FEFFS 2012 : COMPTE RENDU !

Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (FEFFS), dont la cinquième édition vient de s’achever, prend chaque année un peu plus d’ampleur. Présidé par Mick Garris, producteur de la série MASTERS OF HORROR, également responsable d’adaptations cinématographiques de Stephen King, le FEFFS a permis cette année de découvrir 13 films en compétitions, ainsi qu’une quarantaine d’autres dans diverses catégories (rétrospective post-apocalyptique, hommage à Michael Powell, séances Crossovers…). Bref, plus d’une cinquantaine de films à l’affiche d’un festival qui s’étale désormais sur huit journées complètes. 

PREMIER JOUR : VENDREDI 14 SEPTEMBRE

Il faut reconnaître que le film d’ouverture ne déchaîne pas un enthousiasme délirant. ROBOT AND FRANK (en salles depuis le 19 septembre dernier), réalisé par Jake Schreier, est une comédie d’anticipation centrée sur la solitude d’un ancien voleur devenu un vieil homme grincheux qui, parce qu’il ne parvient plus à s’occuper seul de sa maison et semble chaque jour perdre davantage sa mémoire, se voit contraint par son fils d’accepter l’aide d’un robot particulièrement sophistiqué capable de prendre en charge l’ensemble des tâches ménagères. La relation entre Frank et son robot va peu à peu se transformer en une véritable amitié et redonner au vieil homme l’envie d’accomplir un dernier défi : cambrioler la bibliothèque locale.

En réalité, l’anticipation dont il est question dans ce film n’est qu’un prétexte à un traitement émouvant mais convenu de la vieillesse. ROBOT AND FRANK tente une sorte de synthèse entre le robot de WALL-E et le papy grincheux de LÀ-HAUT, des studios Pixar, sans en trouver cependant ni l’énergie ni la poésie. ROBOT AND FRANK est un film sage, agréable mais mineur.

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DEUXIÈME JOUR : SAMEDI 15 SEPTEMBRE

A 9h du matin, projection du premier film en compétition, EDDY, THE SLEEPWALKING CANNIBAL, quatrième long-métrage du réalisateur Boris Rodriguez. Lars, peintre danois de renom, est en panne d’inspiration depuis des années. Son agent lui déniche un emploi dans une école d’art en pleine campagne canadienne, afin qu’il puisse à la fois changer d’air et reprendre goût à la peinture. Lars va devoir loger chez lui l’un de ses étudiants, Eddy, un jeune autiste pour lequel il se prend peu à peu d’affection. Mais son nouveau locataire va révéler un penchant pour le cannibalisme nocturne…

Comédie horrifique plaisante, le long-métrage joue à la fois sur le cannibalisme du jeune autiste – manger de la chair fraîche lui permet de surmonter le décès de sa tante – et sur la singularité du talent de peintre de Lars – il retrouve son inspiration en contemplant les carnages perpétrés par Eddy. Si le film frappe assez juste, notamment par sa critique, à la fois drôle et cruelle, de l’artiste égocentrique, il reste trop convenu et manque globalement d’énergie.

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SIDE BY SIDE, enquête passionnante et facilement accessible sur la mutation du cinéma contemporain, était l’un des documentaires présentés hors compétition. Keanu Reeves y interroge nombre de réalisateurs américains majeurs, tels que Cameron, Nolan, ou Scorsese, pour cerner le rapport qu’ils entretiennent au numérique. Tout en permettant au spectateur de mieux comprendre le fonctionnement de certains postes-clés du cinéma (directeur de la photographique, monteur, coloriste), SIDE BY SIDE pointe du doigt l’évolution du cinéma, fondamentalement transformé par l’utilisation généralisée de la technologie numérique. Un documentaire fourni, dense et pédagogique.

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Dans la foulée, SCALENE, film américain indépendant, était présenté hors compétition. Narrant les péripéties d’un jeune handicapé vivant dans l’horreur familiale quotidienne, SCALENE est un drame social austère et exigeant, raconté de trois points de vue différents (la mère de famille, tour à tour protectrice et agressive, le jeune handicapé, totalement dépendant de sa mère, et enfin l’auxiliaire de vie, qui prend en charge le jeune homme et s’attache à lui). Le récit est lent à se mettre en place mais prend peu à peu de l’ampleur, au moyen d’un travail minutieux sur les couleurs et d’un twist final douloureux mais profondément touchant.

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A 22h30, MANIAC, mis en scène par Franck Khalfoun, et produit par Alexandre Aja, fait salle comble. Remake du film de Willam Lustig réalisé en 1980, le MANIAC de Khalfoun, tourné en grande partie en caméra subjective afin d’entrer dans la psyché du serial killer, est une bonne surprise. Efficace et rythmé, le film de Khalfoun se regarde avec plaisir, en dépit d’un acteur principal discutable dans le rôle du serial killer – Elijah Wood semble un peu frêle pour incarner ce type de personnage. En-dehors de quelques flashbacks inutiles, qui surlignent lourdement le traumatisme psychologique du tueur, et d’un récit un peu répétitif, MANIAC est un slasher gore et pervers bien réalisé.

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Samedi, minuit et demi, salle comble pour la projection de V/H/S, anthologie de six court-métrages façon found footage réalisés par de prétendus jeunes talents du cinéma américain indépendant. Depuis quelques temps, le dispositif du found footage a souvent révélé la médiocrité de certains films (DEVIL INSIDE), malgré quelques long-métrages réussis (THE LAST EXORCISM). V/H/S intègre incontestablement la première catégorie, tant le film n’a rien à raconter. Les personnages sont tous plus caricaturaux les uns que les autres et le long-métrage se révèle d’une grande faiblesse par son absence totale de point de vue. Filmer en shaky cam n’importe quoi à peu près n’importe comment ne veut pas dire faire du cinéma.

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TROISIÈME JOUR : DIMANCHE 16 SEPTEMBRE

J’assiste à la projection de deux films en compétition, DOOMSDAY BOOK et STORAGE 24.

DOOMSDAY BOOK, film à sketches coréen, propose trois visions alternatives de l’apocalypse. Les premier et troisième segments ont été réalisés par Yim Pil-sung (metteur en scène du bancal HANSEL ET GRETEL projeté à Gérardmer en 2008). Le sketch central a été mis en scène par Kim Jee-woon, dont la dernière œuvre, J’AI RENCONTRÉ LE DIABLE, avait été l’un des meilleurs long-métrages projetés lors du festival de Gérardmer l’an dernier.

Comme de nombreux films à sketches, le problème central de DOOMSDAY BOOK tient dans son déséquilibre flagrant, en raison de l’opposition fondamentale entre les tronçons mis en scène par Yim Pil-sung et celui dirigé par Kim Jee-woon.

Par le comique qui s’en dégage, les deux tronçons réalisés par Yim Pil-sung tranchent radicalement avec l’ambition du deuxième sketch de Kim Jee-woon. Yim Pil-sung tourne en dérision de nombreux aspects propres à la représentation cinématographique de l’apocalypse et joue sur la multiplicité des registres qu’il investit pour surprendre le spectateur (on passe successivement du comique au drame, à la satire sociale et au film catastrophe). Au contraire, Kim Jee-woon verse dans la contemplation et le questionnement philosophique en érigeant la figure du robot en successeur de Bouddha et en représentant de la fin de l’histoire (le robot serait le stade ultime de l’humanité, transcendant les émotions et les sentiments humains).

Kim Jee-woon propose une réflexion philosophique pesante, sérieuse, voire même prétentieuse là où Yim Pil-sung se contente d’une farce à la fois légère, déstructurée et foutraque. Ainsi, bien qu’il soit par moment intéressant, DOOMSDAY BOOK se révèle globalement trop disharmonieux pour convaincre.

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A la suite du long-métrage coréen, j’assiste à la projection de STORAGE 24, réalisé par le sympathique Johannes Roberts qui nous présente son film comme un « hommage à Carpenter ». Aïe… Bien mal lui en a pris car son film a été accueilli assez sèchement par le public strasbourgeois. Narrant les péripéties d’un groupe d’amis bloqué dans un entrepôt assailli par un monstre extraterrestre issu d’un avion militaire échoué à quelques dizaines de mètres de là, STORAGE 24 est un long-métrage bancal, tant dans son écriture (les dialogues entre les personnages frisent parfois le ridicule et tirent le long-métrage vers le soap opera), que dans sa réalisation (le film ne prend jamais d’ampleur). Voilà un long-métrage sans réelle dimension, mineur bien que doté de bonnes intentions, qui ressemble davantage à un DTV qu’à un long-métrage digne d’intégrer la compétition internationale du festival.

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QUATRIÈME JOUR : LUNDI 17 SEPTEMBRE

Lundi soir, 20h, je me rue au cinéma pour découvrir ANTIVIRAL, premier film réalisé par Brandon Cronenberg. Parce qu’il promettait d’aborder des thématiques similaires aux films de jeunesse de son père David (la médecine, la transformation du corps, la contamination), le premier long-métrage de Brandon avait attisé ma curiosité.

L’idée maîtresse sur laquelle repose le récit est passionnante. Dans un futur pas si lointain, le phénomène du star system s’est développé. Surfant sur l’hystérie collective, certaines sociétés permettent aux fans d’acheter la maladie contractée par leur star préférée. Ces entreprises extraient le virus du corps de la star pour le mettre en vente, offrant aux fans une sorte de « connexion par la chair » avec la vedette de leurs rêves.

La première partie du film est une réussite. Brandon Cronenberg pose le récit d’une façon minimaliste et visuellement bluffante – peut-être est-ce la marque de son directeur photo, Karim Hussain, réalisateur de l’intéressant segment VISION STAINS du film à sketches THEATRE BIZARRE, mais aussi directeur photo de HOBO WITH A SHOTGUN. On y trouve de nombreux clins d’œil aux films de son père : les excroissances corporelles et la « télévision organique » de VIDEODROME, la canne de James Spader dans CRASH, une scène dans un diner digne de A HISTORY OF VIOLENCE, pour ne citer que quelques-unes des multiples références à Cronenberg senior qui émaillent le récit.

La seconde partie est malheureusement plus laborieuse. Brandon Cronenberg ne parvient pas véritablement à donner un second souffle à son long-métrage. Le film patine jusqu’à faire du surplace, se contentant de présenter l’état de délabrement physique du héros, Syd March, aux portes de la mort en raison d’un « virus de star » qu’il s’est lui-même injecté pour le revendre au marché noir.

Bien qu’il semble reprendre le fil des premiers long-métrages de son père, Brandon Cronenberg ne retrouve jamais la densité et la complexité des œuvres de jeunesse de David. La radicalité et la densité des œuvres de jeunesse du père Cronenberg se trouvent ici remplacées par quelques idées certes très fortes, mais surfant davantage sur un phénomène social (le star system) et parfois noyées dans une narration un peu confuse.

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Finalement, Brandon Cronenberg signe un premier film intéressant, ponctué par de très belles idées, mais également alourdi par quelques effets artificiels et une seconde partie beaucoup moins convaincante que la première.

CINQUIÈME JOUR : MARDI 18 SEPTEMBRE

À 9h, un café à la main, j’assiste à la projection du dernier film de Mick Garris, BAG OF BONES, adaptation d’un classique de Stephen King. Ne m’étant pas renseigné sur la durée du film projeté, je ne me rends absolument pas compte de la galère dans laquelle je m’embarque : le long-métrage est en réalité un téléfilm en deux parties qui flirte avec les trois heures et ne propose qu’une adaptation respectueuse mais excessivement molle de l’œuvre de King. Un film sans grand intérêt, dont l’unique qualité est de reproduire (mais sans aucune énergie) l’atmosphère du livre de King.

La suite de la journée n’a pas été d’un niveau beaucoup plus enthousiasmant.

ELFIE HOPKINS, présenté hors compétition, propose un univers à la HARRY POTTER dans le cadre d’un film à petit budget. La jeune Elfie se prend pour la Sherlock Holmes locale et tente de percer le mystère entourant la disparition de certains des habitants de son village, dont elle soupçonne ses nouveaux voisins d’être responsables. Film pour adolescents sans grande envergure, mais faisant par séquence étalage de belles couleurs automnales, ELFIE HOPKINS prend plus de densité dans sa dernière partie, plus ample et plus sombre.

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Cette journée s’est achevée avec la projection de THE PACT, présenté dans le cadre de la compétition officielle. Lorsqu’Annie apprend le décès de sa mère, elle décide de réintégrer la maison familiale le temps d’assister aux funérailles. Mais à peine est-elle revenue dans la maison que sa sœur Nicole disparaît et qu’elle est elle-même attaquée par une présence invisible. Annie va désormais tout mettre en œuvre pour retrouver sa sœur et comprendre le mystère qui se cache dans cette maison.

Durant sa première partie, très réussie, THE PACT est un pur film de maison hantée, réellement effrayant. Par sa mise en scène fine et intelligente, le réalisateur, Nicolas MacCarthy, parvient rapidement à faire monter la tension.

Cependant, dans sa seconde partie, THE PACT pêche par un twist faussement complexe et pas du meilleur effet, qui tire le long-métrage vers le film de serial killer. Dommage que le metteur en scène n’ait pas su maintenir jusqu’au bout la tension de son film.

SIXIÈME JOUR : MERCREDI 19 SEPTEMBRE

J’assiste tout d’abord  à la projection d’une comédie horrifique espagnole présentée hors compétition, LOBOS DE ARGA, variation sur le thème de la lycanthropie (la transformation de l’homme en loup). Le film a le mérite de mettre l’accent sur une figure classique du fantastique, le loup-garou, bien moins présente dans le cinéma d’aujourd’hui que le zombie ou le vampire.

LOBOS DE ARGA propose l’histoire de Tomas, écrivain de seconde zone, qui retourne dans son village natal après quinze années d’absence. Il ne se doute pas que les habitants vivent dans la crainte d’un loup-garou, lequel doit son existence à une malédiction qui pèse sur le village et dont ils ne pourront se délivrer que grâce au sacrifice de Tomas lui-même ou d’un membre de sa famille.

LOBOS DE ARGA est de la veine des comédies telles que SHAUN OF THE DEAD ou TUCKER AND DALE. Malgré son maigre budget, le film fonctionne bien, les séquences s’enchaînant à une vitesse éclair, et démontre, une fois de plus, la vitalité du cinéma de genre espagnol d’aujourd’hui.

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Plus tard dans la journée, j’assiste enfin au premier grand long-métrage présenté dans le cadre de la compétition.

LE MUR INVISIBLE, réalisé par Julian Roman Pölsler, est un film fantastique d’inspiration profondément germanique, hanté par le spectre de Jean-Jacques Rousseau et traversé par de nombreuses références à la philosophie allemande. Une femme se rend à la montagne avec un couple d’amis, savourant le bonheur d’une nature idyllique, quasi fantasmagorique. Le couple part au village chercher des vivres mais ne revient pas. La nuit tombe et la jeune femme s’inquiète. Le lendemain, elle part à leur recherche mais se trouve rapidement bloquée par un mur invisible, qui l’empêche de rejoindre la ville. Peu à peu, la jeune femme se rend compte qu’elle est prisonnière de la montagne. Elle doit apprendre à vivre loin de toute civilisation.

Réflexion puissante sur le rapport que l’Homme entretient avec la nature, LE MUR INVISIBLE brosse le portrait d’une femme contrainte à abandonner toute forme de vie en société. Prenant à contre-pied la formule artistotélicienne selon laquelle l’homme est par essence un animal politique, le long-métrage envisage l’existence de l’homme à l’état de nature, c’est-à-dire délié de tout rapport avec ses semblables. Par la qualité de ses cadres, absolument splendides, et par la précision de sa voix-off, constamment présente mais jamais surabondante, LE MUR INVISIBLE est un film passionnant. A la fois film fantastique et expérience métaphysique, il s’impose comme le premier long-métrage marquant de la compétition officielle. 

SEPTIÈME JOUR : JEUDI 20 SEPTEMBRE

La journée commence mal avec la projection de VICTIMES, premier et seul film français en compétition, réalisé par Robin Entreinger. François, solitaire et mal dans sa peau, décide de consulter un psychiatre. Incapable d’entrer en communication avec autrui, il révèle peu à peu à son médecin son penchant pour la violence.

Pauvrement réalisé, et surtout terriblement prétentieux, VICTIMES est probablement l’un des films les plus faibles de la compétition cette année. Sorte de pensum pseudo-psychanalytique dont la seule idée est d’asséner, avec la légèreté d’un pachyderme, que le monde social est un monde violent, VICTIMES est une œuvre inintéressante, et pire encore, profondément antipathique.

Le second film de la journée relève quelque peu le niveau. WHEN THE LIGHTS WENT OUT, réalisé par Pat Holden, est un film de maison hantée. Les Maynard emménagent dans la grande maison dont ils rêvaient tant. Mais, dès leur arrivée, une présence inquiétante se manifeste, que leur fille Sally est la première à ressentir. Un climat de terreur s’installe. Acculés, les Maynard vont faire appel à un prêtre et même à un médium pour libérer la demeure de ses fantômes et pouvoir continuer à y vivre.

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Les problèmes essentiels du film résident dans son déséquilibre et son extrême classicisme. Oscillant entre séquences de terreur et description d’une famille en proie à des problèmes d’argent (bien qu’il se déroule dans les années 70, le film fait écho à la crise financière d’aujourd’hui), le film est constamment tiraillé entre ces deux perspectives, frisant parfois même la contradiction (Mme Maynard refuse de quitter la maison, qu’elle a mis tant d’années à posséder, alors même qu’une menace de mort plane sur sa fille). De surcroît, la séquence finale est trop sage et classique pour rivaliser avec les modèles du genre, L’EXORCISTE en tête.

HUITIÈME JOUR : VENDREDI 21 SEPTEMBRE

Vendredi matin, le festival entre dans sa dernière ligne droite. J’assiste avec bonheur au meilleur film de la compétition officielle : INSENSIBLES, premier long-métrage de Juan Carlos Medina.

S’inscrivant dans une perspective proche des œuvres de Del Toro telles que L’ÉCHINE DU DIABLE ou LE LABYRINTHE DE PAN, Medina propose un film fantastique riche et dense, à la fois drame intime, film de monstre, réflexion sur le passé franquiste de l’Espagne et évocation de la barbarie nazie. Medina investit avec fluidité plusieurs genres à la fois, jouant brillamment sur un effet de rupture entre les différents registres. Il résout même l’intrigue en invoquant la figure du monstre, allégorie du passé sauvage que la mémoire collective tente de refouler. Film de genre à la fois intime et universel, INSENSIBLES est sans conteste une œuvre d’une maturité impressionnante. Nous aurons largement le temps d’en reparler au moment de sa sortie, le 10 octobre prochain.

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Film de monstre dont le récit se déroule sur une île située au large des côtes nord-irlandaises et mettant en scène d’énormes poulpes mutants suceurs de sang, GRABBERS, réalisé par Jon Wright, est une comédie old school sympathique et profondément fun. Respectueuse des codes du genre, GRABBERS est une comédie bien écrite, avec des acteurs qu’on sent véritablement impliqués. Ne versant jamais dans le clin d’œil gratuit à destination des fans du genre, GRABBERS est la meilleure comédie horrifique du festival, et certainement l’une des meilleures depuis TUCKER AND DALE, présentée en clôture du Festival l’an dernier.

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Après la projection de GRABBERS, la bonne humeur est retombée à la découverte de RESOLUTION, found footage ennuyeux et inintéressant.

Michael rend visite à son meilleur ami Chris, toxicomane reclus dans une maison isolée située à la frontière d’une réserve indienne. Michael menotte son ami pour l’empêcher de se droguer et décide de prendre en charge sa désintoxication. Tous deux reçoivent des visites et des messages incompréhensibles. Manifestement, quelqu’un, ou quelque chose, les surveille.

Hormis une séquence plutôt réussie, qui se déroule dans la caravane d’un chercheur français, et dont on sent émerger quelques idées, RESOLUTION est proprement soporifique. Le long-métrage se borne à nous présenter, d’une façon brouillonne et fondamentalement hachée, des discussions profondément inintéressantes entre deux amis que la vie séparés. Un film ennuyeux, sans rythme, dans la même veine que la plupart des found footage.

Pour finir cette journée, j’assiste à la projection de SOUND OF MY VOICE, sorte d’enquête menée par un couple sur le fonctionnement d’une secte dont le gourou, l’ensorceleuse Maggie, prétend venir du futur. Film sur le doute – Maggie ment-elle ou ne ment-elle pas ? – SOUND OF MY VOICE est profondément terne. En raison de la platitude de son scénario et de son absence profond de rythme, SOUND OF MY VOICE est un film qui ne décolle pas, comme s’il se cherchait un souffle qui ne viendra finalement jamais.

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NEUVIÈME JOUR : SAMEDI 22 SEPTEMBRE

J’assiste enfin à la projection du dernier film d’Alex de la Iglesia, LA CHISPA DE LA VIDA (UN JOUR DE CHANCE en France). Après son formidable BALADA TRISTE, réalisé il y a deux ans déjà, le cinéaste espagnol réalise une comédie dramatique complexe, à la fois terriblement drôle et touchante.

Roberto, publicitaire au chômage, essaie par tous les moyens de dénicher un nouvel emploi, mais sans succès. Malgré la répétition de ses échecs, il veut faire une surprise à sa femme en l’invitant à passer la nuit dans l’hôtel dans lequel ils ont célébré leur nuit de noces. Mais l’hôtel n’existe plus. Il a été remplacé par un musée, inauguré le jour même. Roberto profite de l’aubaine pour visiter les lieux mais fait une chute impressionnante devant tous les journalistes venus pour assister à l’inauguration de l’édifice. Gravement blessé, le crâne percé par une tige de fer, Roberto devient l’attraction de toutes les chaînes de télé. Il tente alors de négocier sa nouvelle et malheureuse célébrité, au grand dam de sa femme, qui fait face à toutes les épreuves et soutient son mari.

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Comédie dramatique et macabre d’une grande richesse, LA CHISPA DE LA VIDA commence tel un vulgaire vaudeville, nous présentant les déboires d’un perdant confronté au marasme économique actuel. Cependant, de la Iglesia brouille progressivement les pistes, passant du burlesque au tragique avec une fluidité déconcertante. L’air de rien, de la Iglesia se moque du capitalisme, pointe du doigt le cynisme de notre société, et finit par brosser le portrait, profondément poignant, d’une femme qui reste digne malgré le sort qui s’acharne sur elle.

La soirée de clôture a permis de découvrir SAFETY NOT GUARANTEED, comédie d’anticipation réalisée par Colin Trevorrow. Un journaliste, Jeff, et ses deux stagiaires, Darius et Arnaud, ont une mission un peu spéciale : prendre contact avec un homme, Kenneth, qui prétend avoir inventé une machine à remonter dans le temps et cherche, au moyen d’une petite annonce, un partenaire pour l’accompagner dans son prochain voyage. Darius tombe peu à peu sous le charme de Kenneth et croit en la réalité de son invention.

Dans SAFETY l’élément fantastique est un prétexte pour s’attarder sur la personnalité de Darius, jeune femme dotée d’un fort caractère, profondément anti-sociale, qui va trouver chez Kenneth ce qu’elle cherche vainement dans la vie. Film sur le passage à l’âge adulte, SAFETY est une comédie attachante, fondée sur des personnages qui cherchent, chacun à leur manière, un départ ou une seconde chance. Profondément positif, SAFETY souffre en revanche de sa similarité avec des films tels que JUNO ou BLISS, lesquels, sans la dimension fantastique, s’inscrivaient exactement dans la même perspective.

PALMARÈS
OCTOPUS D’OR DU MEILLEUR FILM INTERNATIONAL 
Sound of my voice, de Zal Batmanglij.
MÉLIÈS D’ARGENT DU MEILLEUR FILM FANTASTIQUE EUROPÉEN
Insensibles, de Juan Carlos Medina.
MENTION SPÉCIALE DU JURY 
Excision, de Richard Bates Jr.
PRIX DU PUBLIC DU MEILLEUR FILM FANTASTIQUE INTERNATIONAL 
Grabbers, de Jon Wright

3 Commentaires

  1. Koopa

    Bravo pour ce dossier ! C’est génial…

  2. Super compte rendu !

  3. Esté

    Félicitations pour ce dossier très clair, net et précis. J’étais au FEFFS également et je dois dire que mon avis rejoint exactement ce qui a été exposé ici.

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