CHANGEMENT DE PROGRAMME

Après sept épisodes à faire de la ville de South Park une dystopie politiquement correcte, Trey Parker et Matt Stone s’offrent enfin une porte de sortie et révèlent avec SPONSORED CONTENT (l’épisode 08 de la saison 19) la véritable raison des changements qui ont affecté SOUTH PARK. Les publicitaires ne veulent surtout pas que vous la connaissiez.

Étrange épisode que ce SPONSORED CONTENT. En effet, pour la première fois dans la continuité de la saison 19, il apparaît clairement comme un basculement, mais aussi une transition. Durant les sept premiers épisodes, les auteurs se sont débrouillés pour que la narration globale de la série soit la plus fluide possible. Ainsi l’évolution de la ville de South Park était progressive et conservait une certaine logique d’un épisode à l’autre. SPONSORED CONTENT va rompre avec cette logique à deux niveaux. D’abord en révélant ce qui se cache derrière la vague de politiquement correct qui a envahi la ville. Étant donné que le fond de l’affaire n’a rien à voir avec la politique, ce twist provoque logiquement une rupture dans la narration. Il faut d’ailleurs souligner la capacité de Trey Parker et Matt Stone à aider le spectateur à accepter une révélation en soi complètement absurde aux moyens de tropes et de références. Les premiers indices apparaissent avec la paranoïa du père de Butters, mise en scène comme un cauchemar classique de film de série B des années 50, puis on retrouve ensuite le classique camp des « résistants », pour assister enfin à la révélation du pouvoir de Jimmy… et finir sur une paraphrase directe de BLADE RUNNER. En un demi-épisode, les auteurs ont donc été capables de retourner complètement la direction de la série, passant complètement d’un sujet à un autre. Le second niveau de rupture présenté par SPONSORED CONTENT concerne le traitement de ce qui a été jusque-là le thème central de la saison. Non seulement le personnage de PC Principal est pour la première fois mis en difficulté face à Jimmy, mais la série opère une sorte de retour en arrière. Après être allée de plus en plus loin dans la logique de la transformation absurde de la ville, les auteurs se recentrent sur les PC bros… sauf que, contrairement au reste de South Park, les bros n’ont pas évolués. Dès lors, les gags écrits à leur dépens, basés autour de l’idée qu’ils promeuvent le politiquement correct pour jouer les chevaliers blancs et accumuler les conquêtes, auraient tout à fait eu leur place dès le premier épisode de la saison. Au final, si Trey Parker et Matt Stone ont indéniablement le sens de la formule graveleuse (voir la signification « réelle » de PC), cette partie de l’épisode manque peut-être du sens aigu de l’absurde développé tout au long des précédents épisodes.

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Alors qu’il ne reste plus que deux épisodes dans cette 19ème saison, la question qui se pose est de savoir si Trey Parker et Matt Stone vont relever le défi qu’ils se sont eux-mêmes posés. Depuis le début de la saison, on s’attend à ce qu’elle s’achève sur une déclaration finale, sur une sorte de classique « Vous savez, j’ai appris un truc aujourd’hui » d’autant plus important que Kyle est interdit de discours depuis l’épisode WHERE MY COUNTRY GONE? En abordant un sujet complètement différent du politiquement correct, les auteurs s’obligent à développer cette nouvelle thématique et à faire la synthèse des deux thèmes en à peine plus de quarante minutes. Mais peut-être décideront-ils d’abandonner toute velléité de faire passer le moindre message et d’embrasser complètement les tropes de science-fiction introduit dans cet épisode. Ils en sont capables… et le pire, c’est qu’ils ont assez de talent pour rendre une telle conclusion absolument géniale !

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4 Commentaires

  1. elzecchio

    Une fois n’est pas coutume, pas tellement d’accord avec l’analyse globale de cet épisode. Parler de rupture me semble exagéré, car si l’introduction du thème « caché » de la saison fonctionne aussi bien, c’est parce qu’il n’est pas si éloigné que ça du sujet qui a été développé tout au long des épisodes précédents : avec la gentrification, les spots de pub pour SoDoSoPa, l’arrivée miraculeuse d’un magasin Whole Foods, les problèmes d’image personnelle sur Twitter, Randy qui fait des communiqués sur les petits pauvres du tiers-monde ou le caissier du whole foods qui se sert de son micro pour coller la honte à ceux qui ne donnent pas assez d’argent, je trouve que le sujet de la publicité, ou peut-être plus largement, de la communication à outrance, était suffisamment présent pour que la transition soit d’une cohérence en béton.

  2. Aurelien NOYER

    Même si il y avait effectivement ce qu’on peut considérer comme des signes avant-coureurs, ça restait tout de même assez différent. La plupart des exemples que tu cites sont surtout des anciens modèles de publicité et de communication (essentiellement des spots télé). Donc le passage direct au « c’est la faute des publicités ciblés d’Internet » me semble quand même une sacré rupture.

    À voir quelle sera la logique qui reliera la nature du complot à celle des comploteurs pour voir s’il y avait vraiment un lien fort entre ce que tu cites et la révélation de cet épisode…

  3. Malastrana

    Cela montre les limites de l’analyse (qui tient d’ailleurs depuis quelque temps de la paraphrase avec un soupçon d’orientation politique de l’auteur, et non des auteurs…) épisode par épisode, là où il aurait été préférable d’attendre la fin de la saison pour juger.

    « En abordant un sujet complètement différent du politiquement correct »

    Comme le fait remarquer ElZ, c’est totalement faux, car tout cela est dans le même moule. Le PC, mouvement mondial issu de milieux qui, justement, ont la main sur les média et les publicitaires. C’est logique.

    Excellent épisode sinon.

    • Aurelien NOYER

      Concernant le fait de faire du « épisode par épisode », je pouvais difficilement prévoir qu’il allait remettre le couvert de la saison précédente avec une continuité encore plus tenue.

      « Le PC, mouvement mondial issu de milieux qui, justement, ont la main sur les média et les publicitaires. »

      Euh… déjà, j’aurais du mal à parler de mouvement mondial. À la rigueur, c’est un mouvement qu’on retrouve dans tous les pays développés. Ensuite, j’ai du mal à réduire un truc comme le développement du politiquement correct à une logique linéaire où certains milieux (lesquels d’ailleurs ? les milieux universitaires ?) auraient imposé le politiquement correct aux médias et aux publicitaires (surtout que j’ai du mal à voir la publicité comme un parangon de politiquement correct). Qu’on puisse relier le politiquement correct aux secteurs de la communication et des médias, je veux bien. Après tout, on en revient dans les deux cas à l’importance du discours et de sa performativité. Et puis, les milieux médiatiques et universitaires ne sont pas disjoints (notamment au travers des ONG et des think tanks). Et peut-être que c’est là que Stone et Parker veulent en venir. Mais ce n’est pas ce que met en scène Sponsored Content. La fin de Sponsored Content appelle quand même bien plus un « WTF » qu’un « bon sang, mais c’est bien sûr ». Donc en attendant de voir comment Stone et Parker vont expliquer le lien entre le PC et les publicités, j’ai préféré éviter de faire des conjectures sur la finalité de la saison.

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