guerre, vit mal le fait de jouer le méchant lors des combats et contraint à Simon à échanger leurs rôles. L’un de leurs combats tourne mal, les masques tombent, et les parieurs perdent beaucoup d’argent. Simon tente de sortir le duo des ennuis alors que Victor se laisse submerger par ses troubles identitaires. Sorte de croisement entre le film noir, le film fantastique et la chronique sociale, NOS HÉROS SONT MORTS CE SOIR prouve qu’il peut exister des voies de traverse passionnantes dans le cadre de la production cinématographique française d’aujourd’hui. Si certaines séquences intimistes brisent parfois le rythme du récit et si les rêves de Victor, englué dans sa quête identitaire, sont pétris de symboles trop appuyés, la facture magnifique (notamment des ralentis de toute beauté) et la superbe réflexion sur l’acteur qui conclut le récit et l’entraîne vers le trip quasi métaphysique sauvent très largement l’ensemble. Une belle découverte qui, espérons-le, provoquera quelques émules dans le paysage cinématographique hexagonal.

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Hors compétition était également projeté PROXY, le dernier film de Zack Parker, déjà présent l’an dernier à Strasbourg avec SCALENE. Plongée froide et assez hallucinante dans la psyché d’une jeune femme endeuillée par la perte de l’enfant qu’elle portait – elle est agressée par un inconnu en pleine rue deux semaines avant l’accouchement – PROXY est une œuvre d’une ambiguïté profonde, dotée d’une atmosphère glaciale qui risque d’en rebuter plus d’un. Suivant une construction narrative assez proche de celle de SCALENE, qui proposait l’exploration d’un même récit à partir de trois points de vue alternatifs, PROXY épouse tour à tour la subjectivité des protagonistes principaux – la jeune femme en deuil, son amante agressive et une mère de famille qu’elle rencontre à l’occasion d’un groupe d’entraide. Sans verser dans quelque jugement que ce soit, laissant au spectateur le soin d’appréhender, par lui-même, le fond moral (ou immoral) qui sous-tend les actions entreprises par chacun des personnages, l’œuvre est problématique. Passionnant par la multiplicité des clés de lecture explorées, PROXY, en raison de la complexité de sa structure mais également de sa froideur analytique, risque de ne jamais permettre au spectateur de vibrer, émotionnellement, au rythme des états psychologiques traversés par ses personnages. Un film frustrant donc la construction formelle prend le pas sur les émotions et l’immersion du spectateur. Dommage.

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C’est toujours mieux que le parti pris de CHEAP THRILLS réalisé par E.L. Katz, jeu de massacre faussement jouissif également présenté hors compétition. Craig, qui accumule les problèmes d’argent et vient de perdre son emploi, croise dans un bar son vieil ami du lycée, Vince, qu’il n’avait plus vu depuis près de cinq ans. Alors qu’ils s’apprêtent à quitter l’endroit, tous deux se font alpaguer par un couple étrange de millionnaires désabusés qui les invite à boire des verres et leur lance des défis plus improbables les uns que les autres, avec des sommes folles à la clé. Comme souvent ces derniers temps, le thriller américain, volontairement irrévérencieux, sombre dans la violence gratuite pour prendre (prétendument) position et s’affirmer politiquement. À la manière de YOU’RE NEXT d’Adam Wingard, que nous avions chroniqué à l’occasion du dernier festival de Gérardmer, et qui vient tout juste de sortir en salles au début du mois de septembre, CHEAP THRILLS constitue l’exemple-type du film de genre malin et provocateur qui se moque des personnages qu’il met en scène. Si contrairement au film de Wingard, CHEAP THRILLS est plutôt bien shooté, il s’en dégage le même cynisme, le même jugement accusateur à l’encontre des protagonistes. Aucun humanisme ni ambiguïté et, pire, aucune nuance ne viennent jamais tempérer le propos. Car c’est précisément ce qui fait mal ici : le récit n’est finalement qu’un prétexte ostentatoire à une succession de clichés et de jugements péremptoires sur « l’état de la société aujourd’hui ». Car, si l’on peut saisir la motivation première des deux personnages principaux, dont la misère financière les pousse à relever les défis proposés pour se faire de l’argent rapidement, on ne peut qu’être dubitatif voire franchement révulsé lorsque ces jeux tournent à l’humiliation pure et simple sans qu’aucun des deux amis ne s’en rendent une seule seconde compte. Que l’être humain en situation de détresse sombre dans la violence et la vénalité, soit. Que le récit en tire parti pour asseoir un discours putassier sur la condition humaine, à la façon d’un manuel de philosophie pour les nuls, voilà qui peut sembler éminemment plus scandaleux. Au final, CHEAP THRILLS est un thriller malin et faussement irrévérencieux, dont la belle facture ne peut faire oublier un discours gênant, fondamentalement anti-humaniste, qui fait froid dans le dos.

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Dans la catégorie des films barrés, directs et fun, disons quelques mots de BAD MILO du cinéaste américain Jacob Vaughan. Duncan, quadragénaire à la fois stressé par sa vie professionnelle (son patron le fait passer du service comptable aux ressources humaines) et sa vie de couple (sa femme souhaiterait avoir un enfant), souffre de maux d’estomac particulièrement douloureux. Il consulte un hypnothérapeute qui découvre que le corps Duncan abrite en réalité un petit monstre qui, nuit après nuit, s’échappe du corps du héros pour massacrer les personnes qui lui sont désagréables. Sorte de monster movie vintage, BAD MILO est une comédie horrifique réjouissante bourrée d’hommages au fantastique des années 80 : on pense évidemment à E.T. L’EXTRA-TERRESTRE de Steven Spielberg (vu la gueule du monstre, c’est assez logique), mais aussi à des œuvres telles que RE-ANIMATOR de Stuart Gordon ou même au SHINING de Stanley Kubrick (notamment l’une des dernières scènes durant laquelle le héros s’attaque à la porte de la cave à coups de hache). Au-delà les hommages assumés à certains maîtres du genre, il se dégage également du film une dimension humaine incontestable, que ce soit par le biais du personnage l’hypnothérapeute (incarné de façon théâtrale et hilarante par cette sacrée tronche de Peter Stormare) mais également par certaines scènes plutôt touchantes, durant lesquelles une relation intéressante se noue entre le héros et son monstre. BAD MILO est une sorte de maelstrom plutôt fun et décomplexé, taillé pour des soirées pizza/bière entre potes. Sa seule limite, il faut bien l’avouer, c’est qu’il doit peut-être davantage son décalage et son succès à la rareté de ce type de productions dans le contexte cinématographique actuel qu’à ses qualités intrinsèques. Si le cinéma d’horreur produisait davantage de films aussi barrés que dans les années 80, nul doute que BAD MILO marquerait moins les esprits.

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Xan Cassavetes, fille de John, présentait son premier long-métrage, KISS OF THE DAMNED, film de vampires arty incarné par de nombreuses actrices françaises à la plastique, il faut bien l’admettre, loin d’être désagréable. À la fois hommage au giallo (par le biais, notamment, d’un magnifique score composé par Steven Hufsteter) et film de vampires, le long-métrage de Xan Cassavetes est certes d’une réelle beauté plastique mais souffre d’un scénario convenu loin d’entretenir l’onirisme véhiculé par la mise en scène. Paulo (incarné par Milo Ventimiglia) tombe sous le charme de Djuna, femme-vampire qui le mord et lui propose de partager sa vie. Cependant, Djuna va devoir faire face à sa sœur, Mimi, en recherche perpétuelle de nouvelles proies, et qui va peu à peu s’immiscer dans la vie du couple. Le premier film de Xan Cassavetes fait la part belle à un triangle amoureux caricatural qui tranche avec l’ambition formelle du film. À cet égard, si certaines séquences induisent un effet vaporeux assez savoureux, l’ensemble souffre d’un traitement formel trop léché qui tire le film vers le spot publicitaire pour bobos en mal de sensations fortes. Il faut ainsi se taper des scènes de sexe pudibondes et faussement trash, dont la mièvrerie est renforcée par les ralentis surabondants. Si la beauté plastique du film est incontestable, il est ainsi dommage que Xan Cassavetes ait trop versé dans un esthétisme parfois irritant sans songer à donner plus de consistance à ses personnages. Le film de Xan Cassavetes fait penser au style de Sofia Coppola, lorgnant davantage du côté de la pub de luxe que du film de cinéma réellement scénarisé. À cet égard, les réunions de la communauté vampirique semblent voir défiler tous les pontes de la mode parisienne ; ne manquent plus que Karl Lagerfeld et Jean-Paul Gaultier pour donner une touche encore plus glam’ à cet ensemble déjà sacrément artificiel.

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Ceci étant dit, c’est toujours infiniment mieux que APP de Bobby Boermans, thriller soporifique dont l’argument de vente, relativement faiblard, est aussi engageant qu’une nuit d’amour avec Jeanne Moreau dans un hôtel pour troisième âge le long de la croisette cannoise. Anna, étudiante en psychologie, découvre, après une nuit de fête particulièrement arrosée, l’existence d’une nouvelle application sur son téléphone portable, Iris. Contagieuse et ineffaçable, l’application sème peu à peu la terreur autour d’elle, diffusant des messages textuels compromettants, contaminant les téléphones de son entourage, et provoquant finalement plusieurs incidents mortels.  Le premier problème du film de Bobby Boermans est de n’être qu’un thriller sans intérêt, à peu près aussi passionnant qu’un téléfilm allemand diffusé sur M6. La facture du film, plutôt correcte, ne parvient jamais à relever le niveau d’un scénario abracadabrantesque et inintéressant, au cours duquel les personnages, plus caricaturaux les uns que les autres, semblent dénués de toute consistance et de toute densité. On assiste ainsi à un jeu de dupes fort peu passionnant, jusqu’à un final à la limite du risible au cours duquel les masques tombent de façon incompréhensible et totalement artificielle. Le final vient ainsi déconstruire le peu de crédibilité du scénario, expliquant en trois phrases le nœud de l’intrigue – jusque là relativement confuse. Mais les défauts du film ne s’arrêtent malheureusement pas là. APP repose également sur un dispositif superfétatoire suivant lequel le spectateur, armé d’un Smartphone, peut télécharger une application qui doit lui permettre, tout au long du film, d’obtenir des informations de nature à densifier son expérience cinématographique. Or, il faut bien l’avouer, si l’expérience proposée aurait pu être sympathique, elle n’est ici d’aucun intérêt, dans la mesure où le dispositif ne propose rien de singulier par rapport à ce qui se déroule à l’écran. Le « deuxième écran » n’offre que des informations redondantes par rapport aux éléments développés sur la toile.

Pour la première fois, le Festival de Strasbourg proposait un film d’animation en compétition officielle, UMA HISTORIA DE AMOR E FURIA du brésilien Luiz Bolognesi, Grand Prix du dernier Festival du Film d’Animation d’Annecy. Le récit retrace l’histoire du Brésil depuis le XVIème siècle, au travers du personnage d’Abeguar, combattant pour la liberté, en quête de l’amour de sa vie, Janaina. Le film relate quatre périodes de l’histoire brésilienne : la situation des Indiens Tupinamba aux prises avec les conquistadors au cours du XVIème siècle, l’exploitation esclavagiste au XVIIIème siècle, la lutte marxiste et révolutionnaire contre la dictature militaire en 1968, et enfin le combat pour la survie de l’humanité et le partage de l’eau potable dans un futur apocalyptique, en 2096. Le récit expose successivement ces quatre périodes du point de vue des mêmes personnages, Abeguar et Janaina. Il propose, par là même, une sorte d’évocation de l’éternel retour au travers de deux concepts universels, le désir de liberté et la recherche de l’amour. Par cette réflexion, mais aussi par la tentative d’insérer l’histoire d’un couple au travers de diverses périodes historiques, UMA HISTORIA DE AMOR E FURIA épouse le questionnement soulevé par le magnifique CLOUD ATLAS des Wachowski. Le moteur du devenir historique serait ainsi conditionné par la soif de liberté consubstantielle à l’être humain. Cependant, et précisément de ce point de vue, le film brésilien ne parvient à aucun moment à se hisser au niveau de la problématique centrale de CLOUD ATLAS. Ce n’est pas le langage cinématographique à proprement parler qui donne vie à la problématique, mais l’exposition successive, assez simpliste, des quatre périodes historiques. Là où les Wachowski parvenaient, par un montage d’une minutie hallucinante, à enchâsser les diverses histoires de ses personnages dans le devenir de l’humanité toute entière, le film brésilien se contente de parallèles assez grossiers qui, repris quatre fois de suite, deviennent redondants. Si certaines séquences animées sont impressionnantes, le discours global du film (relation oppressé/oppresseur) est bien trop appuyé et schématique pour susciter l’immersion du spectateur qui reste à la surface des images et des histoires.

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Malgré ses défauts, le film d’animation brésilien était tout de même infiniment plus poignant que LOVE ETERNAL, du réalisateur irlandais Brendan Muldowny, dont le thème central est pourtant le deuil du point de vue d’un jeune homme effacé et mutique. Ian, dont le père meurt quand il a dix ans et la mère disparaît alors qu’il n’a que 26 ans, ne parvient à éprouver aucune émotion. Au moment où il tente de mettre fin à ses jours, il trouve la dépouille d’une jeune femme, fraîchement décédée. Ému par la lettre qu’elle a laissée pour expliquer son geste, Ian ramène le corps chez lui et s’endort à ses côtés. À cette occasion, il sent ses émotions se raviver. Il devient alors nécrophile. Thème complexe que celui de la mort, d’autant plus lorsque le réalisateur tente de l’investir avec une poésie trop appuyée. Rappelant un peu le LOVELY BONES de Peter Jackson, LOVE ETERNAL tente de capter l’émotion de la mort et du suicide à hauteur d’homme, même si celui-ci est un véritable autiste, incapable de faire face au monde social. Or, le problème essentiel du film réside dans le peu d’empathie que suscite le personnage principal. Le spectateur risque d’avoir un mal fou à intégrer émotionnellement le film, dans la mesure où les motivations du protagoniste vecteur, Ian, sont précisément beaucoup trop obscures pour que le récit puisse réellement susciter l’adhésion du spectateur. De surcroît, alors même que le film prétend traiter une telle thématique d’une façon différente, moins conventionnelle, les personnages de femmes suicidaires qu’il nous présente constituent de telles caricatures qu’il est impossible d’être réellement touché par leur destin tragique. Au final, si l’atmosphère est de prime abord assez poétique, et si la facture d’ensemble est loin d’être ratée, le traitement des personnages est bien trop déséquilibré pour émouvoir le spectateur.

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Marvin Kren était déjà venu à Strasbourg il y a trois ans présenter son premier film, RAMMBOCK, découverte assez passionnante qui mélangeait le film de zombie et l’hommage au FENÊTRE SUR COUR d’Hitchcock. Il n’est pas revenu cette année présenter son second long-métrage, THE STATION. Peut-être était-ce mieux ainsi, étant donnée la déception qu’il constitue. Janeck, technicien dans une station d’observation des Alpes autrichiennes, découvre un liquide rouge recouvrant toute une zone glacière. Alors que le Ministre de l’Environnement est en route pour visiter la station, Janeck et ses collègues s’aperçoivent que ce liquide a des influences nocives sur les animaux qui le consomment, il les transforme en monstre. Disons-le d’emblée, THE STATION est une reprise du cultissime THE THING de Carpenter : atmosphère enneigée, dissensions entre les membres de la station de montagne, jeu sur l’espace et la claustrophobie, malheureusement sans le talent ni le génie – c’est le moins que l’on puisse dire – du maître du fantastique. Pire, le cinéaste allemand reprend à l’identique certains ressorts narratifs de l’œuvre de Carpenter : le chien de la station est ainsi le premier touché par la contamination monstrueuse qui se développe peu à peu dans cette zone glacière. De surcroît, le problème essentiel du film de Marvin Kren est de manquer totalement les scènes d’attaque : la caméra tremble de façon épileptique, rendant proprement illisible les séquences au cours desquelles les monstres prennent d’assaut la station. Pour finir, il faut se farcir une réflexion sur le deuil, qui conclut le récit, d’une balourdise presque trop incroyable pour être vraie. Bref, si on a envie d’aimer le film pour le cinéma auquel il rend hommage, on ne peut qu’être déçu par la deuxième réalisation du jeune et sympathique cinéaste allemand. Espérons qu’il retrouve rapidement l’intelligence de son premier film par la suite…

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Dans la catégorie des films-concepts inintéressants, IN FEAR, du britannique Jeremy Lovering, occupe une place de choix. Tom prétexte un festival de musique pour inviter Lucie à passer une nuit dans un hôtel de charme en pleine campagne. La route est sinueuse, les chemins se ressemblent ; Tom et Lucie se rendent compte qu’ils sont perdus et que quelqu’un les observe. Le premier film du réalisateur britannique tente un pari complexe : tenir le spectateur en haleine à l’aide d’un récit qui se contente de suivre la balade en voiture de nos jeunes tourtereaux. Pendant près d’une heure, le spectateur peut ainsi contempler un couple regardant des panneaux de signalisation – programme d’un intérêt palpitant ! – sans que la mise en scène ne suscite de montée de l’effroi. Si après vingt minutes, le film est déjà irritant, après une heure il tourne carrément au calvaire… De ce fait, lorsque survient le twist central, qui brise la lenteur du rythme initial, il est trop tard pour sauver le récit, englué dans une torpeur et des dialogues trop convenus pour réveiller le spectateur – si celui-ci réussit à supporter ce prologue interminable. Présenté comme un Home Invasion dans une voiture, IN FEAR rappelle combien les idées ne sont rien, tant qu’une mise en scène ne leur donne pas véritablement vie.

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Pour finir, quelques mots au sujet de DARK TOUCH, de Marina de Van. Déjà vu lors de sa projection au dernier Festival du Film Fantastique de Neuchâtel, le dernier film de la cinéaste française ne nous a pas plus marqué à l’occasion d’un second visionnage. Réflexion sur la relation parentale et l’éducation des enfants, DARK TOUCH est une œuvre sombre et didactique, dont la réflexion passe par un ton trop cérémonial pour convaincre. Marina de Van assène son discours de façon sentencieuse, prenant le risque de laisser toute ambiguïté de côté.

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La sixième édition du FEFFS nous a donc permis de découvrir plusieurs œuvres de grande qualité, que ce soit ALL CHEERLEADERS DIE, de Lucky McKee, NOS HÉROS SONT MORTS CE SOIR, du français David Perrault, ou encore THE RETURNED, de Manuel Carballo, présenté dans le cadre de la compétition officielle mais malheureusement reparti sans la moindre récompense. Étant donnée la qualité des films présentés cette année, le festival de Gérardmer a désormais un concurrent de taille en matière de cinéma fantastique dans l’Est de la France.

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PALMARÈS
Octopus d’Or du meilleur film fantastique international : KISS OF THE DAMNED, de Xan Cassavetes
Méliès d’Argent du meilleur film fantastique européen : BORGMAN, d’Alex Van Warmerdam
Mention Spéciale du Jury : DARK TOUCH, de Marina de Van
Prix du Public du meilleur film fantastique international : UNA HISTORIA DE AMOR E FURIA, de Luiz Bolognesi

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